lundi 16 novembre 2015

460 Si Dieu est bon, pourquoi le mal existe ?

Une très vieille question posée est la suivante : « si Dieu existe et est bon, alors pourquoi le mal existe ? »

La question posée est débattue. On utilise des concepts tels que « Dieu », « la vie », « le bien », « le mal »... sans définir leur sens. On fait comme si on savait déjà précisément ce que ces mots signifient. Alors qu'en fait on ne sait pas ce qu'ils définissent vraiment. À partir de tels attendus, il est facile de partir dans des raisonnements qui se perdent et des conclusions très incertaines.

Quand les humains en grandissant atteignent l'âge de quatre ans environ débute la période de leur « enfance prolongée ». Elle durera au moins une dizaine d'années environ. Quand on observe la définition de Dieu qu'en donnent nombre d'humains, on voit transparaître la transposition de papa et maman vus par les yeux d'un enfant. Dieu surveille, punit ou récompense. La souffrance ne doit pas, ou ne devrait pas exister.

Pour chercher à comprendre d'où vient le mal, des théories ont été avancées.

L'une consiste à affirmer que « la souffrance est bonne ». Si le négatif devient positif, il n'y a plus que du positif.

L'autre annonce que « la souffrance est méritée ». Pour diverses raisons, l'une étant « le Karma ». Soi-disant, s'il nous arrive des ennuis, nous subirions la compensation de notre inconduite dans la vie précédente.

Cette théorie a l'avantage de justifier y compris les malheurs frappant des petits enfants. S'il arrive un terrible accident à un petit bébé, c'est tout à fait normal. Ça signifie que dans sa vie précédente c'était un gros salaud. Ce genre de théorie se double d'autres affirmations. Personnellement je n'y souscris pas. Sans pouvoir non plus, on se demande comment, prouver leur invalidité.

Il y a une troisième approche qui elle me paraît beaucoup plus vraisemblable. Il existerait une logique que nous ne voyons pas. Dieu est bon quand même. Mais nous ne percevons pas clairement le fonctionnement du monde.

J'ai pensé qu'en fait la réponse pratique à la question posée est celle de l'action limitée. Pour que ça aille bien pour nous, ça dépend, pour une part de notre action à nous. Je vais prendre un exemple très simple qui m'est arrivé hier matin. Je me réveille. J'ai froid, car mes jambes sont nues sous la couette. Il faudrait que je prenne le pantalon de pyjama qui se trouve pas loin, mais je ne sais pas où, et l'enfile. J'ai la flemme de le faire et ne cherche pas à m'habiller ainsi. Me rendors. Et, quand je me réveille, sens que j'ai visiblement pris froid.

Ma responsabilité ici était d'accepter de faire l'effort de chercher le pantalon de pyjama. Je n'ai pas voulu le faire, résultat : j'ai pris froid.

Le monde, le froid, c'est Dieu. La volonté de mettre mon pyjama c'est moi. Si je ne m'assume pas, le froid est le plus fort et j'attrape froid. Cette logique serait générale. Si on ne témoigne pas d'un minimum de bon sens et d'efforts correspondants, les ennuis arrivent. Or, en fait, un nombre énorme de gens ne font rien comme efforts de réflexion, d'action. Ils se laissent vivre. Se conduisent comme un troupeau résigné et ont des problèmes. Ce qui leur arrive est logique. Si Dieu vous dit de mettre votre pyjama pour éviter de prendre froid. Que par paresse vous ne faite pas et prenez froid, c'est ce qui doit arriver, sous votre responsabilité. Dieu n'est pas là pour vous traiter comme si vous étiez incapable de raisonner, agir, prendre des initiatives. Vous avez aussi un rôle, votre rôle, a jouer.

S'agissant des petits enfants, ils sont dépendants, suivent les grandes personnes. Ils ne font rien, ni bien, ni mal. Et ont besoin des grandes personnes pour les aider à vivre. Exactement à l'image des anticorps qu'ils trouvent dans le lait maternel et ne sont pas encore à même de produire eux-mêmes.

