jeudi 24 décembre 2015

497 Les seins des Balinaises et le cul des Berlinois

L'évolution des mœurs se manifeste de diverses façons que l'on ne s'avise pas toujours de relever. Un ami, il y a plus de vingt ans, me racontait la chose suivante qu'il avait remarqué à Bali : traditionnellement les femmes ne cachaient pas leurs seins à la vue d'autrui. Mais, influence occidentale, les jeunes femmes et jeunes filles généralisaient chez elles le port de ces caches-nichons qu'on baptise hypocritement « soutiens-gorges ». Résultat, il avait la surprise de voir évoluer en public des vieilles dames seins nus et des jeunes femmes les seins dissimulés.

A Berlin, dans de grands parcs, il est parfaitement licite de se balader à poil. Sauf que cet été un Berlinois m'a fait savoir que cette habitude se perdait à présent. Les vieux continuaient à se dessaper. Mais les jeunes préféraient rester habillés. C'est le même phénomène qu'à Bali avec les nichons.

Quand j'ai visité la Roumanie en 1970 et 1971, un phénomène étrange pour moi m'a frappé : dans les transports en commun, pour se tenir, les voyageurs se retenaient sans problèmes à d'autres voyageurs, y compris inconnus d'eux ! On n'imagine pas à Paris un inconnu vous prendre le bras ou l'épaule pour se prémunir des secousses éventuelles du véhicule de transports en commun ! J'ignore si cette habitude roumaine est toujours existante.

S'en rapprochant, un homme m'a raconté que dans la Marne, quand on doit descendre d'un bus, par exemple, on attrape la partie à portée des gens qui doivent se pousser pour vous laisser passer. N'importe quelle partie, c'est ainsi que ça se passait dans son village. Mais, quand il a débarqué à Paris, il y a quelques décennies, quel scandale quand il a fait comme chez lui. Voulant descendre d'une rame de métro, pour faire se pousser une jeune femme, il l'a attrapé par la partie la plus proche de lui : ses fesses ! On a tout de suite pensé qu'il était un dragueur vulgaire !

Dans le domaine dit plus ou moins « sexuel » nous sommes habitués à des bizarreries sans nous en apercevoir. Les humains sont « intouchables ». Si vous effleurez par hasard quelqu'un que vous ne connaissez pas dans un lieu public, vous vous excusez aussitôt. Cet absence de contacts a généré un mouvement des « câlins gratuits ». Avec une pancarte, prévenant en anglais qu'il s'agit de « free hugs », vous proposez un câlin dans la rue... S'il faut ainsi préciser que c'est « gratuit », ça signifie bien qu'en règle générale, un câlin c'est « payant ». C'est-à-dire que ça implique le coït.

C'est bien dans cet optique qu'un prêtre annonçait dans une cérémonie de mariage, dans les années 1970, à l'église parisienne Saint-François-Xavier : « les mariés sont autorisés à se donner un baiser en public, devant tout le monde ! » Sous-entendu : à présent, mon cher marié, baises-là ! C'était d'autant plus curieux qu'à mon avis les mariés avaient déjà croqué la pomme depuis longtemps.

On accorde une importance quasi-magique à l'acte sexuel. Dans les années 1980, j'ai entendu rapporter une affaire criminelle qui s'était passée en Bretagne. Un sadique avait sévi dans une famille. Au nombre des victimes était une fillette de cinq ans. Choquée, elle ne parlait plus. On avait procédé à un examen. Constaté qu'elle était vierge, son hymen intact. Et conclut contre toutes les apparences : « ce qui lui est arrivé n'est pas bien grave, étant donné qu'elle est encore vierge ! » Dans le même milieu familial, m'a-t-on raconté, une jeune mère, faisant la toilette de son petit garçon âgé de quelques mois, s'exclamait : « oh ! Un zizi ! » et prenait dans sa bouche le sexe de son enfant. Entendant raconter ce fait, choqué, j'en ai parlé à mon père. Qui m'a répondu textuellement : « ce n'est pas grave, c'est sa mère ». J'ai été surpris d'entendre cet avis venant de sa part, lui qui était plutôt conservateur dans le domaine des mœurs. Enfin, pour conclure, je dirais que pour nous c'est toujours les autres les sauvages. Mais on est toujours le sauvage de quelqu'un.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 décembre 2015

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