mercredi 21 octobre 2020

1411 Lettre à une adorable et chère amie

 J'ai rêvé d'un paradis où les démons sont des anges,

Et viennent nous servir des gâteaux

Et du thé à la menthe.

Parmi ces anges

Il y a

La Grande Diablesse aux Yeux Bleus

Gardienne des fontaines

De cidre doux et de chocolat glacé,

Qu'elle sert dans des hanaps en cristal

Et des bols chinois en bois de santal,

Avec de l'eau minérale

En présence de mille agoutis

Et cinq cent wapitis

De la province de Djibouti.

 

Basile philosophe naïf

Paris, le 21 octobre 2020


lundi 19 octobre 2020

1410 Les Chevaliers du Moulin à Café

Des centaines de parties

Ils ont joué,

En s'affrontant

Dans un combat inlassable

Et toujours recommencé.

Heureusement plutôt pacifique,

Car se déroulant sur un terrain spécifique :

Des cases formant un échiquier,

Sur lequel circulent des petites pièces en bois.

Des centaines de parties

Ils ont joué,

Michel le Chinois,

Et Ridha le Tunisien,

Deux Français d'origines ensoleillées,

Moi qui suis Français d'origine enneigée,

Car mes parents sont venus de Russie.

Ces deux chevaliers combattants

Sont des piliers

Du Moulin à Café.

S'insultant gentiment

Pour rire,

Commentant les coups

Réussis ou ratés,

Et jouant sans arrêts

Quand ils sont réunis.

Sauf quelquefois

Quand le grand Ridha se lève,

Et pour nos oreilles charmées,

Va réveiller avec entrain

Le piano du Moulin,

Ou cogner avec une précision

Et une science peu banale

Sur sa darbouka orientale.

Voici leurs amis échiquéens,

Au nombre de ceux-ci

Mario, venu d'Italie,

Sicilien qui a appris le latin

Et vient leur expliquer les échecs

Dans la langue

De l'Empire romain.

Militem, castrum, équitem,

Ponteficem, reginam, regem,

Album, nigram.

C'est tout ce que j'ai retenu.

Mais la vérité toute nue

Est que Michel et Ridha

En s'affrontant

Sont tous les deux gagnants.

Car ils ont conquis précisément

En jouant avances, prises et roques

Leur amitié réciproque,

Qui est pour moi aussi

Une source de joie.

C'est pourquoi

A Michel et Ridha

J'ai écrit,

Et dédie cette poésie.


Basile philosophe naïf

Paris, le 19 octobre 2020.


 

samedi 17 octobre 2020

1409 Prière

 Ô Mon Dieu

Aidez-moi à avoir

La force d'aider,

Car je me sens faible

Et fatigué.


Ô Mon Dieu

Aidez-moi à avoir

La force d'aimer,

Car je me sens triste

Et découragé.


Ô Mon Dieu

Donnez-moi la force

De ne pas croire

En la non-existence

De la divinité.


Ô Mon Dieu

Aidez-moi

A être moi,

Car j'ai de la peine

A m'aimer.


Ô Mon Dieu

Donnez-moi l'énergie

Pour combattre

Et aimer

Mes ennemis.


Basile philosophe naïf

Paris, le 17 octobre 2020

1408 A vos murs, poétisons nos vies !

Pour commémorer le bicentenaire de la naissance du poète Charles Baudelaire, grand ami des chats, je propose que naisse et perdure en 2021 et au delà le mouvement des murs de poésies. Il consiste à créer des grands ou petits murs de poésies.

Est exposé là une poésie, ou plusieurs, que les maitres ou maitresses des lieux souhaitent mettre en valeur durant un temps ou plus longtemps.

En 2020, cette initiative a déjà été reprise dans le XIVème arrondissement par la boulangerie Chenu et à l'exposition des artistes seniors, organisée par l'association As de cœur.

