jeudi 28 mai 2020

1303 Plaire, être apprécié, se montrer

Une amie comédienne me disait un jour : « si un spectacle a un très grand succès et qu'une salle comble applaudit à tout rompre la performance d'un acteur. Et qu'ensuite quelques rares spectateurs viennent dans sa loge lui serrer la main et lui dire qu'il a été très bien, ces rencontres sont très importantes. Et une salle comble qui applaudit ne les remplace pas. »

Quand j'écris une nouvelle poésie et l'envoie à une quinzaine de personnes, j'attends leur retour avec impatience. Même si je suis persuadé d'avoir été bon, il me manque quelque chose.

Quand dans une conversation il est question d'un sujet qu'un des présents ignore, il peut arriver qu'il s'empresse d'apporter une information intéressante... qu'il vient d'inventer.

Certaines personnes ne sont jamais d'accord avec vous et affirment systématiquement le contraire, quel que soit le sujet.

Une amie s'informe sur un sujet d'actualité dont je lui avais parlé. Tombe d'accord avec mon opinion sur ce sujet. Mais s'énerve quand elle m'expose son point de vu, alors que je lui dis que je suis d'accord.

Au Carnaval on cherche à se faire remarquer.

Toutes ces reactions procèdent de comportements acquis durant la petite enfance.

L'enfant, c'est à dire y compris nous il y a bien des années, veut plaire, se sentir intégré au monde des grands, des adultes, des « grandes personnes », des aînés, des anciens, des parents, de « ceux qui savent ». Alors, quand il agit, il observe la réaction de ces personnages dominants et parfois incompréhensibles et mystérieux.

Je fais ci, je fais ça, se dit l'enfant. Est-ce bien ? Approuvé par les grands ? Ils sourient, c'est bien. Ils applaudissent, me récompensent, c'est merveilleux. Ils désapprouvent, se fâchent, aïh aïh aïh !

Beaucoup plus tard, ces comportements s'étant imprimés en nous, nous avons besoin de plaire, de la reconnaissance des autres. Il est alors plus facile de suivre le troupeau, hurler avec les loups que d'être un pionnier solitaire, même convaincu de la justesse de sa démarche.

C'est parce qu'il a été enfant, que l'acteur ou l'actrice apprécie tant la poignée de main et les compliments de quelques-uns reçus dans sa loge après le spectacle où il a y compris triomphé. Ça rentre en écho avec lui ou elle enfant quêtant l'approbation des « grands ». Même chose quand je suis impatient, avide de recevoir des réactions à la lecture d'une nouvelle poésie.

Celui ou celle qui invente une information sur le sujet qui passionne un auditoire cherche aussi la reconnaissance, quitte à affabuler. Ce comportement contribue à la diffusion de fables. Il est très répandu.

Dire systématiquement le contraire est une façon négative de s'affirmer.

Une façon caricaturale de s'affirmer, et pas si rare que ça, est de témoigner par la véhémence de ses propos... d'un désaccord imaginaire avec son interlocuteur ou interlocutrice.

Enfin, pour s'affirmer, quoi de mieux qu'un fantastique costume et masque de Carnaval ?

L'enfant qui est en nous n'a pas toujours tort. Mais il faut savoir quelquefois le dépasser. Ainsi, par exemple, je ne cherche plus depuis des années à « briller en société ». Il n'y a besoin ni d'excuse, ni d'alibi, ni de justificatif pour simplement exister. Si on vous apprécie, tant mieux. Si on ne vous apprécie pas, on ne peut pas plaire à tout le monde. Il y aura toujours des gens qui ne vous apprécieront pas, quoi que vous fassiez, y compris pour leur plaire.

Comme disait Molière : « on ne peut pas plaire à tout le monde et son père. » Essayons d'être nous-même. C'est déjà un effort très satisfaisant, justifié, important, difficile, louable et suffisant.

Basile
Paris, le 28 mai 2020

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