samedi 23 juillet 2016

596 Toucher le dos d'un chien inconnu ou d'une femme inconnue

Je passais tout à l'heure par une petite place ombragée de Paris presque entièrement garnie des fauteuils et tables des restaurants voisins. Comme il faisait très beau et très chaud l'abondante clientèle était légèrement vêtue. Mon regard fut attiré par le beau dos dénudé d'une jeune femme. Puis, plus loin, je remarquais deux jeunes femmes assises sur un banc qu'accompagnait un très joli chien. Je demandais à ces femmes de quelle race il était : « C'est un staff américain », me répondit l'une des deux. « Il est très gentil », ajouta-t-elle, m'invitant visiblement à venir le caresser.

Ce propos me fit penser à ce que caresser un chien inconnu est des plus facile, à condition qu'il ne morde pas. Mais vous voyez-vous à ma place aller demander poliment à la jeune femme inconnue au beau dos dénudé : « me serait-il autorisé, possible de vous caresser le dos ? » Non, bien sûr, ce serait très mal pris. Il en résulte qu'on est plus proche des chiens inconnus que des femmes inconnues. Étonnons-nous ensuite que notre société se porte si mal !

Allons plus loin : pourquoi prétendre caresser une femme inconnue, ou un homme inconnu, est-ce si peu possible ? Parce que c'est considéré comme « une avance sexuelle ». Pourquoi donc ? Parce que l'homme est réputé avoir « tout le temps envie ». Et, effectivement, il semble que les hommes ont en permanence envie de baiser. Mais, pourquoi ? Certains répondront : « parce que l'homme est fait ainsi. » Réponse rapide et insatisfaisante. Si on disait « l'homme a tout le temps faim » ou « tout le temps soif », on s'empresserait d'identifier un trouble et chercher son explication et le remède. S'agissant de baiser en permanence on fait comme si c'était naturel. En fait, c'est un problème.

Quelle est son origine ? La pratique régulière de la masturbation masculine à partir de l'âge de 12-13-14 ans et ensuite tout le long de la vie est à l'origine de ce dérèglement. Qui va empêcher le plus souvent la nudité partagée - y compris quand il fait très chaud, - ainsi que la plupart des contacts physiques tendres entre hommes et femmes, notamment caresser le dos de la femme précitée.

Cette société qui prétend au sexe en permanence conduit à la solitude et la détresse morale et « physique ». Et à s'occuper mieux des chiens que des humains. Il y a là un problème.

Et quand une femme accepte les caresses d'un homme elle se trouve d'emblée confrontée à son exigence de baiser...

Certains crétins ont même inventé le concept de « préliminaires ». Soi-disant caresser une femme conduirait forcément si tout se passe bien à l'accouplement. Un imbécile que j'écoutais dernièrement parler dans une vidéo expliquait que les caresses amenait « la montée du désir » et finissait par la « submersion dans la jouissance sexuelle » ! Que c'était joliment dit. Sauf que c'est faux. Les caresses ne sont pas sensées conduire forcément à l'acte sexuel. Et celui-ci peut se révéler mal venu et de ce fait parfaitement ennuyeux, insipide et écœurant.

Les idiots qui ont une tête, mais ont oublié de s'en servir, ne s'aperçoivent pas que l'érection, la cowperisation*, et son équivalent féminin ne signifient pas nécessairement l'envie de faire l'amour.

On le voit ici, partant de caresser un chien ou un dos féminin on en vient à poser des problèmes fondamentaux de société. Il y a là un très vaste domaine relationnel entre humains qu'il faut réformer, rendre plus riche et acceptable. Sinon, on en restera toujours à la tristesse, les tranquillisantes et la résignation. La vie, notre vie, nos vies pourraient être infiniment plus belles et agréables avec plus de caresses... Quand viendra le jour où caresser une femme ou un homme inconnu sera aussi bienvenu que caresser un chat ou un chien inconnu ?

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 juillet 2016

*Émission des glandes de Cowper, d'un liquide lubrifiant que certains ont cru intelligent de baptiser « liquide précoïtal », comme si cette émission impliquait nécessairement le coït. Le terme « cowperisation » est de mon invention. La cyprinisation est son équivalent féminin.

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