dimanche 3 juillet 2016

580 L'origine du besoin de caresses chez les humains adultes

Quelle est l'origine du besoin insatisfait de câlins chez les humains adultes ? Certes, il y a ce fameux sevrage tactile intervenant vers l'âge de quatre ans. Il y a chez les adultes cette prise des câlins en otages par une sexualité brutale, onaniste et artificielle. Mais il y a aussi un autre phénomène : le manque de contacts de soi à soi causé par les vêtements.

Nous sommes pratiquement habillés en permanence, y compris quand il fait très chaud. Le résultat est un prodigieux manque de contacts de soi à soi. Voilà de quoi il s'agit : imaginons un humain adulte habillé debout les jambes rapprochées qui serre son épaule gauche avec sa main droite. Quelle partie de sa peau touche une autre partie de sa peau ? Aucune ! Imaginons à présent le même humain dans la même position nu. Quantité de parties de sa peau touche une autre partie de sa peau. Ses jambes et ses cuisses se touchent, ses cuisses touchent son sexe, son bras, son avant bras et son poignée touchent sa poitrine et sa main touche son épaule. Toutes ces sensations sont absentes dans le cas où l'individu en question porte des vêtements. Ce manque de contacts de soi à soi perturbera et pour le compenser, le jour où des contacts seront possible avec un autre, il y aura soif de câlins. Et l'analphabétisme tactile amènera une grande maladresse pour toucher l'autre. Sans parler des idées et préjugés stupides divers qui viendront troubler la relation tactile formellement possible.

Si la relation tactile persiste, elle pourra s'apaiser. Rassasiés de contacts, chaleur, proximité, les deux humains concernés « ne feront plus rien de particulier ». C'est ainsi que des couples pourront vivre ensemble et question toucher le seul fait de dormir à proximité l'un de l'autre leur suffira.

Si on vit nu en permanence, on pourra aussi, bien que seul, s'auto-rassasier de contacts physiques de soi à soi par ce seul fait. On se sentira bien, tout simplement, sans éprouver une quelconque faim de caresses. Il faudra cependant plusieurs années au moins pour arriver à cet état de sérénité.

Arriver à un état où on ne désire rien, ne demande rien, n'attend rien, où on vit tout simplement, et on vit bien, à côté de la rumeur du monde est un sentiment étrange. On s'y fait.

Je vois autour de moi s'agiter toutes sortes de personnes, y compris tout à fait sympathiques. Que tourmentent la recherche de « l'amour », celle des câlins, du sexe, ou du refus du sexe. Et ne me sent pas particulièrement concerné. Je commence à me sentir comme un humain herbivore que rassasie son herbe, perdu dans un troupeau d'humains carnivores recherchant désespérément de la viande. Je les comprend un peu. Ce sont des carnivores. Mais bien qu'humain comme eux cette faim qui les tourmente m'apparaît tout à fait étrangère.

Je vois des jolies femmes et me dis : « elles sont belles ». Je vois des jolis hommes et me dis : « ils sont beaux ». Et puis passe à autre chose, cependant que ça drague, ça rêve, ça courtise, ça rit, ça pleure, ça s'énerve, autour de moi. Je n'en ai absolument rien à faire. Suis-je sur une autre planète ? Apparemment oui, et la mienne me paraît plus tranquille que celle de la masse des gens qui m'entoure. Et parmi cette masse de gens, il y a y compris des personnes que j'aime et qui ne comprennent pas grand chose à ma manière de penser, agir et réagir. Pour nombre de gens il est évident qu'on doit chercher le sexe ou refuser le sexe en bien des circonstances. Tandis que j'aurais plutôt envie de leur dire : « faites ce que vous voulez avec vos histoires de sexe. Cherchez-le. Refusez-le, etc. Moi, cette vaine agitation ne me concerne pas. Je n'ai rien contre le sexe, ni rien pour non plus. Je vis et j'existe sans toutes ces histoires-là. Quant à l'amour, je ne le cherche pas. Si je dois le rencontrer ce sera à lui de me trouver. Allez en paix. Continuez aussi si vous voulez à vous agiter. Moi, pendant ce temps-là, je vais écrire un joli texte ou faire un beau dessin. Et ça me suffira pour me sentir vivre et bien vivre. »

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 juillet 2016

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