samedi 10 décembre 2016

704 Illusion individualiste et pensée collective

J'ai lu il y a des années que si une fourmi se retrouvait isolée de sa fourmilière, elle ne survivait pas. Et celui qui rapportait le phénomène s'interrogeait : « les fourmis sont-elles des êtres indépendants ou des parties d'un ensemble ? » La même question à mon avis peut être posée à propos des humains. On vante souvent aujourd'hui l'individualisme. Mais sommes-nous à proprement parlé si « individuel » que ça ? Isolé des autres humains, survivons-nous ? Et même pensons-nous vraiment individuellement ?

Je me suis posé la question il y a deux jours. Une réunion venait de s'achever où divers participants dont moi avaient pris la parole. Je réalisais subitement que j'avais oublié de préciser au public une chose importante. Il m'aurait alors suffit d'alerter d'une voix forte l'assistance. Mais, inexplicablement, je me suis senti sans force, incapable de réaliser cet effort pourtant minime. Je me suis demandé pourquoi une telle subite impuissance ? L'explication m'est apparut alors d'évidence : « les derniers orateurs avaient insisté deux ou trois fois sur le fait que le débat était clos. Qu'on avait dit « le mot de la fin ». Et alors je me trouvais entouré par quelques dizaines de personnes persuadées que la réunion, le débat était terminé. Qui le pensaient ensemble à cet instant. C'était cette pensée collective qui m'avait paralysé, ôté l'énergie pour intervenir.

Cette pression n'était peut-être pas que psychologique ? Les pensées des personnes m'entourant agissaient-elles directement sur moi ? J'avance cette hypothèse. Le cerveau des gens, ou du moins le lieu où se forment nos pensées et qu'on considère généralement comme le cerveau, enverrait des ondes. Ceci expliquerait beaucoup de phénomènes.

Quand on se retrouve dans une grande ville en pleine nuit, Paris par exemple, on ressent souvent une impression de calme étrange. Bien sûr, quantité de bruits ne se font pas entendre, l'activité est moindre. Mais ne serait-ce pas aussi le fait que dorment autour de nous des millions de gens ?

Dans les sectes, on voit des gens raisonnables en temps normal croire des absurdités débitées par leurs chefs. Ne serait-ce pas là l'expression de l'influence de pensées identiques dans un lieu fermé, la secte ? Nous ne serions pas en fait des créatures individuelles mais des parties d'un ensemble. Et ici nous n'échapperions pas à ce phénomène. Au point de voir accaparer nos pensées par un groupe malade : la secte.

En 2015, nous avons vus le gouvernement grec d'Alexis Tsipras commencer par dénoncer l'austérité et ses plans. Puis s'y rallier et s'en faire le serviteur zélé. On pourrait alors s'interroger ainsi : est-ce une faute ou une félonie ? La réponse est peut-être ailleurs. Le peuple grec souhaitait ne pas quitter l'Europe et l'euro. Ce choix, qu'il en ait conscience ou non, impliquait cette capitulation. Si on admet l'hypothèse de l'émission d'ondes produites par la pensée, les dirigeants grecs se sont retrouvés à la fin dans l'incapacité complète de s'opposer à l'austérité. Pour qu'ils puissent s'y opposer, il aurait fallut que le peuple grec nourrisse d'autres pensées.

Le même phénomène interviendrait dans les autres pays. Les dirigeants seraient influencés par la pensée collective de millions de citoyens. Résultat : même quand ce sont des personnes compétentes et intelligentes, elles suivraient y compris des politiques absurdes et suicidaires.

Le problème numéro un de l'Humanité aujourd'hui est la sur-accumulation de « richesses », c'est-à-dire essentiellement d'argent. Selon OXFAM France 62 individus possèdent autant que la moitié la plus pauvre de l'Humanité soit trois milliards de personnes. Le Crédit suisse cité dans un article sur l'Inde paru dernièrement dans La Stampa, journal italien, précise que un pour cent des habitants de l'Inde possède cinquante-huit pour cent de la richesse du pays. Cette accumulation absurde d'argent tue l'économie. Mais presque toute la population adore l'argent, le place au dessus de tout, en fait sa valeur suprême. Dans ces conditions comment les dirigeants politiques, économiques, financiers du monde pourraient-ils se détacher de cette façon de voir les choses ? C'est impossible !

