jeudi 23 juin 2016

569 Consumérisme, conformisme, banalisation et automation du coït

L'acte sexuel n'est pas un acte anodin. Dans notre culture française et parisienne, il le devient. Un de mes amis, bon vivant et aimant les plaisirs de la vie, me disait avec dégoût il y a une douzaine d'années : « c'est la génération capote, on se voit et on baise. T'as des capotes ? »

Notre culture actuelle a fait du consumérisme et de la rapidité des vertus cardinales. Si une jeune fille est belle, si un jeune homme est beau, il faut vite coucher avec, c'est-à-dire baiser avec. Sinon on est un nase, un coincé, un looser, un qui a des problèmes, un homo refoulé, etc. On doit baiser. C'est chic et dans l'air du temps. Et si on ne baise pas on est un raté, un nul, un moins que rien.

Ces âneries règnent dans les colonnes des magazines, les ouvrages sur la « sexualité » et autres nids d'affirmations stupides. « Combien de temps doit durer un coït idéal ? » « quelle est la périodicité avec laquelle on doit baiser ? » « Les Français sont-ils de bons amants ? » « tant de pour cent de la population s'estime heureuse au lit », etc. Voilà qui fait des titres croustillants et vendeurs d'articles, présentations d'émissions de télévision ou de livres à la mode. C'est bien simple : si on descend au dessous de la ceinture le chiffre d'écoute ou de vente augmente. Alors, pourquoi s'en passer ?

Le pire est que ces bêtises forment une large part aujourd'hui de l'éducation sexuelle et sentimentale de la jeunesse et pas seulement de la jeunesse.

Le défaut essentiel de cette pseudo éducation est d'avoir remplacé le « j'ai envie » par le « je dois ». C'est l'automation du coït. Pour y échapper, il suffit de savoir que chercher le coït sans véritable désir effectif et réciproque est une faute, une insulte au bon sens et une catastrophe relationnelle. Ce « je dois » ruine la relation.

Autre méfait de notre culture : la recherche de « la performance ». Certains jeunes hommes confondent le sexe avec une compétition de gymnastique plus ou moins acrobatique. Et sont tout fiers de clamer qu'ils réussissent quatre ou six fois la chose dans une nuit qu'on n'ose plus appeler « d'amour ».

Le sexe sans désir véritable effectif et réciproque est une calamité. Si on le pratique de la sorte, on est certain de se retrouver amoureusement seul dans la vie.

Le sexe factice, sans authenticité, est l'objet de tout un commerce qui s'organise autour. Le plus connu est la prostitution. La pornographie qui théâtralise et met en scène une sexualité imaginaire et fabuleuse qui apporterait une satisfaction détachée du relationnel est un marché gigantesque. On a tendance à souligner l'image dégradée de la femme que propage ce commerce. Mais cette dégradation existe ici ô combien concernant l'homme. Il n'est pas rare que dans la pornographie on ne voit même pas le visage de l'homme. On ne voit guère que son attirail sexuel, fréquemment truqué. Renoncer à la pornographie, aux frustrations et fantasmes divers qui l'accompagnent, change et améliore le regard qu'on porte sur les hommes et pas seulement sur les femmes.

Les énormités proférées abondent quand il s'agit du domaine du coït. Un homme pourtant apparemment intelligent me disait un jour : « si tu vois une femme, il faut chercher à la draguer, même si tu n'en as pas envie. Sinon, elle va se vexer ! » Deux hommes apparemment civilisés papotaient un jour devant moi. L'un des deux dit à l'autre, qui approuva : « si une femme se fait violer, c'est qu'elle le veut bien. » Je lisais dans un livre sur la dépression post partum : « l'instinct maternel n'existe pas. » Plus c'est gros, plus ça passe, comme on dit. Il faut ne pas se laisser abuser. Savoir résister aux idées reçues et toujours chercher à se faire son opinion par soi-même.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 juin 2016

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