dimanche 10 juillet 2016

591 L'accoutumance

J'aime les bananes. Quand j'étais petit ma famille connaissait la misère. En 1961-1962 ma mère connaissait des communistes de mon quartier. Un jour, l'un d'entre eux, en visite chez nous, voyant notre misère, a sorti de son portefeuille un billet de 5 nouveaux francs qu'il a offert « pour les enfants ». Avec ce billet, ma mère m'a acheté deux kilos de bananes... Je les ai toutes mangées, c'était la fête !

Bien plus tard, j'avais un peu d'argent. Alors, j'ai acheté des bananes tous les jours... et au bout d'une semaine environ, je n'avais plus envie d'en manger.

Ce phénomène d'accoutumance existe en tout et explique bien des choses. Les hommes draguent. Un certain nombre d'entre eux le font « avec succès ». Et plus ils ont de succès, moins ça les intéresse. Alors, ils rêvent de la créature unique et merveilleuse qui leur apportera ce que jadis leur a apporté quelqu'un.

Je connaissais ainsi un dragueur. Il n'était jamais satisfait de ses « conquêtes ». Passait d'une à l'autre, convoitait une troisième, y « arrivait » ou pas.

Ce phénomène d'accoutumance est lié aux endorphines. Les endorphines sont des drogues. Et comme toutes les drogues, leur consommation génèrent une accoutumance. Leur effet s'émousse. Il faut alors augmenter les doses... mais ça ne marche pas, le charme est cassé.

Alors, on se cherche une nouvelle drogue. C'est ainsi que les hommes, qui passent le temps à se masturber en fantasmant sur des sites Internet pornographiques ressentent de moins en moins de plaisir. Tout en n'arrivant pas à s'en passer. Alors ils vont chercher la « créature de rêve ». Celle qui ressemble à la poupée Barbie qui fait la couverture des magazines.

Le résultat est qu'au nombre des femmes, celles qui ressemblent à cette poupée Barbie est particulièrement embêtée. J'en ai connu une. Elle n'avait rien de particulier excepté son physique. Il fallait voir comment des hommes ne voyait que lui. Et ignorait la femme.

L'accoutumance au sexe conduit à chercher des compensations ailleurs, par exemple dans le luxe, l'accumulation de richesses matérielles... Las ! Là également l'accoutumance et l'ennui s'installe. On n'est jamais satisfait, il faut changer de mode de vie si on veut se sentir bien.

La vie n'est pas une drogue qu'on doit chercher à consommer. Ce n'est pas une addition de « plaisirs ». La vie est la vie, c'est plus complexe que ça.

Passer son temps à en vouloir plus. Une assistante sociale m'a raconté qu'un jour une dame qui sollicitait une aide financière justifiait sa démarche par ces mots : « on n'en a jamais assez ».

Accumuler ! Accumuler ! Pourtant, on n'a jamais vu un coffre-fort suivre un enterrement...

Et si, au lieu de courir derrière toutes les filles « appétissantes » de leur entourage, les « dragueurs professionnels » cherchaient à faire quelque chose de plus intéressant ? La recherche aveugle du maximum de « plaisirs » possible fait penser à un alcoolique qui cherche à se saouler. Le but de la vie est-ce que c'est être ivre ? Ça ne dure qu'un temps, on est malade après et au final est-ce si intéressant que ça ? Je connais une fille qui fume. Elle m'a déclaré : « je n'ai pas envie d'arrêter, car ça me fait plaisir de fumer. » Elle est cohérente avec la sphère de son incohérence.

Basile, philosophe naïf, Paris le 10 juillet 2016

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