mardi 29 décembre 2015

499 Prenez garde à la ligne incolore !

Notre conscience est bien malmenée et notre vie bien tourmentée par des illusions et conditionnements divers. Ceux-ci sont paradoxaux. Ainsi, par exemple, quand débute notre enfance prolongée on nous sèvre de câlins. Vers l'âge de quatre ans, où le petit singe humain est enfin autonome car il peut se nourrir seul, il va être minoré, plongé dans une enfance prolongée. Et simultanément ce sera le sevrage tactile : l'arrêt des câlins. Même certains enfants vont l'applaudir : « je suis plus un bébé ! » s'exclameront-ils en refusant des caresses.

Notre culture a hypertrophié la « sexualité » en décrétant entre autres que l'être humain au naturel, c'est-à-dire nu, était sexuel. En même temps il a réprime la nudité... d'un côté notre culture exagère l'importance de la sexualité. De l'autre, il pourchasse cette sexualité-là qu'elle proclame.

Nous recevrons des messages contradictoires : le sexe c'est mal. Il faut le cacher. Le sexe c'est beau. Il n'y a rien de plus beau. L'abstinence c'est bien, « respecter » les femmes c'est ne pas y toucher. Les succès féminins c'est bien, « respecter » les femmes consiste à en draguer le plus possible, etc.

Perdu dans la course d'obstacles qu'il rencontre dans sa quête d'authenticité, l'homme doit prendre garde à la ligne incolore et éviter de la taquiner. Qu'est-ce que « la ligne incolore » ?

Il s'agit de la ligne invisible qui sépare l'homme entre le rôle apparent qu'il joue et la réalité qu'il est au fond de lui-même. Par moments, il tend à franchir cette ligne invisible pour redevenir lui-même. Ce qui peut arriver suite à un repas trop arrosé. Mais aussi en se laissant aller à des confidences, des gestes, des attitudes qu'il évite en temps normal. Ce qui peut lui jouer des tours. Ce franchissement est souvent largement involontaire. Et n'a pas forcément toujours des conséquences positives.

Quand l'autre franchit cette ligne en votre direction, vous pourriez croire à « une ouverture », la perspective de quelque chose de beau et inattendu. Pas du tout ! Quand vous répondez positivement vous pouvez vous faire rejeter. Et si vous répondez négativement, vous faire critiquer. Exemple : une jeune fille provoque sexuellement un homme. Il l'ignore, mais, à force, finit par donner un début de réponse dans le même sens. La jeune fille va alors aller se plaindre à son entourage qu'elle a été « agressée ». L'entourage, qui la connait, et l'observe, va rire ou s'énerver contre elle et l'envoyer paître. Autre exemple : à une provocation sexuelle d'une femme l'homme ne répond pas comme elle le souhaite. Elle l'engueule aussitôt pour cela. Et deux jours après l'accuse d'en avoir « profité ». En fait il s'agit ici d'incohérences sur et autour de la ligne incolore. Pourquoi l'appeler « la ligne incolore » ? Parce que cette ligne, sorte de frontière invisible et bien réelle, doit bien trouver un nom. Ligne rouge signifie ligne à ne pas dépasser, alors, c'est « la ligne incolore ».

Les petits enfants perçoivent très bien l'existence de ligne incolore. Il y a plus de trente ans un ami me racontait avoir assisté à la scène suivante : on faisait la toilette d'un petit garçon âgé de six mois. Sa grande sœur âgée de deux ans le voit nu, s'exclame : « oh ! Un zizi ! » Elle attrape le zizi de son petit frère. « Et elle ne voulait plus le lâcher ! » a conclut mon ami en rigolant. Si nous vivions nus comme jadis l'étaient nos lointains ancêtres, la fillette n'aurait pas réagit ainsi. Voir des zizis n'auraient rien de remarquable. Mais de nos jours habituellement les zizis sont cachés. C'est pour ça qu'elle a eu cette réaction. Elle a perçu la ligne incolore, sorte de frontière invisible entre « la Nature » et « la Culture ». Et n'ayant pas encore été conditionnée contre la spontanéité a réagit spontanément et sans se cacher. Les adultes, eux, regardent les zizis sur Internet. Et font mine de ne pas être intéressés. Connaissez-vous beaucoup de gens qui déclarent regarder des sites coquins sur Internet ? Parmi ceux qui le font, il y a très certainement une quantité de gens qui font la morale aux autres. La ligne bleue a encore beaucoup de beaux jours devant elle.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 décembre 2015

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