Je propose aujourd'hui la création de tels murs aux libraires. Et en général à ceux et celles qui aiment l'art et la musique des mots. Qu'ils exposent des poèmes anciens ou nouveaux, les miens ou ceux d'autres écrivains.

Basile

Artiste peintre, poète, philosophe naïf

 

jeudi 15 octobre 2020

1407 La fille cachée

On sentait

A travers ton regard

Ta bonté

Et ta générosité.

On sentait aussi

A travers lui

Ton sourire,

Caché derrière le masque.

Tu étais belle,

Belle comme une image,

Belle comme une chanson,

Belle comme un poème,

Belle comme la bouche du dragon

Capturant les comètes

Dans les prairies du jardin enchanté

Qui fleurit et s'épanouit

Tous les milles millions d'années.

Le lendemain du banquet vespéral

Des dieux oubliés aux coffrets d'or

Et d'opales, que les chats

Viennent chercher

Pour garnir leurs prunelles

Baudelairiennes,

Comme sont les tiennes,

Que j'ai entraperçu un instant,

Qui m'ont inspiré ce poème,

Que je remettrai demain

A toi, ô merveille,

Dont le regard alors m'emportera

Comme la pensée rêvée

De ta bouche de vermeil.


Basile philosophe naïf

Paris, le 15 octobre 2020

jeudi 8 octobre 2020

1406 Le monument égaré

Dans le vaste cimetière du Montparnasse,

Par un bel après-midi ensoleillé,

J'ai cherché

Parmi trente-huit mil tombes,

Des allées ombragées

Et un vieux moulin,

La tombe commune de Baudelaire,

Sa mère et son beau-père.

Et ne l'ai pas trouvé.

Alors, adieu Baudelaire,

Sa mère et son beau-père !

Et puis en fait,

Du poète,

Que recèle ce pauvre monument ?

D'ordinaires ossements,

Avec des boutons de vêtements.

Ce n'est pas très intéressant,

Ni bien ragoutant.

Baudelaire est infiniment mieux

Dans nos cœurs toujours vivant.

J'écrivais ces mots,

Encore au cimetière,

Assis sur un banc,

Quand un gardien élégant

Me renseigna obligeamment.

Interpellé au sujet du monument égaré,

Il me révéla l'emplacement proche

De la tombe recherchée.

Modeste est de la poésie ce temple,

Mais, comme sur une immense toile

Le ciel infini qui le contemple

Brûle de la clarté de milliards d'étoiles,

Qui scintillent, se reflètent,

Et pétillent,

Dans les yeux mystiques des chats esthètes,

Clairs fanaux, vivantes opales,

Des célestes, puissants et doux amis des poètes.


Basile philosophe naïf

Paris, le 7 octobre 2020

mardi 6 octobre 2020

1405 Vérité

Je vois souvent des discours

Qui disent :

« Nous sommes égoïstes,

« Nous ne pensons qu'à nous,

« Nous avons tort. »

Mais moi

Je me demande

Très souvent :

« Que puis-je faire

« Pour le monde ? »

Je ne me vois pas

M'occuper seulement

De ma petite personne.

Alors, s'il vous plaît

Grands Moralistes,

N'écrivez plus :

« Nous sommes égoïstes,

« Nous ne pensons qu'à nous,

« Nous avons tort. »

Écrivez plutôt :

« Je suis égoïste,

« Je ne pense qu'à moi,

« J'ai tort

« Et d'autres

« Pensent autrement. »

S'il vous plaît,

Grands Moralistes,

Cessez de vous prendre pour Dieu

En jugeant les humains

Dont vous faites partie.

Quand je vois

Des Grands Moralistes

Se prendre pour Dieu

En jugeant les humains

Dont ils font partie,

Je me dit

Qu'ils finiront par énerver

Celui auquel ils veulent se substituer,

Et qui finit toujours

Par venir

Botter le cul

De ses imitateurs.

Basile philosophe naïf

Paris, le 6 octobre 2020