vendredi 2 décembre 2016

698 Pourquoi l'apologie du « travail » ?

Il y a peu d'années une galerie d'arts de Saint-Germain-des-Près exposait les œuvres d'un truculent artiste japonais dont je n'ai pas retenu le nom. J'y remarquais un point original dans sa présentation sous forme d'interview. Cet artiste déclarait compter, au nombre de ses activités préférées : « dormir ». En général personne n'ose se vanter d'aimer dormir, paresser, ne rien faire. Pourtant quantité de personnes aiment dormir, paresser, ne rien faire. Et pourquoi elles n'en parlent pas ? Parce que nous vivons sous le règne du « travail ». C'est-à-dire qu'est vanté la vertu du travail en soi sans se préoccuper forcément de savoir à quoi il sert. Ainsi on voit proclamer que : « le travail ennoblit l'homme. » Diable ! On a coupé la tête des nobles et voilà la noblesse appelée au secours du travail ! On voit également affirmer couramment que le travail est la raison d'être, pratiquement la justification de vivre de chacun de nous. Quand au « non travail » c'est l'horreur ! « Paresseux » et « feignant » sont des injures. Et la paresse serait soi-disant « la mère de tous les vices ». Alors qu'il existe des paresseux vertueux et des vicieux bosseurs. Quelle est la raison de ce culte du travail pour le travail, de l'effort pour l'effort, et de cette haine officielle du repos et de la douceur des draps de son lit le matin vers midi quand on est dedans depuis la veille au soir ?

La raison de ce culte est que ce n'est pas le travail qui est encensé, mais autre chose derrière ce mot. Par le travail on va dominer la Nature ou les hommes si on les commande à cette occasion. C'est en fait le pouvoir qui est vanté derrière le « travail ». Le pouvoir qui est l'obsession numéro un des hommes. Et cette obsession est sans limites et sans logique. Aujourd'hui ce n'est pas la recherche de la richesse qui guide le monde, mais la recherche du pouvoir qu'est sensé offrir la disposition de cette richesse. Et comme la fringale de pouvoir est impossible à rassasier, la recherche de richesses est sans limites. Et aussi le discours en faveur du travail en fait l'apologie sans se poser la question quand le travail est là de savoir à quoi il sert.

Avec la destruction de l'environnement entamée depuis longtemps et à grande échelle par les humains, le travail bien souvent ne crée pas de richesses, mais surtout détruit celles de la Nature.

Quand j'étais petit, au début des années 1960, un ouvrage illustré que j'ai feuilleté mentionnait : « Les richesses inépuisables de la mer. » On en est revenu depuis !

Les candidats aux élections n'ont bien souvent que le mot « productivité » à la bouche. Créer « des centaines de milliers d'emplois », « devenir la première puissance économique d'Europe », etc. Plutôt que de parler de « productivité » nous devrions parler ici de « destructivité ». Travailler pour travailler, faire des efforts pour faire des efforts, détruire pour détruire.

Et si au lieu de parler de « produire d'abord » on se posait plutôt la question de « vivre d'abord » ? Et si la douceur de vivre était le plus raisonnable de nos objectifs ? Mais pour ça il faudrait notamment réduire largement le temps de travail, la productivité ayant beaucoup augmentée. Mais le faire suppose une déchirante révision des thèmes idéologiques et symboliques en vigueur depuis des siècles. Alors, au lieu de se féliciter des suppressions de postes et répartir le travail entre les salariés restants, on jette à la rue les « inutiles » et on fait bosser encore plus les actifs restants. Tout ceci pour garantir et augmenter le sentiment de pouvoir de ceux qui gouvernent, gèrent, administrent leur monde.

Le « progrès » est comme un cheval fou qui s'étant emballé, entraîne la carriole du monde droit dans le mur. Il faudrait, quand il est encore temps, maitriser l'animal, ralentir sa course folle et commencer à apprécier un rythme honnête et suffisant. Très loin des illusions de pouvoir de ceux qui malheureusement décident aujourd'hui de notre avenir.

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 décembre 2016

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