lundi 14 décembre 2015

490 Si jeunesse pouvait... Si vieillesse savait...

La vision qu'on cherche à nous donner du monde et la réalité divergent souvent. Ainsi, il est à la mode d'affirmer que nos mœurs se sont « libérés » depuis les années 1960, en particulier dans le domaine dit : « du sexe ». Il existe pourtant des éléments totalement contradictoires. Au nombre de ceux-ci j'en relèverais deux concernant les petits enfants. Quand j'étais petit, dans un jardin public parisien, s'il faisait très chaud, on laissait gambader tout nus les gamins âgés de trois ans au plus. Les enfants plus âgés portaient des slips. Et parmi eux les fillettes - tant que leurs seins n'avaient pas poussés et qu'elles étaient petites, - étaient dans la même tenue que les garçons. Or, de nos jours, je remarque que les très petits enfants sont très rarement laissés nus dans des lieux publics parisiens quand il fait très chaud. C'est même mal vu. Je l'ai constaté une fois au jardin du Luxembourg. Et les fillettes portent systématiquement des « soutiens-riens » qui dissimulent à la vue les seins qu'elles n'ont pas. Ainsi des gamins encore sains sont gavés avec la « pudeur » obsessionnelle des grandes personnes. Avec des obsessions sexuelles supplémentaires ajoutées depuis les années 1960. Ce qui m'amène à passer au feu de la critique un propos classique :

S'agissant du sexe on entend souvent dire : « si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. » Sous-entendu que jeune on rate des tas de bonnes occasions de baise qui nous permettraient soi-disant de « profiter de notre jeunesse ». Et, devenus vieux, gros, puants, édentés et moches, on n'est plus côté à l'Argus du cul. Et réduit à nous branler devant les sites pornos d'Internet en rêvant à notre jeunesse envolée. Ce discours sur la jeunesse qui ne sait pas et la vieillesse qui ne peut pas, j'y ai même cru un temps. Il est exactement faux. La réalité est inverse : « si jeunesse pouvait, si vieillesse savait. »

Cette réalité ne concerne pas uniquement le sexe, mais va l'influencer gravement. Petit, on ne connaît pas d'interdits. Se toucher, et aussi pisser ou chier, on le fait tranquillement devant les autres. C'est ce qui se passe quand on est vraiment jeunes. On va alors nous inculquer des règles qui impliquent que des activités agréables, naturelles, et souvent inévitables, sont honteuses et à cacher. Et sans que ces interdits paraissent relever d'une raison valable quelconque autre que c'est la loi des adultes. Ces règles vont aussi nous mettre en demeure de nous isoler : pour nous laver, aller aux cabinets. Et aussi il faudra cacher une partie de nous. Alors que notre sexe sert visiblement à pisser, il est frappé d'interdit visuel. La société commence ainsi à mettre en place en nous des conventions minées qui vont un jour nous exploser à la figure.

Un autre aspect de ces interdits concerne le langage. Certains mots sont qualifiés de « gros ». Ces « gros mots » seront proscrits. Chose qui fascine les petits enfants. Tous ces interdits ne sont pas véhiculés par des arguments, mais par la contrainte. La jeunesse subit un dressage, où interviennent y compris punitions et récompenses. La jeunesse ne peut pas y échapper.

Quand on arrive à un âge où le zizi n'apparaît plus comme servant essentiellement à uriner. Mais comme servant essentiellement à autre chose également. On est alors déjà tout imprégné de messages divers qui vont nous rendre la vie très difficile. Tous les discours ingurgités depuis la petite enfance vont remonter à la surface à la façon d'un égout débordant un jour de pluie. Et le résultat sera tel que quantité de jeunes gens et jeunes filles seront tentés par le suicide. Des milliers d'entre eux y parviendront. Ou se rendront infirmes en le tentant.

Jeunesse ne pouvait pas. Mais que se passera-t-il ensuite ? Les « vieux » sont libres de la pression coercitive qu'ils ont subit enfant. Pourtant, ils vont refuser de vivre la vie heureuse, insouciante, libre, qui est enfin à leur portée. Et se perdre dans toutes sortes de délires plus ou moins tordus, au nombre desquels l'amour vénal, le harcèlement sexuel, la pornographie, ou pire. Les vieux peuvent vivre, mais ne savent pas vivre. Jeunesse ne peut pas. Vieillesse ne sait pas. Telle est la réalité.

Basile, philosophe naïf, Paris le 14 décembre 2015

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