La remarque qui sera fréquemment soulevée est : « oui, mais, il y a des gens qui sont bons, qui font des efforts, et auxquels des ennuis arrivent quand-même. »

Ce qui suppose que pour des gens « bien » la vie devrait être absolument dépourvue d'ennuis. On se demande bien pourquoi. Parce que « Dieu est bon ». Une fois encore on perçoit ici cette conception infantile de la relation de l'homme à Dieu. L'homme serait le petit enfant et Dieu le papa et la maman. Et l'homme, il est doté aussi d'une tête. Elle lui sert à quoi s'il ne s'en sert pas ?

Quantité de gens réputés « bons » ne sont pas si « bons » que ça. Par exemple, tout un tas d'hommes apparemment gentils sont persuadés que violer une femme c'est très bien. Qu'ils le fassent ou non. Et qu'ils ne le fassent pas uniquement par crainte d'avoir des ennuis.

De leur côté, en retour, il existe une quantité de femmes qui méprisent, haïssent les hommes. Et prennent plaisir à les faire souffrir. Ça peut apparaître y compris dans des micro événements.

L'autre jour, je suis à table avec deux dames que je connais un peu. Nous sommes dans une sorte de restaurant où les clients débarrassent eux-mêmes leur table. Une des deux dames, à la fin du repas où nous avons déjeuné tous les trois, se lève. Ramasse son assiette et me propose d'emporter aussi la mienne. J'accepte. L'autre dame cherche une éponge au bar et nettoie la table. Puis, toutes les deux me regardent et m'agressent verbalement : « ah, on voit qu'il a été élevée par une mère ! » Sourires entendus qui signifient : « tu es un macho ». Elles ont fait très vite, l'une d'elle m'a proposé de débarrasser mon assiette avec la sienne. Et, une fois l'opération terminée, je n'ai plus moyen de nier dans les faits leurs propos sexistes. Comme je me défends en évoquant la manière dont j'ai toujours partagé les tâches domestiques quand il m'est arrivé de ne pas être seul dans la vie, une des deux dames clos aussitôt le débat : « c'est pour rire, » dit-elle. En fait, ce n'est pas pour rire. Les deux dames ont des petits airs entendus qui disent : « celui-là, c'est un salaud et un con comme les autres. Et nous l'avons bien coincé en lui en faisant la démonstration. » Moralité de l'histoire :  je ne mangerais plus en leur compagnie.

Le conflit homme-femme est la base et la source de tous les conflits. C'est le premier de tous les conflits. C'est ce conflit, où ils ont aussi très souvent leur part de responsabilité, qui peut rendre les hommes méchants.

Et également hypocrites : je suis frappé par les déclarations d'amour de la paix et des droits de l'homme dont, à l'occasion, se fendent d'ignobles dictatures. Elles n'ont que le mot « civilisation » à la bouche et font tout le contraire chez elles.

Vers le début des années 1990, je suis tombé sur le compte-rendu d'un entretien entre un homme qui se présentait en qualité de « philosophe catholique » et un journaliste. C'était une interview de Jean Guitton parue dans le Figaro Magazine.

Une question que le journaliste lui a posé m'a frappé, je la cite de mémoire : « Si Dieu est bon, alors pourquoi la souffrance, la maladie, la mort ? »

Cette question a un caractère au moins en partie absurde. Si on est croyant, qui plus est, si on croit au Paradis, la mort ne doit pas être un problème, tout au contraire ! Si l'Au-Delà existe, alors la mort est le plus fabuleux des voyages. Mais de nombreuses traditions religieuses l'attestent, il ne faut pas se suicider, c'est-à-dire anticiper la date de départ. Et on a le devoir de préserver sa vie en général.

