jeudi 15 décembre 2016

710 Ce que beaucoup de gens croient être « l'amour »

Qu'est-ce que beaucoup de gens croient être « l'amour » ? C'est quelque chose qu'on peut définir comme composé de six éléments : pour commencer une excitation plus ou moins grande et une impatience de connaître la suite. Ce sentiment n'est pas de l'amour.

Ensuite et d'emblée la mise en place de la jalousie comme des sortes de barrières douanières. Dorénavant on n'est plus libre de faire ce qu'on veut, c'est-à-dire voir ailleurs. On est ligoté l'un à l'autre. Et, dans les premiers temps au moins, on s'en trouve très bien. Un peu comme un gamin gourmand à qui on vient de porter un énorme gâteau crémeux très appétissant à manger tout seul.

Preuve de la réalité de ce nouvel amour, croit-on, est le partage de l'intimité. Alors qu'on ne va pas tout nu dans la rue ou devant les autres en général, là c'est possible. C'est même la preuve supplémentaire que « quelque chose a changé ». Certains poussent l'intimité un peu loin : ne pas se raser ni faire attention à soi pour l'autre, etc. Bref, être sale et négligé.

Le « Sésame ouvre-toi » pour entrer dans « l'amour », c'est « le sexe ». C'est-à-dire qu'on croit que certains exercices physiques et certains contacts en général attestent de la qualité amoureuse de la relation, puisqu'on ne les fait ou les a avec personne d'autre. On ne voit pas en quoi cette exclusivité attesterait de quelque qualité intrinsèque que ce soit. Mais on y croit, à défaut que ce soit vrai.

Autre élément important et rassurant : la reconnaissance sociale. Avant les fiançailles puis le mariage étaient les étapes obligées. A présent il faut annoncer la nouvelle à tous les proches : « on est ensemble ». On croit ainsi consolider quelque chose.

Enfin, sixième et dernier élément essentiel : l'institutionnalisation. Hier les fiançailles et le mariage, aujourd'hui quelquefois encore le mariage, mais surtout le fait de vivre à deux. Partager un logement commun et les factures d'électricité prouverait notre amour... A tel point que j'ai connu des femmes qui voulaient à tous prix voir leur nouvel amant liquider son logement et venir vivre chez elle. Par la suite celui-ci largué par elle se retrouvait ou aurait pu se retrouver aussi à la rue.

A l'institutionnalisation corresponds aussi des cadeaux rituels : bague de fiançailles, bijoux, etc.

Quelle évolution suivent ces six éléments ? On l'a vu pour le sixième. Pour les autres le cours suivi est aisément passable en revue :

L'excitation retombe. La jalousie n'est pas l'amour. A l'intimité on s'habitue. Elle se banalise et progressivement n'évoque plus rien de particulier., S'agissant du sexe, c'est très souvent pire. Car il ne s'agit pas le plus souvent de personnes qui « font l'amour », exprimant ainsi un désir authentique, véritable et réciproque. Mais d'une masturbation intromissive réciproque et simultanée. Qui devient ensuite une masturbation intromissive d'une seule des deux personnes concernées. L'acte sexuel simulé devient écœurant, ennuyeux, boiteux, sans intérêt. Alors on se replie sur soi ou on cherche ailleurs. On peut aussi chercher sur des chemins tortueux un « plus » dans des pratiques sexuelles plus ou moins bizarres. Quant à la reconnaissance sociale du « couple », on s'y habitue.

Tout ceci fait qu'au bout d'un certain temps, la belle relation « d'amour » qui avait si bien commencé se défait, se dissout. On ne comprend pas pourquoi. En fait, si elle semble ainsi se défaire, ce sont seulement les illusions accompagnées d'agitation qui s'effacent. La relation « d'amour » n'avait jamais été effective. C'était un mirage auquel on avait cru. Et dont la disparition laisse apparaître le vide qu'on refusait de voir. L'amour, qui est autre chose, reste à trouver.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 décembre 2016

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