samedi 9 juillet 2016

589 Comment j'ai arrêté la masturbation et la pornographie

Je venais d'avoir soixante-cinq ans. C'était dans le courant du mois d'avril 2016. Je n'ai pas noté la date précise où c'est arrivé. Au départ j'ai eu une irritation avec des démangeaisons mal placées. Consulté, mon médecin généraliste traitant habituel a détecté une mycose. M'a prescrit un antifongique. Mais l'irritation, les démangeaisons se sont poursuivies. J'ai alors consulté une dame âgée, dermatologue, qui a posé un autre diagnostique : une irritation due au frottement. Cette brave dame m'a dit que ça pouvait venir de mon pantalon... Elle se doutait bien qu'il ne s'agissait pas de ça. Mais n'a pas voulu me mettre mal à l'aise en parlant de la masturbation. Elle m'a prescrit une pommade. J'ai réalisé alors que la difficulté d'aboutir à l'éjaculation ces temps derniers en me masturbant m'avait amené ce problème. Il me fallait frotter très fort, d'où irritation locale. Après une très brève réflexion, m'étant énervé contre ce problème, j'ai décidé d'arrêter « définitivement » la masturbation. Cette prétention à l'irrévocabilité, je doutais absolument pouvoir m'y tenir. Tant la pratique masturbationnelle faisait depuis plus de cinquante années partie de ma vie.

Le sujet qui m'est venu alors à l'esprit a été la pornographie. Que faire de celle-ci ? Moi qui avais pris l'habitude de la regarder sur Internet depuis un petite dizaine d'années, et auparavant dans des revues. A un moment donné pour l'étudier. Mais, finalement pour le plaisir, et pas nécessairement pour aider à la masturbation. La réponse m'est apparue d'évidence : cette société ignoble qui ne respecte pas les gens nous fournit librement et sans limites des productions pornographiques. Vu le producteur, ces produits sont nécessairement viciés. Donc, de façon immédiatement liée à l'arrêt définitif de la masturbation, j'ai décidé l'arrêt complet de la pornographie.

Depuis, j'ai eu certes une petite rechute de trois ou quatre jours. Je m'étais dit qu'en fait je devrais décider d'arrêter masturbation et pornographie tout naturellement par désintérêt obtenu par de vraies relations tactiles. Cependant, ces vrais relations n'arrivant pas et l'irritation locale reprenant suite à la reprise de ces deux addictions, je me suis ressaisis. Et depuis je tiens bon sans efforts particuliers.

J'ai le sentiment d'avoir arrêté une activité qui me déstabilisait affectivement. Qui déformait aussi ma vision via la pornographie. En effet, quand on passe des heures à contempler des vidéos de filles nues taille mannequin se faisant léchages et doigtages à gogo, il est impossible de ne pas associer ensuite ces images aux filles croisées dans le métro qui ressemblent physiquement à ces « actrices » pornos. Ce qui revient à voir des êtres humains de sexe féminin comme résumés à des pièces de viande à baiser. C'est déplorable et contraire au plus élémentaire respect et humanisme.

Stopper la masturbation et la pornographie a vite changé aussi mon regard sur les hommes et sur moi. En effet, sans qu'on y prenne garde, la vision d'hommes résumés à une queue, qui est celle habituelle de la pornographie, nous influence également. Et déforme la vision de l'homme et de soi.

Le rejet de la masturbation implique le rejet de toutes les formes de masturbation. Que l'homme ait le pénis frotté avec une main, entre les cuisses, dans le vagin, la bouche ou l'anus de son ou sa partenaire, c'est toujours de la masturbation. Pour qu'il ait relation sexuelle, il faut que la base de la rencontre ne soit pas mécanique mais spirituelle. Alors, on fait l'amour presque sans y penser, sans le décider, et l'avalanche d'endorphines qui en résulte est bien plus grande que celle obtenue par une branlette ordinaire. Depuis que j'ai décidé de changer, il m'est venu par moments la tentation de reprendre la masturbation et la pornographie. Vues les circonstances où c'est parfois arrivé, j'ai réalisé que ces deux activités ne sont pas toujours une compensation du manque d'amour, mais simplement un moyen de réagir contre le plus banal ennui. Ceci m'a fait prendre conscience que j'étais effectivement un drogué aux endorphines. Un endorphinomane, et que j'ai fort heureusement arrêté ces activités nocives pour l'équilibre et l'harmonie de ma vie affective, amoureuse et sociale.

Basile, philosophe naïf, Paris le 9 juillet 2016

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