mardi 1 novembre 2016

680 « L'amour » ? Et si on ouvrait vraiment le débat ?

Quand un même problème, y compris présenté comme « personnel » et « intime » touche des millions de gens... ce n'est plus un problème « personnel et intime », mais l'expression individuelle d'un problème général de société. Ce n'est plus réservé à être traité dans la discussion entre proches ou entre le « patient » et son médecin ou son « psy ».

Le suicide est la première cause de décès dans la jeunesse... Je crois ne pas beaucoup prendre de risque de me tromper en ajoutant que « l'amour » ou ce qu'on suppose l'être est la principale cause de suicides parmi les jeunes. Sans compter les rescapés de suicides ratés. Je pense par exemple à ceux et celles qui se précipitent sous un train et survivent avec des amputations. On m'a parlé ainsi d'une jeune fille de seize ans qui a perdu un bras et une jambe.

Le traitement de « l'amour » repose largement sur la peur. Aujourd'hui dans les transports publics parisiens, par exemple, la plupart de jolies femmes se déplaçant seules n'osent pas regarder franchement un homme inconnu. Et encore moins leur sourire. Pourquoi ? Parce que ça risque d'être automatiquement pris pour « une avance sexuelle » ! Alors, elles usent de ruses de Sioux pour regarder quand même. Lunettes de soleil même quand il n'y a pas de soleil, coups d'œil furtifs, regard du coin de l'œil, balayage oculaire d'une large surface où se trouve au milieu la personne qu'on souhaite regarder, etc.

De toutes parts on entend des lamentations sur « l'amour ». Une jolie jeune fille me disait dernièrement à propos de sa relation avec l'amour : « l'amour ça ne marche jamais. À présent, je préfère me consacrer à la réussite de mes études. »

D'autres femmes, arrivées à la trentaine et au delà, restées seules depuis longtemps, commencent à s'affoler par rapport à leur horloge biologique. Vont-elles rater le dernier moment pour faire un premier bébé ? Mais où est le père ?

La peur du viol est omniprésente chez les femmes. Elles n'en parlent jamais, en tous cas aux hommes. C'est aussi là un des aspects de « l'amour », car cette peur pèse sur toute la société tout le temps.

Un autre sujet dont on ne parle jamais ou presque c'est la masturbation masculine adulte et le gavage des garçons par la pornographie. Connaissez-vous beaucoup d'hommes qui osent dire : « je regarde du porno tous les jours sur Internet », et « je me masturbe très fréquemment » ? Non, bien sûr, pourtant vous en côtoyez tous les jours et si ça se trouve vous en faites partie. Il a fallu que je cesse de me masturber depuis six mois pour commencer à libérer ma parole à ce propos. Et encore, j'ai des hésitations. Pourtant, c'est là une question fondamentale dont il faut absolument parler. La masturbation masculine adulte et son stimulant pornographique représente la première et la principale activité sexuelle chez les humains en général.

Imaginez un jeune homme qui découvre à l'âge de treize ans la masturbation adulte, c'est-à-dire comprenant l'éjaculation, à la différence de la masturbation enfantine des garçons. S'il se branle trois fois par jour durant trente ans, il finira par s'être masturbé plus de trente mille fois !

Ce qui n'arrange rien est que beaucoup d'hommes croyant « faire l'amour », le plus souvent se masturbe dans le corps d'un ou une partenaire. Ils remplacent juste leur main par, par exemple le ventre d'une femme. Même si elle est consentante, elle finira par s'en ressentir mal et vouloir s'éloigner. Servir d'outil à branlette n'a rien de réjouissant, y compris si on croit « faire l'amour » !

Quand quantité » d'hommes, la plupart même, se branlent dans le ventre d'une femme en croyant « faire l'amour », celles-ci qualifient leur minable prestation avec ces mots : « il fait sa petite affaire. » Il s'agit là du vocabulaire féminin français. Je l'ai entendu à Paris il y a une trentaine d'années environ, dans la bouche d'une dame d'un certain âge. Je l'ai ré-entendu très récemment dans la bouche d'une jeune femme.

Les riches Romains de l'Antiquité mangeaient, se faisaient vomir, buvaient du vinaigre pour se rouvrir l'appétit, remangeeaient, revomissaient... Ainsi ils goutaient des plaisirs de la table totalement détachés des impératifs de la digestion. Un certain nombre d'hommes aborde aujourd'hui le sexe dans le même esprit totalement détaché des sentiments. Ils pratiquent le consumérisme sexuel : « un plan cul, une toile, acheter une nouvelle paire de godasses... » Tout est pareil. Seul importe la recherche du « plaisir ». S'agissant du « sexe » on peut même le marchandiser et l'acheter sur le marché des prostitutions, depuis la marcheuse jusqu'à l'escort girl de luxe. Le prix varie. La fonction principale est toujours la même.

Mais les endorphines produites durant les activités considérées comme « sexuelles » sont des drogues. Ça, les spécialistes auto-proclamés dans le domaine du sexe éviteront de le dire. Ils éviteront surtout de parler des risques liés à leur production. Par exemple, l'arrêt brusque d'une relation d'amour réelle ou rêvée conduit au manque. Et le manque de drogue pour un drogué fait tellement souffrir qu'il sera tenté de se supprimer.

On a cru innocenter les endorphines sous prétexte qu'elles s'auto-éliminent. Mais les effets psychologiques sont tels qu'elles provoquent des milliers de morts par an causés par des suicides officiellement pour cause de « chagrin d'amour ».

Si on peut réduire cette souffrance, ça mérite qu'on s'y arrête. Malheureusement quantité de spécialistes plus ou moins auto-proclamés vont chercher à empêcher la remise en cause de l’innocuité des endorphines masturbationnelles masculines. Pourquoi ? Parce que ces spécialistes, qui sont souvent des hommes, se branlent eux-mêmes ! Ils sont juges et parties !

Il serait bon et utile d'ouvrir enfin un vrai débat sans crainte de remettre en cause et déboulonner certains pseudo apôtres ou soi-disant textes sacrés dans le domaine de la sexualité masculine. Ce qui exige de l'audace. Car dans notre société française et parisienne, traditionnelle et machiste, il est mal vu de remettre en cause les idoles du jour.

Alors que Freud lui-même admettait qu'un jour ses idées et théories soient dépassées par des idées et théories nouvelles, certains se prétendant ses disciples empêchent le débat de se tenir.

Il faut arriver à mettre tout sur la table et discuter.

Rien ne doit nous empêche d'avancer. Toutes les questions sont légitimes. Il faut en parler entre nous, avec d'autres, y réfléchir et ouvrir enfin un vrai débat sur les vraies questions de « l'amour ». Les premières étant comment parvenir à réduire la souffrance humaine dans ce domaine. Que ce soit du fait de suicides, viols ou dépressions. Progresser ne pourra se faire qu'en faisant avancer la cause de l'amour vrai et en se débarrassant de ses bruyantes et maladroites imitations.

On entend beaucoup de choses diverses et parfois opposées quand on prononce le mot « amour ». C'est pourquoi il importera aussi dans le débat ouvert et véritable de définir ce qu'on entend exactement en utilisant ce mot. De toutes façons il faut que s'ouvre un large débat afin de commencer à progresser vraiment dans ce domaine. Il en va aussi de la préservation de la vie et de la santé de millions de jeunes gens et jeunes filles, hommes et femmes d'aujourd'hui et demain.

Basile, philosophe naïf, Paris le 1er novembre 2016

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