vendredi 4 décembre 2015

478 Des gants en permanence

Que diriez-vous de quelqu'un qui porterait en permanence, jour et nuit, des gants ? Qu'il n'est pas raisonnable et que sa manie n'est pas saine pour ses mains. Pourtant, ce comportement malsain est courant chez plein de gens s'agissant des pieds et plus encore du sexe et du cul. Combien de gens emballent en permanence leurs pieds dans des chaussettes, des chaussures ou des pantoufles, et leur sexe et leur cul dans un slip, un caleçon et par dessus un pantalon ? Mais, laissez donc les pieds, le sexe et le cul respirer et voir la lumière du jour !

En été, à Paris, nombre de femmes et de jeunes filles portent des sandales. La plupart des hommes, eux, de leur côté, font fermenter leurs nougats dans des conteneurs plus ou moins étanches, comme les malsaines chaussures de basket. Au point que je surnomme ces hommes : « les pieds qui puent ».

Le sexe et le cul, quand sont-ils à l'air libre et pas à étouffer, serrés dans un tissu fleurant la sueur, la merde et l'urine ? Ils ont droit de sortir juste pour la miction et défécation, la toilette et l'acte sexuel. Pauvre sexe et pauvre cul maltraités ! Eux aussi veulent vivre au grand air et ont besoin de respirer !

On a décrété le sexe et le cul voués... au sexe et au cul. Soi-disant spécialisés pour la pratique de cette caricature de la relation humaine qu'on a baptisé : « l'amour physique ». Comme s'il existait un coupable, sale et délectable amour à caractère « physique », qui formerait une activité bien distincte de l'amour tout court, immaculé, pur et blanc. Selon nos lois en vigueur, laisser voir sexe ou cul est par définition une « exhibition sexuelle » et un délit. Au Québec la loi parle d'« exposition des parties génitales ». Par définition une partie de l'être humain est à cacher. Même encore il n'y a pas si longtemps, pour « faire l'amour », certains requéraient l'obscurité totale ! Autre bizarrerie que j'ai connu dans les années 1980 avec une petite amie née en 1939 : que je l'aperçoive nue était sans problèmes. En revanche, il ne fallait en aucun cas que je l'aperçoive en train de se déshabiller !

Porter des vêtements en permanence vingt-quatre heures sur vingt-quatre est malsain et anti-hygiénique. Notre personne toute entière a besoin du contact tranquille de l'air libre au minimum une heure par jour. Être habillé en permanence favorise la maladie et les désordres psychologiques.

Je connais quelqu'un qui est habillé en permanence jour et nuit et se lave rarement. Sa santé n'est pas fameuse. Il ne s'interroge pas sur son hygiène en particulier vestimentaire. Il préfère se cacher dans ses vêtements, y compris à son propre regard. Chose d'autant plus aisée que la morale dominant notre société a fait également de la « nudité » une catégorie esthétique. Ne peuvent envisager de se « montrer » nu que ceux qui « ont quelque chose à montrer », c'est-à-dire qui sont jugés « beaux » selon les critères esthétiques à la mode. Sinon, aux autres, il ne reste plus qu'à se cacher. On avait déjà l'équation nudité égale orgie. On a de plus l'autre équation : soyez nu seulement si vous êtes beau. La nudité, qui n'est pas autre chose que notre état naturel, est élevée au rang de drame. Seule la beauté la justifierait éventuellement.

Les interdits visuels liés à la nudité ont un caractère machiste. En France, depuis 1914, les hommes ont le droit de se trouver torse nu à la vue des autres, les femmes non. Elles sont donc ici une fois encore traitées en inférieures des hommes, privées d'un droit réservé aux hommes. Ce qui est étrange et cocasse, c'est de constater que la nudité est présentement et depuis longtemps légale sur les plages d'Allemagne du nord et de Scandinavie. Et qu'en France c'est un délit passible de peines sévères. Je me souviens d'un documentaire passé à la télévision française il y a plus de vingt ans. On y interviewait en Suède une respectable grand mère suédoise. Et à un moment-donné on la voyait descendre une échelle pour aller se baigner dans la mer. Le cameraman français avait fait des prodiges d'angles bizarres de prises de vue afin qu'on ne voit pas simplement qu'elle était nue !

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 décembre 2015

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