mercredi 24 août 2016

624 Interdire la pornographie en Europe

Il y a des déjà pas mal d'années j'ai lu à quelques reprises ce propos destiné à justifier la masturbation : « avoir envie de se masturber, c'est comme avoir envie de se gratter. Quand on a envie de se gratter on se gratte. » Le parallèle choisi est très amusant. Car, justement, quand on a envie de se gratter, on a très précisément intérêt à ne pas le faire. Et la démangeaison passe beaucoup plus vite. Mon père me l'a appris quand j'avais 7 ou 8 ans. Depuis ce temps-là, je ne me gratte plus si par exemple je suis piqué par un moustique.

Mais, à force de chercher à justifier la pensée unique actuelle vantant la baise tout azimuts et la masturbation en permanence ou presque, on en vient à invoquer tous les arguments possible, les plus beaux comme les plus ballots.

L'un d'eux est celui de la « liberté d'expression » qui permet de justifier la liberté de diffuser des torrents de pornographie en particulier sur Internet.

En me promenant hier sur Internet, j'ai découvert qu'il y a trois ans il avait été proposé au « parlement européen » d'interdire la pornographie dans l'Union européenne. Ce qu'il avait refusé de faire. Cette histoire mérite quelques commentaires.

Si on souhaite interdire la pornographie, il serait bon de parvenir à définir où commence celle-ci. Ainsi, par exemple, j'ai créé récemment dans Wikipédia un article sur un célèbre poème pornographique du XVIIIème siècle : l'« Ode à Priape » d'Alexis Piron. Interdire la pornographie implique-t-il de supprimer cet article où un poème comique et paillard est intégralement cité ?

Il y a quelques décennies, pour diffuser en France des photos de femmes nues, l'argument invoqué bien souvent était « le nu artistique » ou « le naturisme ». Interdire la pornographie impliquerait-il également d'interdire les représentations artistiques impliquant des humains nus ainsi que les revues et sites Internet naturistes où apparaissent des humains nus ?

Selon la morale de divers pays, l'indécence n'est pas la même. Doit-on suivre la morale d'un pays, une zone géographique précise pour définir ce qui est interdit ou pas ? Et dans ce cas quel pays plutôt qu'un autre et pourquoi précisément ?

Et comment définir la pornographie ? Pour ma part je la définirais ainsi : c'est consommer sexuellement des gens. Ce qui fait de la pornographie quelque chose de très vaste... Si on me dit que tel geste, telle situation, implique nécessairement de « faire l'amour » qu'on en ait envie ou non, simplement parce que c'est « techniquement » possible, pour moi, c'est de la pornographie.

On a proposé d'interdire « la pornographie » dans l'Union européenne. Mais cette interdiction est-elle réalisable ? Bien évidemment qu'elle ne l'est pas. Tout d'abord pour des motifs techniques. Un très grand nombre de sites Internet pornographiques sont basés hors de l'Union européenne et échappent à tous contrôles qui en viendrait.

De plus, la raison principale qui rend impossible d'interdire la pornographie n'est pas la défense de la « liberté d'expression », mais d'abord et avant tout la défense de la liberté de faire du fric. Le marché de la pornographie rapporte des masses d'argent. Le veau d'or est aujourd'hui plus que jamais adoré et respecté de par le monde. Mais la vraie question n'est pas d'interdire la pornographie, mais de renoncer à elle et pour quelle raison. Ce choix est et reste individuel. Et il n'a de sens que s'il est justifié par le respect de l'être humain et pas par celui d'institutions ou de lois.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 août 2016

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