vendredi 20 novembre 2015

465 Changer le paradigme de la relation amoureuse

La relation spécifique, souvent dite « amoureuse » ou « sexuelle », est dans notre société régie par une quantité d'idées, traditions et dogmes. Ainsi, quand deux êtres humains se rapprochent de la sorte, on s'attend à ce que cette relation soit proclamée. Ce qui signifie une annonce publique à l'entourage. « Je sors avec untel ou une-telle », « je suis avec untel ou une-telle », « untel c'est mon copain » ou « une-telle c'est ma copine ».

La relation étant sensée être optimum et donc par définition unique, autorise et même justifie et encourage la jalousie.

À la relation proprement dite s'ajoute un lien matériel. On est « ensemble », on partage le même logement et les mêmes factures d'électricité. Ce qui peut entrainer des étincelles. Celui ou celle qui a l'impression de descendre toujours la poubelle et pas l'autre. Le tube de dentifrice laissé ouvert dans la salle de bain, etc. sont cause d'éventuels incidents. Une amie avec laquelle j'ai partagé ma vie durant quelques années me disait un jour : « tu te rends compte, on ne s'est pas disputé une seule fois à propos de savoir qui descendait la poubelle ! »

Enfin, pièce essentielle de la relation dite « amoureuse » ou « sexuelle » :  le « sexe » ritualisé qui va régler un certain nombre de choses dites « physiques », depuis le bisou sur la bouche, auquel vont s'ajouter des gestes divers au premier chef le coït. Une amie me disait un jour, pour justifier sa séparation de son petit copain : « tu te rends compte, on ne faisait même plus l'amour ! »

Les magazines sont remplies de nos jours d'articles racoleurs et hautement fantaisistes expliquant quel nombre de fois les « amoureux » se doivent de se limer l'un l'autre pour être en accord sentimental. Ces boursouflantes âneries sont autant en vogue aujourd'hui que l'étaient hier les discours inverses. On y vantait la justesse de ne pas faire l'amour trop souvent.

Tous ces discours, conventions et dogmes relationnels confortent deux concepts très en vogue et indéfinissables : la « jeunesse » et la « vieillesse ». Quand est-on jeune ? Quand devient-on vieux ? Mystère et boule de gomme. En fait, on est jeune quand on est baisable. Et vieux quand on ne l'est plus. Tel est le fond hypocritement inavouable de ces définitions.

Je suis moi-même classé parmi les vieux. Pourquoi ? Parce que je suis vieux, moche et pauvre en regard des définitions dominantes de la jeunesse, la richesse et la beauté.

Vieux, car j'ai passé l'âge où « on fonde une famille », donc : vieux.

Moche, parce que je ne suis pas beau en regard des critères esthétiques à la mode.

Pauvre, parce que je ne dispose pas d'argent libre pour faire des dépenses dispendieuses.

Personnellement je me trouve jeune, beau et riche, mais pas dans le sens officiel reconnu de ces mots. Jeune, parce que je suis ouvert d'esprit, curieux, capable de modifier mon point de vue et que j'aime les gens. Beau, parce que je fais de belles choses et pas parce que j'ai de très belles dents artificielles comme beaucoup de célébrités. Et riche, car je pense être riche de cœur. Pour ce qui est du matériel je ne vais pas me plaindre parce que je ne suis pas riche de ce point de vue. Il y a une très grande quantité de gens riches ou très riches qui me semblent moins heureux et serein que moi.

Mais je sais que pour quantité de gens, rien qu'à me voir ou savoir mon âge, ils me classeront automatiquement dans les « vieux ». Et, si je m'adresse à une jeune femme ou jeune fille, ils seront incapable de s'imaginer que je ne cherche pas à la draguer, à vivre « une aventure ». Ils sont tellement stupides qu'ils vont tout de suite penser : « mais, il pourrait être son père ou son grand-père !! » Alors que cette phrase ne veut rien dire, sauf qu'on se situe sur le terrain des définitions classiques en vogue de la « vieillesse » : pas baiseur, pas baisable, et de la jeunesse : baiseur, baisable. Ceux qui raisonne ainsi sont des ânes. Ils sont très nombreux. Le malheur est que ce genre de déraisonnements est aussi l'apanage de gens paraissant de prime abord raisonnables et sensés.

Les règles et dogmes régnants sont inadaptés à la vie. Il faut tout changer.

Et pour cela trouver, définir un autre paradigme de la relation amoureuse.

Tout d'abord il n'y a pas lieu qu'une relation dite « amoureuse » soit proclamée ou niée. Elle existe et concerne les personnes impliquées. Il n'y a pas lieu de prétendre « l'officialiser » avec des mots. Chaque relation étant différente des autres il est de plus stupide de vouloir lui fixer un cadre identique aux autres.

La jalousie est à rejeter, de même que le  refus de la jalousie. Il faut expliquer ici le sens de ces mots. Jaloux, tout le monde sait ce que ça signifie. En revanche, il arrive que des personnes très malignes déclarent « refuser la jalousie ». En réalité, très souvent, elles ne quittent pas le terrain de la jalousie et la jalousie même. J'ai connu une telle situation. L'amie que j'avais m'avait déclaré rejeter la jalousie. En fait ça l'assurait ainsi de sa pleine liberté de faire ce qu'elle voulait. En revanche, alors que je n'avais aucune intention spéciale, comme je lui parlais de mes connaissances féminines, elle s'arrangeait pour m'en isoler. Tout le profit était pour elle. En fait, il faut simplement respecter soi et l'autre. Ces discours sur l'absence de jalousie dissimulent souvent bien autre chose. Je préfère quelqu'un qui me dira simplement et sincèrement : « je suis jalouse », à quelqu'un qui me dira hypocritement : « je rejette la jalousie ».

S'agissant du lien matériel entre amoureux, il n'a ni à être accepté, ni à être refusé. Il doit cesser d'être lié à « l'amour ». S'il existe des liens matériels, ils existent comme ils pourraient exister en général entre deux individus qui ne sont pas « amoureux ». De tels liens doivent être banalisés.

Le « sexe » ou le refus du « sexe » doivent être également rejetés. Ce qui est à rechercher, c'est l'authenticité. La question « doit-on ou ne doit-on pas faire l'amour ? » est ridicule et stupide. Elle est égale à la question : « doit-on ou ne doit-on pas manger ? » La réponse est : ça dépend.

Le désir authentique est plutôt rare. Quant à l'acte sexuel, il n'est ni le but de la vie, ni la base de la relation.

Combien de gens sont prêts à remettre en question les règles existantes, plutôt qu'à persister à bricoler celles-ci, tricher et mentir ? Peu, sans doute, mais quand on en fait partie, c'est pour la vie.

La recherche est inhérente à l'homme. D'autres, tout comme moi, cherchent également. J'espère bien en rencontrer.

Mais je me sens un peu comme un mutant. Vous me voyez abordant une jolie fille et lui expliquant : « changeons de paradigme » ? Elle se dira très certainement : « il est bizarre, celui-là ». Ou bien encore : « il utilise une méthode de drague très originale, totalement stupide et ridicule ». Avec ça, il est facile de se sentir isolé et coupé des autres, mais lucide. Ce que je préfère, plutôt qu'être, comme d'autres, dans l'obscurité et la brume, avec l'illusion rassurante de voir clair.

 La lucidité n'apporte pas forcément le bonheur, mais donne la sérénité.

Basile, philosophe naïf, Paris le 20 novembre 2015

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