mercredi 23 décembre 2015

496 Rester au lit un jour de pluie

Quand la pluie tombe, la Nature s'endort. Les oiseaux des bois, des champs et des forêts restent silencieux. Personne n'aime être mouillé ! Ah si, on voit des bêtes qui sortent en masse dès le matin, qu'il pleuve ou pas : ce sont des humains. Qui partent à l'école ou travailler. Ils n'en ont pas envie, quand ils voient la pluie dégouliner. Mais ils y vont quand même ! Et après ça, vous en voyez invoquer la Nature pour justifier leur sexualité ! Ils sont incapables de suivre la Nature dans ce geste élémentaire consistant à boycotter la pluie en restant au lit. Et s'agissant de la sexualité, ils invoquent la Nature pour justifier leurs agissements ! Quelle belle absurdité !

Beaucoup de nos désirs, souhaits, rêves, sensations de besoins sont formatés par notre Culture, notre éducation. Si, à la fin d'un repas, nous avons envie de manger quelque chose de sucré, c'est uniquement le résultat d'un conditionnement qui nous a habitué au dessert. Un ami, qui avait un très bon coup de fourchette, me disait : « si dans un repas il n'y a pas au moins une viande, j'ai encore faim après. Je sais que c'est une habitude culturel, un conditionnement ».

J'ai longtemps cherché « la femme de ma vie ». Et cela me paraissait tout à fait naturel. Je me suis aussi dit que si j'avais été un pieux musulman, j'aurais cherché « les quatre femmes de ma vie » et cela m'aurait probablement aussi paru tout à fait naturel. 

Si on ne connaissait que la choucroute garnie comme nourriture, à chaque fois qu'on aurait faim, on aurait envie de manger de la choucroute garnie. Or, dans notre société, les caresses et bisous entre adultes sont systématiquement et abusivement associés à l'acte sexuel. Donc, si on a envie de caresses et bisous entre adultes, on a l'impression d'avoir envie de baiser.

Cette erreur, cette confusion, est aggravée par l'interprétation erronée de la physiologie humaine. Une érection masculine, son équivalent complémentaire féminin, sont assimilés à l'envie de baiser. Or cela peut arriver pour quantité d'autres raisons.

La pénétration anal d'un godemiché provoque chez l'homme le fonctionnement de ses glandes de Cowper. C'est une réaction automatique qui ne signifie pas qu'il soit en attente de rapports homosexuels. De même que s'il se réveille en érection près de son amie au lit, il n'a pas du tout de raisons justifiées pour lui sauter dessus. Il s'agit encore là d'automatismes physiologiques.

Notre Culture a prohibé à un point invraisemblable le toucher, la caresse. Je remarque l'autre jour deux jeunes filles et un jeune homme dans le métro parisien. Ils descendent à la même station que moi. Je me lève et me retrouve près d'une des deux jeunes filles, derrière elle. Derrière moi est l'autre jeune fille et le jeune homme.

Devant moi je vois la chevelure magnifique, longue et ondulée de la jeune fille qui me précède. J'ai ressenti l'envie de toucher ses cheveux. Mais, impossible, les deux autres derrière moi l'auraient vu et n'auraient pas accepté mon geste. Pourtant la jeune fille à la chevelure n'aurait rien senti. Mais c'est ainsi. Même un geste de toucher qui n'est pas senti est ici interdit. On confine à un sommet d'absurdité. Et c'est notre Culture.

Autre moment absurde : je suis dans l'escalator d'une station de métro parisien, un jeune couple est juste devant moi. J'ai eu envie de caresser le dos de la jeune fille. Le dos, pas les seins, les fesses ou l'entrejambe, bref un endroit classé « sexuel » dans notre société ; eh bien, là aussi ce geste était impossible. Pourquoi ? Parce qu'il serait assimilé à une agression ! Et une agression à caractère sexuel alors qu'il s'agissait du dos. C'est aussi là notre Culture.

Et elle n'empêche pas les viols et les agressions.

Dernier exemple que je pense avoir déjà évoqué :

J'étais récemment assis dans une rame bondée du métro parisien. Arrive un couple accompagné par trois fillettes d'environ huit ou neuf ans d'âge, qui restent debout. Deux places se libèrent pas loin de moi et deux fillettes s'asseyent. La troisième reste debout. Elle a l'air fatiguée. Et la pensée suivante me vient : « si je propose à cette fillette inconnue de s'asseoir sur mes genoux, on va me regarder comme un pervers. Parce que je suis un homme. En revanche, si j'étais une femme, on trouverait ça normal et généreux ». 

