mardi 20 décembre 2016

714 Misère noire et misère rose

La pire de toutes les misères n'est pas la misère matérielle mais la misère morale. Quand on souffre de la misère morale on peut connaître y compris les meilleures conditions matérielles de vie. A l'inverse, on peut avoir le moral y compris quand on connait des conditions de vie matérielles difficiles.

Quand nous connaissons la misère morale, quelle que soient nos conditions matérielles de vie, nous pouvons dire que nous connaissons la misère noire.

Si nous connaissons la misère matérielle mais avons le moral, nous définirons la situation ainsi vécue comme la misère rose.

La misère noire est très répandue dans les pays riches. Dans les pays pauvres, à l'inverse, nous pouvons quelquefois découvrir avec étonnement des pauvres qui vivent dans la misère rose.

Pour ma part, sans vivre dans un pays officiellement pauvre, je connais très bien la misère rose.

Je regardais hier la liste dressée par le magazine Forbes des vingt humains à présent les plus riches du monde. Parmi eux il y a dix-huit hommes et seulement deux femmes.

Je me disais : ne pas pouvoir sortir de chez soi sans gardes du corps, habiter des maisons protégées par des gardes privés armés, trembler en permanence à l'idée de voir ses enfants enlevées contre une demande de rançon, être entouré continuellement par des solliciteurs, ne jamais savoir si quand on paraît s'intéresser à vous on s'intéresse vraiment à vous ou à votre argent. Je n'aimerais pas être à la place des milliardaires. J'ai certes des soucis d'argent, comme la plupart des gens, mais me semble-t-il ma vie est nettement plus paisible et tranquille que celle des milliardaires. Et la tranquillité est vraiment un bien inestimable, une richesse incomparable et fabuleuse.

Souvent on ne choisit pas d'être très riche, on le devient par héritage. Les gens très riches ne me semblent pas spécialement hyper-heureux. Il est de bon ton chez certains de les envier. Pour ma part je ne les envie nullement. Et m'estime en général plus riche qu'eux car je suis en paix avec moi-même tandis qu'eux ne le sont très probablement pas. Comment pourrait-on l'être sachant qu'on est comme un ilot de prospérité matérielle extrême au milieu d'un océan de misère ? Ou alors on fait preuve d'un tel cynisme pour considérer la vie des pauvres que vraiment être ainsi ne me séduit absolument pas.

A tout prendre, la misère rose est une situation infiniment plus prospère que juste la prospérité matérielle. Et pour apprécier la vie point n'est besoin d'être très riche, il suffit de savoir gouter les plaisirs les plus simples et ignorer l'envie d'être à la place d'autres, ce qui est une ambition absurde. Il faut savoir apprécier ce qu'on a. Les médias ne cessent de nous claironner des discours faits dans le sens de croire que d'autres sont plus heureux que nous. Et que nous serions mieux à leur place qu'à la nôtre. Ce sont vraiment des phénomènes de mode. Si on possède mille pantalons on ne peut pratiquement jamais n'en porter qu'un à la fois. Et si on possède cent-cinquante résidences de par le monde, on ne vit jamais dans plus d'une à la fois. L'opulence ou sa recherche dissimulent souvent un malaise et une souffrance intérieure. Il est plus facile pour certains de chercher à posséder le plus de richesses possible que se remettre en question et chercher à améliorer sa capacité d'apprécier la vie. Les grands de ce monde ou prétendus tels qui nous dominent sont la plupart du temps malheureux. Et se cachent leur malheur avec des couvertures dorées. Comme disent les Bretons : « on peut rire dans une chaumière et pleurer dans un palais ».

Basile, philosophe naïf, Paris le 20 décembre 2016

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