samedi 17 juin 2017

786 En finir avec le mythe meurtrier et dévastateur du « Grand Amour »

Deux dames ayant de l'expérience de la vie et vivant seules à Paris, déclaraient devant moi, chacune de leur côté : « j'ai bien envie d'avoir un mec dans ma vie, et en même temps je n'en ai pas envie » ou « j'en ai peur ». Quelle étrange position ! Qu'est-ce qu'elle signifie ?

La réponse est simple : ces dames vivant seules éprouvent des besoins basiques et universels : faims dermique, mucosique, buccale, linguale, d'étreintes et de masturbations. C'est-à-dire besoin naturel de caresses et câlins divers. Mais notre société a fait de ces rassasiements le prélude inévitable, obligatoire, systématique et prétendument naturel de ce qu'elle prétend être « l'acte sexuel ». Et qui n'est très souvent qu'au mieux une double masturbation combinée sans désir réel.

Cet égarement étant conforté par la culture dominante, de pseudos évidences – l'érection par exemple, qui ne signifie pas forcément le désir, – et un discours pseudo scientifique. La plupart des gens y adhèrent. Mais en même temps, leur organisme, plus sain et authentique que leurs pensées, se cabre. Il refuse de se laisser ainsi utiliser comme un outil masturbatoire pseudo-coïtant.

Cette contradiction interne se traduit par ce propos : « j'ai envie d'un mec et en même temps je n'en ai pas envie. »

Quand on est jeune, sans beaucoup d'expériences et qu'on a la vigueur de la jeunesse, le plus souvent on bricole. On croit chercher. On se perd. On croit qu'on va enfin trouver. On s'égare un peu plus. Et on prend des coups d'autant plus douloureux qu'ils émanent de personnes proches mais plus conscientes que vous. On se fait larguer alors qu'on avait l'impression que « tout allait bien ».

L'amour qu'on croit chercher n'est pas l'amour. C'est une sorte de religion laïque du paradis terrestre. Il existerait une personne qui serait « faite pour vous » et pour « votre bonheur ». Avec laquelle tout marcherait à merveille : affectivement, journellement, au lit, en vacances, etc. Et pour preuve que ce diamant vivant existe, on a toujours une sorte de « couple témoin ». C'est X et Y qui vont « parfaitement bien ensemble », qu'on voit souvent et qui sont « parfaitement heureux ».

Les années passent et, inexplicablement, les gamelles sentimentales s'accumulent dans la vie de bien des gens. On prétendra qu'ils n'ont pas de chance. En fait ils reviennent régulièrement bredouille de la pêche au Serpent de Mer. Ce qu'ils cherchent n'existe pas : un « amour » préfabriqué et « sur mesures ». C'est une complète foutaise, mais allez l'expliquer à ceux qui y croient ! Autant chercher à convaincre un croyant que sa foi ne vaut rien.

Mais comme les faits sont têtus, les années amères passent et quantité de personnes seules ne se remettant pas en question finissent dans une sorte de demi résignation : « un jour, peut-être, mon Prince, ou ma Princesse viendra... »

Une partie de ces malheureux et malheureuses, suite à une déception plus cruelle qu'une autre se suicident. Le culte du « Grand Amour » est un culte meurtrier qui réclame, chaque année, sa part de sang et de larmes. Non, ce n'est pas un beau culte. Et son histoire emblématique s'orne des deux cadavres de Roméo et Juliette. Elle n'est pas romantique, elle est à vomir.

Remettre en question les mythes sentimentaux est une tâche hygiénique d'intérêt public et de prévention de bien des drames. La vie, pour être bien vécue, doit savoir congédier les mythes. En apparence beaux, ils tuent chaque année un certain nombre de jeunes gens et jeunes filles en bonne santé et plein d'avenir.

Basile, philosophe naïf, Paris le 17 juin 2017

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