dimanche 21 août 2016

620 Comment bousiller une belle relation d'amour avec du sexe

Nous étions amis. Nous racontions plein de choses, y compris très intimes. N'étions pas amants. Ça a duré une année. Et puis nous avons fait la connerie de croire que c'était forcément sexuel entre nous. Après avoir dormi ensemble. Nous être caressé un peu et embrassé l'un l'autre, il allait falloir passer aux choses sérieuses. Mettre le truc dans le machin, secouer et envoyer la sauce. Mais, attention ! SIDA ! Alors test renforcé, attente, et enfin on passe aux exercices pratiques. Ils ont duré quatre ans et quatre mois. Se sont passés de plus en plus mal.

A la fin, le programme vespéral était le suivant : commencer à bander. Se précipiter pour introduire le tenon dans la mortaise avant que ça retombe. Puis ça retombe avant de terminer. De « conclure », comme ils disent. Et plainte de la dame : « tu vas trop vite ! » Réponse du conjoint : « mais si j'attends ça risque de retomber. »

Un secours médical est demandé. Entre deux spécialités pharmaceutiques, l'une commençant par un V l'autre par un C, on choisit la deuxième. Las ! Le vilebrequin veut bien se faire rigide grâce aux pilules miracles. Mais aucune sensibilité au niveau du bâton de berger !

Consultation d'un sexologue. Il propose : la centrifugation du sperme pour concentrer les spermatozoïdes. Entendant ma question : « mais avec la pharmacie il n'y a pas de sensibilité durant l'acte, que peut-on y faire ? » notre brillant spécialiste ès zizis joue la surdité.

Bref, au bout de quatre ans et quatre mois, c'est la rupture. Madame déclare qu'entre autres raisons elle n'a pas en moi un vrai amant mais juste un excellent colocataire. Pas de zizi, pas de vie à deux ! Elle rajeunit les cadres. Va voir ailleurs des zizis plus jeunes et plus bandants.

Tout ce psychodrame a reposé sur un malentendu : pourquoi quand un homme et une femme s'accorde sur dix mille points communs devraient-il y ajouter la zizis partie ? Où est-ce écrit ? Nulle part, ou plutôt dans un million de sites Internet. Voyez-vous, un homme et une femme ça forme, ça doit former « un couple ». Et le couple, formé de la brique masculine et de la brique féminine, ça se cimente avec du sperme et de la cyprine. Tout ceci au nom de « la Nature ».

« La Nature » a bon dos. Pourquoi la baise y serait-elle obligatoire ? Je regardais à l'instant un site Internet de conseils pseudo-médicaux donnés par des intervenants auréolés de leurs dix années d'études médicales. Selon ce site existerait « des pannes de désir ». En avant marche ! Compagnie de désireurs obligatoires ! Présentez... zizis !!! La baise devient ainsi une valeur. La valeur sinequanone qui valorise et légitime « le couple ».

Et si, au lieu d'affabuler ainsi nous nous serions dit, mon amie et moi : « nous sommes très amis, jusqu'aux bisous et câlins. Mais, au fond, avons-nous envie de mettre l'oiseau dans le nid ? »

J'ai posé la question à mon ex après notre séparation. Elle n'en avait jamais eu spécialement envie. Ni moi non plus, mais il fallait en passer par là, avons nous pensé. Pourquoi ? Parce que... nous étions un couple ! Avec ce mot en six lettres, les encouragements de l'entourage et nos zizis nous avons détruit une belle amitié.

Il a longtemps été question de « libérer la sexualité ». Certains ont bien plus justement estimés qu'il fallait « se libérer de la sexualité ». De cet ensemble de règles soi-disant impératives qui conduit à chercher le mélange des zizis, à cette fumisterie du bonheur obligatoire qui doit absolument passer par l'orgasme, l'éjaculation, et tutti quanti. Alors que la vérité est qu'on peut aimer sans baiser.

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 août 2016

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