mercredi 26 juillet 2017

829 Lendemain de stage de massages

Dans ma dernière contribution, je parlais de mon stage de massages et terminais ainsi mon propos : « Je n'ai pas su poursuivre l'expérience de ce stage de manière pratique à l'extérieur. Car j'avais les préjugés de mon époque, je croyais à l'existence du « sexuel ». Qu'il existait une zone de la communication entre humains adultes qui implique automatiquement la recherche du coït. » Qu'est-ce à dire ?

J'avais eu l'occasion de vivre un toucher très agréable et pas du tout sexuel. En écrivant cette phrase je me rends compte que je me mets en désaccord avec sans doute au moins quatre-vingt pour cent de la population, sinon plus. La plupart des gens croient que les caresses entre adultes débouchent sur le coït. Ils trouvent cette situation juste et positive, ou injuste et horrible, mais y sont attachés. Plus même : rien que la vue des gens, baptisés « nus » pour la circonstance, est considérée comme « sexuelle ».

J'étais passé à travers le miroir et avais vécu autre chose. Comment allais-je transposer cette expérience dans la vie de tous les jours ? Ce fut impossible du fait même du matraquage normatif sexuel dominante. De la « pensée unique sexuelle » régnante qui nous brame à longueur de journées dans les oreilles : « baisez, c'est très bien !!! » ou : « ne baisez pas, résistez, baisez c'est très mal !!! »

J'avais recueilli les coordonnées de la jeune et très jolie fille de dix-sept ans avec laquelle j'avais sympathisé durant le stage. Je pris contact avec elle pour la revoir. Elle habitait pas loin de mon lieu de travail. Mais déjà ma vision de la situation était déformée par le matraquage sexuel régnant, qui n'a fait que s'amplifier depuis cette époque. Ça se passait il y a trente-et-un ans.

L'expression même de ce matraquage, je m'en souviens très bien, est que j'ai eu un moment d'appréhension avant de téléphoner à cette jeune fille. Je me suis dit : « oui, mais il y a le SIDA. » Qu'était-ce à dire ? Que d'emblée, rencontrant une demoiselle sympathique je pensais au coït. Alors que je n'avais pas éprouvé le moindre désir de la chose avec elle. Pourquoi alors penser au coït et craindre la contagion du SIDA ?

Pour la très simple raison que la « pensée unique sexuelle » n'arrête pas de nous bramer dans les oreilles que nous devons baiser à tout va. Quand bien-même nous n'éprouverions aucun désir mais connaîtrions juste la possibilité « technique » de réaliser l'acte.

Partant sur de telles bases, nos retrouvailles ne risquaient pas de suivre un cheminement original. La jeune fille et moi, quand nous nous sommes revus, n'avions en gros rien à nous dire. Nous ne nous sommes pas revus par la suite et j'ai même oublié son prénom.

La « pensée unique sexuelle » a ainsi triomphé de notre relation tactile possible. Au nom du « mieux » qui serait soi-disant la recherche du coït, on évite de se lancer dans la recherche et l'exploration du continent inconnu de la tactilité. L'inconnu fait toujours peur. D'autant plus qu'il nous rappelle l'impressionnant et incompréhensible monde de la vie intra-utérine et de notre très petite enfance où nous avons pleinement vécu notre tactilité.

C'est tellement plus simple et rassurant de nier tout ça au nom de la baise, que souvent nous ne réussissons pas à réaliser parce « l'autre ne veut pas ». C'est toujours la faute à l'autre, jamais à nous-mêmes. C'est très commode de penser ainsi. On n'y est pour rien, ce sont les autres qui n'ont pas compris ou « ne sont pas gentils ». Ouf ! Prenons vite la fuite et cachons-nous pour ne rien voir.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 juillet 2017

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