La tentation suicidaire est une chose qui paraît parfois extrêmement bizarre. Ainsi, elle est contagieuse. J'ai entendu rapporter le fait suivant à ce propos. Durant la guerre d'Algérie, il arrivait parfois qu'un soldat français se suicide. Dans ce cas-là, l'ensemble de sa chambrée était renvoyée dans ses foyers. Car autrement il existait un risque de contagion suicidaire.

J'ai moi-même ressenti ce phénomène étrange de contagion. J'ai assisté un jour aux obsèques d'une jeune fille que je connaissais un peu et s'était suicidé. Au moment des obsèques, je ressens bizarrement une sympathie et une proximité pour l'acte commis. J'ai l'impression que c'est finalement très sympathique de se suicider. Mais je ne vais pas aller jusqu'à suivre ce chemin hasardeux-là. Simplement, je note cette pensée étrange. Alors que je n'avais pas du tout de raison de me suicider, voilà que je voyais, très brièvement, cet acte comme quelque chose de bienvenu.

J'ai connu cet épisode il y a environ une trentaine d'années. Un autre phénomène des plus bizarres et redoutables est celui du suicide en lieu et place du meurtre. C'est une histoire abracadabrantesque. Elle aide à comprendre certains comportements sans pour autant les approuver.

Quelqu'un vit ce qu'il croit être un parfait amour. Ça casse au bout d'un certain nombre de mois. Il y a cru à fond. Et c'est fini. Sa fiancée lui a donné son congé. Il accepte la réalité. Et voilà qu'un jour il est chez elle et a soudain une envie d'être ultra-violent contre elle ! Cette envie claire et nette le surprend. Car il n'est pas du tout quelqu'un de violent. Il ne laisse rien paraître de son envie inattendue. La maitrise sans peine en se disant simplement : « je ne suis pas quelqu'un qui se conduit comme ça.. » Et ça passe.

Seulement voilà : il a refusé cette explosion extérieure de la violence. Elle a donc explosé intérieurement. Et voilà qu'il se retrouve envahi par une tentation suicidaire... qui dure un certain temps. Puis s'évapore complètement. Le récit de cette expérience vécue m'a fait comprendre un peu la mécanique des crimes passionnels. Leurs auteurs sont fréquemment des personnes très calmes en temps normal. Quand elles passent à l'acte et se retrouvent emprisonnées, ce sont souvent des détenus modèles, parfaitement tranquilles.

La violence est une chose absolument détestable. Elle est hélas cultivée, notamment par les médias, qui adorent exalter la haine de l'autre. Ce dernier étant présenté comme irrécupérable. La lecture des journaux des années de guerre ou d'après-guerre est fort démonstrative de ce phénomène de représentation négative. Au début des années 1920, la presse française ne se gêne pas pour parler des « boches ». Dans l'immédiat après-guerre, vers 1946, la presse ressasse inlassablement les atrocités du conflit qui s'est achevé. Les malheureux qui l'ont subit n'avaient visiblement pas le droit de respirer un peu et profiter enfin de la vie en paix !

Par exemple en faisant la fête. La fête, c'est super important. Les étudiants parisiens, les forts des Halles et les grands journaux parisiens organisèrent un important cortège de Carnaval le jeudi de la Mi-Carême 28 mars 1946. Un journal nota à cette occasion que les autorités officielles ne cherchèrent guère à aider à l'organisation de ce joyeux défilé festif. Elles préféraient les commémorations solennelles, tristes et funèbres.

Faire de nos vies un beau jardin passe aussi par l'organisation de la joie et du plaisir sain de la fête véritable. Il n'est pas nécessaire d'argent, de pouvoir, de célébrité, pour arriver à organiser une fête réussie. C'est-à-dire une fête où on s'amuse. L'amusement c'est la vie. N'écoutons pas ceux qui veulent à tous prix nous empêcher de nous amuser en rond. Chantons, dansons, rions ensemble !

Basile, philosophe naïf, Paris le 16 novembre 2015

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