Ces bizarreries culturelles se retrouvent avec le traumatisme psychologique et culturel de « la pudeur ». On doit, par exemple sur les plages, dissimuler quelques endroits de notre personne avec des « vêtements de bains ». C'est ainsi en France. Tandis que sur les plages du nord de l'Allemagne ou de la Scandinavie tout le monde est tout nu. En France, les partisans du naturisme noircissent des pages entières de leurs revues pour justifier leur choix. Alors que ce discours justificateur n'a pas lieu d'être. Ce serait aux « textiles » adeptes du « maillot de bain » de se justifier et avoir leurs enclos réservés.

Quand on est nu en public, on peut ou bien penser qu'on se montre aux autres, ou simplement qu'on est soi-même en présence des autres. En 1992, sur une plage naturiste près de Toulon, j'observais comment différentes étaient les attitudes de ceux qui se sentaient « déshabillés », pas vraiment à leur aise. Par rapport à ceux qui assumaient pleinement leur nudité comme quelque chose de naturel et allant de soi. Faisant partie de cette dernière catégorie, il y avait en particulier deux vieux papys provençaux, bronzés comme des biscuits, qui bavardaient paisiblement l'un avec l'autre.

Le seul casse-tête anatomique chez les naturistes hommes c'est la terreur érectophobe : la frousse de se retrouver subitement en érection publique. Et, chez les naturistes dames, la gêne de laisser voir leur fente pubienne. Toutes ces peurs ne sont mises par écrit nulle part dans aucun règlements affichés dans les sites naturistes.

L'assimilation systématique de l'érection à la sexualité relève d'un abus. Celle-ci peut intervenir sans qu'aucun coït ne soit à l'ordre du jour. Dans le domaine des réactions génitales classées « sexuelles » existe également l'émission du liquide des glandes de Cowper chez l'homme. Ce liquide a été baptisé très abusivement « liquide pré-coïtal », alors qu'il suffit de peu de choses guère coïtales pour susciter son éventuelle émission. J'en ai moi-même fait l'expérience il y a une trentaine d'années de cela, en Auvergne. J'étais en vacances chez des amis qui possédait une superbe chienne lévrier russe. C'était un animal très voluptueux. Or, l'ayant juste caressé sans aucune arrières-pensées, j'ai été fort troublé de constater chez moi une réaction de mise en route des glandes de Cowper.

J'ai d'abord été mal à l'aise. Puis, en y réfléchissant, j'ai réalisé très clairement que je n'avais éprouvé aucun désir sexuel pour cet animal. Simplement le plaisir de le caresser m'avait fait cet effet.

Je relève le ridicule de la pornographie et la stupidité de la sexualité dont elle fait étalage sans réserve. Pour un observateur attentif il est évident que la plupart du temps les « acteurs » qui s'adonnent à des galipettes sexuelles devant les caméras ne ressentent rien. Leur comportement est des plus ridicules. Ainsi, il est classique de voir le sujet d'une fellation conserver sagement les mains le long du corps et ne rien faire avec. Il est aussi rempli d'initiatives que le client d'un coiffeur en train de se faire couper les cheveux. Pourtant la peau de la créature magnifique qui travaille son engin appellerait les caresses... Il ne fait rien.

Quand on voit les codes développés par la société, on croirait que le seul fait de toucher le sexe de l'autre implique l'accouplement. Et pourquoi donc cet organe de format réduit déciderait à notre place ? On me dira que c'est spontané. C'est « la Nature ». C'est en fait aussi naturel que l'évanouissement de ce prince indien quand il a vu arriver une tête de vache à table sur un plateau. Cette réaction relève de la Culture et pas de la Nature.

Si on veut vraiment améliorer notre sort, il est nécessaire de rejeter la sexualité perturbée qu'on nous a inculqué et qui règne présentement et régit nos vies. Il faut parvenir à réformer notre comportement. Pour nous libérer de contraintes pénibles, superflues et reposant sur des idées fausses et une vision déformée de la réalité du monde. C'est seulement au prix de cet effort indispensable et nécessaire que les mots « changer la vie » prendront un sens.

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 septembre 2014 et le 23 décembre 2015

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