vendredi 26 décembre 2014

323 La peur en héritage et la dramatisation du changement

Une calamiteuse conséquence de la peur en héritage est la dramatisation du changement. Tout changement effraye, car il entre en résonance, amplifie, évoque, éveille la peur en héritage. Peur d'autant plus ravageuse que rien d'emblée ne permet de nous en rassurer étant donné qu'héritée elle n'a pas de racine consciente en nous.

Cette dramatisation du changement peut rendre effrayant et dramatique tout changement, y compris objectivement anodin et sans importance, qui devient alors subjectivement terrifiant et démesurément important.

Les exemples abondent et expliquent quantité de comportements absurdes, illogiques, irrationnels, incompréhensibles, chez les humains.

Quand en religion est prôné une modification elle peut entraîner colère terrible, violence, atrocité. A Paris, il y a quelques siècles, le seul fait de manquer de respect à une hostie entrainait la mort assortie et précédée de tortures... Or, il arrivait que ce « manque de respect » émane simplement d'individus dérangés mentalement. Ce n'était même pas une prise de position hostile à la religion, mais l'expression d'un dérangement mental. Cependant, il s'opposait à un état général de respect réel ou feint des masses. Changer sa vision du fait religieux pour, par exemple, épargner les fous sacrilèges, était trop effrayant. Car il impliquait d'affronter un changement.... qui réveillait les peurs en héritage impossible à affronter. Il était plus rassurant de réprimer les fous. Quand bien-même il était évident qu'ils étaient fous.

Quand, de nos jours, certains voudraient voir la contrainte du travail réduite, le temps de travail considérablement diminué, l'obligation du travail cesser d'être le plus souvent une activité abrutissante, désagréable, aliénante, on voit quantité de gens s'y opposer. Crier à la catastrophe au lieu de considérer les avantages du progrès technique libérateur. Celui-ci aujourd'hui ne libérant personne, car mis au service de la multiplication des chômeurs plutôt qu'à l'amélioration de la vie des gens. Changer le travail remet en question un état de choses très ancien. Et ce changement éveille les peurs en héritage. Plutôt que les affronter, on voit des gens qui aurait intérêt à ce changement s'y opposer. Y compris en tenant des discours absurdes sur la croissance à tout prix et le retour au plein emploi huit heures par jour, en fait inutile et impossible.

En amour, le changement également suscite l'horreur et des comportements extrêmes et excessifs causés par les peurs en héritage. Quand on s'est mis « en ménage », qu'on a vécu « en couple » et que le couple se rompt, la fureur, le désespoir, l'envie de tuer l'autre, qui rompt, peut vous envahir. Ces sentiments et comportements violents ont pour origine la dramatisation du changement consécutif à la ou les peurs en héritages.

En politique, que de comportements extrêmes et absurdes rencontre-t-on ! Qui témoignent de la peur du changement expression indirect des peurs en héritage. Jusqu'à l'absurde. La volonté de ne rien changer à une orientation ancienne et catastrophique dans le domaine économique anime visiblement notre actuel président de la République. Il est incapable de changer de voie, car il a peur d'essayer d'aller ailleurs. On le voit même content et rassuré de scier consciencieusement la banche sur laquelle il est assis, car il ruine sa base électoral. Mais il est incapable d'agir autrement.

L'Europe est un autre aspect du comportement absurde des humains. On a répété, ânonné l'Europe depuis soixante-dix ans... à présent une masse de gens est incapable d'abandonner son attachement irrationnel à un projet qui entraine au désastre ensemble vingt-huit pays. Même des partis qui seraient logiquement des opposants à l'Europe s'appliquent à y faire référence, se prendre les pieds dans le tapis européen. Jusqu'à l'étape suivante qui verra l'inverse : tout le monde maudire ensemble l'Europe...

Car la dramatisation du changement peut aussi amener son contraire : la dramatisation du non changement. La peur est irrationnelle, ou plus exactement a son fonctionnement propre, qui suit une logique particulière.

On voit même des humains tellement terrorisés par la perspective de mourir, qu'ils vont se suicider pour échapper à la peur de mourir plus insupportable à leurs yeux que la mort elle-même.

Un domaine où la peur du changement est souvent flagrant est celui de l'argent. Évoquez la nuisance de l'argent, ça va encore pour beaucoup de gens. Mais, suggérez de supprimer l'argent. Vous verrez alors la panique. Ah ! Non ! Supprimer l'argent ? Pas question !

J'ai même vu quelqu'un m'affirmer que « l'argent a toujours existé » !!

L'absence de changement rassure. Ainsi, une vieille institution, un objet ancien, une tradition vénérable, charment plus d'un. Dans les brocantes et chez les antiquaires l'amour pour l'ancien fait dépenser beaucoup d'argent.

La peur ou les peurs en héritages pourront également provoquer l'inverse : l'envie de rejeter systématiquement ce qui est ancien.

De nos jours, nous sommes habitués aux automobiles. Il y en a trop. On doit imaginer d'autres solutions... Mais non, plutôt que changer, on fuit en avant et il y a de plus en plus d'automobiles. Jusqu'aux centrales nucléaires que nos politiques sont incapables d'envisager d'éliminer. Car ce serait un changement. Et ce changement leur fait peur. Jusqu'au jour où la peur s'inversera. Suite à un accident, ils voudront toutes les fermer en catastrophe, ou pas. Ils se disputeront.

En 1983, quand, suite à vingt-six années de réflexion j'ai abandonné la croyance matérialiste, durant une année j'étais incapable d'en faire part à qui que ce soit. Il m'a fallu encore trente ans pour arriver à déclarer tranquillement que je suis « croyant » puisque tel est le terme en usage. (Ceux qui croient en la non-existence de Dieu sont aussi des croyants, mais ils refusent de l'avouer).

Comme tout changement peut faire très peur du fait de la peur ou des peurs en héritages, toutes nouvelles idées tend généralement à être rejetées ou ignorées. C'est pourquoi, si mes idées sont nouvelles ou tout au moins différentes de celles habituellement avancées, elles seront ignorées ou rejetées. Ce qui fait que, par exemple, dans mon entourage je vois une amie passionnée de philosophie lire une quantité de livres. Et ignorer complètement mon blog philosophique. Car lire des auteurs connus la rassure. Ils ne remettent pas en cause son monde, ils en font partie. Leur existence ne change pas sa vie. Et comme elle a hérité d'un sacré paquet de peurs, elle se trouve bien uniquement avec ses philosophes habituels. Tout, plutôt que le changement.

La peur en héritage a encore de beaux jours devant elle. Peut-on y remédier, au moins partiellement ? La question mérite d'être posée. Il existe sans doute des solutions. Il faut en tous cas commencer par étudier ce phénomène, l'analyser. Connaître ses conséquences pour tenter d'agir contre lui. Ces peurs sont omniprésentes, mais ça ne signifie pas nécessairement qu'on ne puisse pas au moins réduire considérablement leur influence. Pour l'instant, seuls les éleveurs de chevaux manient couramment la notion de peur en héritage. A ceux qui s'occupent des humains, de l'amélioration de leur vie, de se pencher sur la très intéressante et actuelle question de la peur, ou des peurs en héritages, qui empêchent de vivre et s'amuser de vivre.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 décembre 2014

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