La pensée collective guiderait le monde, y compris vers sa perte. Et rendrait des plus difficiles, voire impossible, même rien que l'énoncé de solutions pour y remédier.

Essayez-donc d'échapper à la pensée collective. Par exemple de dire que vous avez choisi de vivre seul et refusez l'idée de vous mettre « en couple ». On vous traitera d'égoïste, de malheureux, de quelqu'un qui n'a pas encore « rencontré la bonne personne ».

Avisez-vous de dire que vous ne souhaitez plus avoir quelque activité sexuelle que ce soit. On vous regardera de manière bizarre. Ou on vous demandera si vous n'avez pas une orientation sexuelle refoulée, par exemple : l'homosexualité, que vous n'assumez pas.

On vous demandera aussi si vous êtes « contre le sexe » ou « pour le sexe », pour ou contre « le mariage ». Mais au fond il n'y a rien à faire qui puisse vous permettre de convaincre le plus grand nombre de vos positions « non conformistes ». Aux yeux de la masse des gens, vous avez le droit de renoncer au piano, à la confiture, au jogging, mais pas au sexe, ou à « la vie à deux ».

La pensée collective règne et impose sa dictature. Elle empêche toutes formulations iconoclastes ou en défigure le sens. Depuis un certain temps je suis sorti de l'ultimatum : caresse entre adultes égal sexe. J'arrive à différencier le sexe masturbateur qui utilise l'autre pour se masturber du sexe authentique. Mais impossible d'énoncer une autre vision du monde que celle régnante. La pensée collective refuse de voir affirmer une autre conception des rapports humains que la sienne. J'ai l'impression d'avoir face à moi des murs. Pourtant il doit bien y avoir d'autres personnes qui souhaitent sortir de l'ultimatum tendressicide, câlinicide : caresses entre adultes égal sexe.

Les murs sont formés par la masse des gens qui acceptent l'idée que la tendresse entre adultes est forcément le préliminaire de l'acte sexuel. Que celui-ci peut se décider indépendamment du désir authentique et véritable.

Mais les murs s'ils ne peuvent pas être culbutés, peuvent être progressivement rongés. Avec le temps, ce système s'effondrera. Il a fait de l'acte sexuel l'acte de mariage, de son renouvellement régulier l'attestation de la continuité de la relation. Ce discours prendra fin un jour, car il n'est ni authentique ni supportable. La bêtise et le commerce soutiennent la pensée collective. Il est facile de s'y rallier si on ne souhaite pas voir bousculer les certitudes fausses et rassurantes dans le domaine des mœurs et de l'amour.

Par millions se comptent les victimes de la situation faite à l'amour. L'intempérance alcoolique tue cinquante mille Français par an. Le tabac en tue autant. Un mort par an sur cinq en France est victime de l'alcool ou du tabac. Les suicides, conduites à risques, font combien de victimes chaque année ? La situation faite à l'amour est pour beaucoup dans toute cette hécatombe.

Un enseignant me disait hier avoir beaucoup de très jeunes filles très dures parmi ses élèves. Mais, face à presque cent pour cent de jeunes hommes qui les traitent comme des trous à branlettes, qui sont des drogués endorphinomanes de la masturbation, comment ces filles ne pourraient pas devenir dures ? Une chanson de Pierre Perret dit que « le trois-quart des hommes sont des salauds ». Il serait plus juste de dire « plus du neuf dixièmes ». Pour sortir de la pensée collective actuelle, il faudra beaucoup de temps et d'efforts. Nous sommes très loin du bout du chemin. Les prairies ensoleillées de l'amour et la liberté sont-elles encore très loin ? Il faudra bien répondre un jour à cette question.

Basile, philosophe naïf, Paris le 10 décembre 2016

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