Je rencontre une fois récemment le reproche que tous mes textes de réflexions philosophiques,
ou en tout cas une grande majorité d'entre eux, concernent le toucher, la sexualité considérée comme destructrice des
rapports homme-femme. Que c'est devenu une obsession pour moi.
Mais,
est-ce moi qui suis « obsédé » ou la société où je
vis qui l'est ? Et qui, chaque fois qu'on ose la critiquer dans le
domaine du sexe, vous accuse d'être obsédé ?
Le
traitement de tout ce qui concerne le sexe ou supposé tel est
spécieux. Si je dis, par exemple, que je trouve très bien que des
gangsters braquent des banques, on ne me soupçonnera pas d'être un
braqueur de banques, tout au moins rêvé ou potentiel. Si, en
revanche, je témoigne simplement de la curiosité pour une pratique sexuelle particulière, on me soupçonnera
immédiatement d'en être un adepte.
Ce
qui rend l'échange et le débat libre impossible d'emblée, même si
c'est un débat purement théorique. Le seul fait d'évoquer
l'impossibilité du débat vous rend déjà suspect. Ici, la parole, voire même la pensée, n'est
pas libre.
Quand
je lui déclare être sensible au charme d'une jeune fille, une amie
me classe aussitôt parmi les vieux cochons. Et me conseille de
m'intéresser aux femmes de mon âge. S'agissant de ces dernières,
je remarque qu'elles sont souvent complètement cassées moralement.
Et n'ont plus guère d'appétit social, audace, envie de vivre à
fond leur vie. Le rêve de bien des sexagénaires des deux sexes
n'est pas ou plus d'escalader l'Everest, mais plutôt juste de
pouponner leurs petits enfants. C'est très bien. Ça ne fait de mal
à personne. Si j'étais grand père, je serais peut-être comme eux.
Je ne le suis pas. Et n'ai ni enfants, ni petits-enfants.
Bien
des personnes âgées, notamment en maisons de retraite, vivent
surtout pour le bien manger. J'apprécie les bons plats, mais n'en
fait pas, comme elles, le but de la vie.
Je
m'intéresse à quantité de choses, par exemple, à la fête, la
philosophie, l'histoire, la poésie, la peinture, ou encore le
Carnaval de Paris. J'en suis presque obsédé. Et pourrais passer des
nuits entières à rechercher sur Internet dans des sites culturels
des éléments oubliés de son histoire, pour les transmettre ensuite
au plus grand nombre.
Restreindre
son horizon juste à son estomac et sa famille n'est pas mon choix.
Je veux être utile aux autres. Et pas seulement à moi et à un
cercle très restreint autour de moi et choisi au nom des « liens
du sang ».
Je
ne suis pas obsédé par la recherche de l'acte sexuel ou son refus.
En revanche je suis très sensible au climat d'obsession sexuelle
sournoise régnante. Qui fait que, par exemple, une jeune femme bien
de sa personne ne peut rigoureusement pas envisager d'aller lire,
flâner ou se reposer seule dans un grand jardin parisien sans se
faire systématiquement aborder par divers individus plus ou moins
collants et parfois simplement dangereux.
La
fille d'une amie, qui a trente ans, vit en région parisienne et est
très jolie, en sait quelque chose. Amenée à rentrer quelquefois
seule très tard le soir ou très tôt le matin elle n'a évité de
sérieux ennuis que dans sa capacité à courir très vite. Est-ce
normal ? Est-ce que ce qui arrive à cette jeune femme et qui est le
lot de toutes les femmes de Paris surtout si elles sont jolies et
seules dans la rue est normal ?
Tant
qu'une femme seule ne pourra pas arpenter sans crainte les rues de
Paris entre minuit et quatre heures du matin, les Français ne seront
pas les habitants d'un pays digne de s'appeler « civilisé ».
Oui,
je suis obsédé par le refus de cette violence morale, voire
physique, à laquelle les femmes sont hélas souvent habituées au
point de ne guère en parler. J'ai eu l'occasion plusieurs fois de
connaître des femmes victimes de viol. Le traumatisme vécu et
l'ostracisation des victimes abusivement « culpabilisées »
fait qu'elles m'expliquaient ce qui leur était arrivé, et n'osaient
pas qualifier la chose par son nom : viol.
Personnellement,
j'aime les gens en général. Le sexe, l'acte sexuel, je m'en fous
plutôt complètement de cette activité prétendument essentielle
pour des raisons psychologiques, sociales, jouissives, etc. Par
contre, le mélange des genres, l'assimilation ou l'association de
l'amour au sens général au sexe, est la cause de centaines de
milliers de suicides par an. Il s'agit d'un vaste fléau social et de
la première cause de mort dans la jeunesse. Oui, j'y suis très
sensible. D'autant plus que quand j'étais confus dans ma tête et
comme des millions d'autres associait systématiquement amour et
sexe, j'ai bien failli enrichir à plusieurs reprises les
statistiques de morts par suicides.
Je
pense qu'arriver à bien expliquer les mécanismes de l'âme humaine,
de ses comportements excessifs, passionnels, contradictoires,
permettrait de sauver des dizaines de milliers de vies par an.
Cela
vaut donc bien la peine de s'interroger sur le fonctionnement des
gens. La surcharge puis le manque brutal d'endorphines conduisant un
très grand nombre de jeunes gens et jeunes filles à attenter à
leur vie. La prévention possible de ces suicides me passionne.
Est-ce une tare ?
En
tant que personne sensible, je suis autant passionné par les
questions liées à l'amour et à la sexualité que peut l'être pour
le cancer un cancérologue ou pour la cuisine un créateur de
recettes de cuisine. Il ne s'agit pas d'une maladie de celui qui est
passionné, mais d'une spécialisation. Chacun a sa
spécialisation qui peut apparaître comme une obsession vue de
l'extérieur.
Je
rêve d'un monde où on pourra bavarder cinq minutes avec une jolie
fille sans se faire systématiquement traiter de « dragueur ».
Et où les femmes à Paris oseront regarder en face les hommes dans la rue ou
dans le métro. Et n'useront pas de ruses de sioux pour faire la même
chose, par crainte de se faire aborder. D'un monde enfin humain et
débarrassé des scories de la vieille morale toujours présente.
Au
pays des fous, les gens sains paraissent fous. Et l'ensemble des
humains fait penser à un orchestre d'excellents musiciens qui ont
des cartons de lotos en guise de partitions et jouent n'importe quoi,
n'importe comment, et sans ensemble. Qui massacrent la musique alors
qu'ils seraient capable de jouer la plus belle et harmonieuse des
musiques. Mais ils sont habitués à la cacophonie et ignorent les
rôles qu'ils ont à occuper.
Je
n'aime pas le bruit, alors je cherche les partitions. Et tant pis
pour ceux qui me crient d'être raisonnable et arrêter mes
recherches.
Un
jour, peut-être, la musique reviendra dans la vie des hommes. Pour
ma part, j'ai déjà cessé de me mêler au bruit ambiant. Je préfère
jouer très doucement un air juste que, comme les autres, tonitruer
de très conformistes fausses notes.
On
m'a conseillé d'arrêter de regarder les jeunes filles. Et aller
draguer dans les maisons de retraite. Je continuerais à regarder les
jeunes filles, même si je n'y mets pas les mains. Et n'irais pas
draguer dans les maisons de retraite.
Basile,
philosophe naïf, Paris le 4 décembre 2014
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