samedi 14 novembre 2015

459 L'exposition Élisabeth Vigée-Lebrun en ce moment à Paris

Je me faisais un plaisir de visiter l'exposition consacrée à cette femme, grand peintre et portraitiste dont j'avais déjà eu l'occasion d'apprécier le talent à travers des reproductions.

J'ai été déçu et m'explique ici. On dit que cette femme a réalisé des dizaines de portraits de l'aristocratie de son temps. Ce n'est pas vrai. Elle a réalisé des dizaines de fois le même tableau, en particulier s'agissant des femmes. Elles sont toutes minces, jeunes, très jolies, en pleine santé, un teint de lis et de rose, et des dents blanches impeccables. Elles ont toutes la même attitude, la même expression, le même sourire et, ce qui est pire, le même regard. Je dirais que plutôt que leur propre regard, elles ont « le joli regard Vigée-Lebrun ».

Ma mère, née en 1907 et dont le père était dentiste, m'a dit un jour : « tu sais, jusque dans les années 1920 il y avait des gens auxquels manquaient des dents de devant, y compris chez les riches. »

Et là, chez les modèles de Vigée-Lebrun, on croirait des publicités modernes pour une marque de dentifrice ! Les dents qu'on voit sont toutes impeccablement blanches et bien alignées. On comprend mieux pourquoi les « portraits » techniquement impeccables réalisés par Vigée-Lebrun avaient tant de succès ! Aujourd'hui on a les clichés « photoshopés » où disparaissent rides, taches, défauts... Et même où les modèles perdent du ventre ! Chez Vigée-Lebrun les rectifications s'opéraient au pinceau. Alors, on peut admirer la qualité technique d'exécution, mais la vie et surtout la personnalité des modèles n'est pas là.

Dans cette exposition on a donné la part belle aux portraits. En lisant les commentaires affichés, j'ai appris que Vigée-Lebrun aimait réaliser des paysages. Elle en aurait fait plus de deux cents. On n'en voit exposés que quelques petits tout à la fin de l'exposition. À croire qu'on n'a pas su où les ranger.

Ils sont pleins de vie. J'en ai photographié un. J'ajoute la photo en illustration de ce texte.

Quand aurons-nous une vraie rétrospective de Vigée-Lebrun ?

Avec, en particulier, une quantité de ses paysages, où elle témoigne infiniment plus de sa sensibilité et son cœur que dans cette galerie commerciale de jolis portraits idéalisés ?

En réalisant des portraits, Vigée-Lebrun gagnait très bien sa vie. Dans ses paysages, elle était libre et laissait s'exprimer sa sensibilité. La vraie Vigée-Lebrun est plus dans ses paysages que dans ses « portraits ».

On l'a résumé à ces derniers, comme on a résumé Daumier à certaines de ses caricatures, notamment politiques, en oubliant complètement ses nombreux dessins illustrant le Carnaval de Paris. Comme on a résumé la poésie de Marceline Desbordes-Valmore aux Roses de Saadi en oubliant ses poèmes sur l'insurrection des canuts lyonnais. Comme ses admirateurs ont oublié l'opéra Rienzi de Richard Wagner pas assez « wagnerien » à leurs yeux. Les admirateurs, thuriféraires, historiens, font des fois le tri dans une œuvre, décidant ce qui est « marquant », « caractéristique » ou pas. Ils peuvent se tromper. Et perpétuer leur erreur en ne présentant qu'un morceau de l'œuvre de quelqu'un tout en négligeant l'autre.
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Ce regard sélectif se retrouve également chez les historiens en général. Ainsi, quantité d'ouvrages retraçant l'histoire de Paris ignorent absolument son Carnaval ou en racontent juste quelques anecdotes. Motif : l'image historique officielle de Paris ne comprend pas cette fête

Basile, philosophe naïf, Paris le 14 novembre 2015


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