jeudi 21 avril 2016

538 Le marché du cul

Pour combien de femmes aujourd'hui « faire l'amour » se résume à écarter les jambes et attendre que ça se passe ? Cependant que Monsieur se branle consciencieusement dans un vagin en étant persuadé de réaliser un acte relationnel ? Il n'est rien de plus fréquent que la surdité masculine à la sensibilité féminine. Persuadé que son zizi, son érection et son éjaculation sont le centre du monde de leur compagne, un nombre énorme d'hommes résument celle-ci à un trou consentant. Et cette gymnastique baptisée « faire l'amour » serait l'alpha et l'oméga de la relation d' « amour ». Ne dit-on pas justement « faire l'amour » ou « finaliser » ?

A partir du moment où la femme n'exprime pas exactement le désir symétrique et complémentaire de ses obsessions intromissives, l'homme proclame qu'elle est « incompréhensible » ! Curieuse conception du dialogue et de la complémentarité. Fait ce dont j'ai envie, sois ce que je veux que tu sois et « je te comprendrais », « je t'accepterais » !

Quand la femme se trouve réduite à un trou, il ne lui reste que trois choix possible : la fuite, le rejet et l'adaptation. Mais quelle adaptation ? A partir du moment où une femme considère que l'homme est chiant mais qu'il faut faire avec, elle se dit : « s'il est chiant, au moins tirons-en des compensations ». Et alors s'ouvre « le marché du cul ». Dans ce marché, on cesse de donner, on échange.

C'est ainsi que j'ai vu deux jolies filles se dire : « l'homme est chiant, mais au moins que le mien soit très beau. » Et c'est ainsi qu'elles collectionnent les très jolis garçons, qu'elles finissent toujours par jeter. Car ils sont trop cons et chiants à la longue. Mais, elles ne désespèrent pas et continuent leurs pérégrinations gymnastiques.

Quand on idéalise, on poétise, on rêve... on veut ignorer la réalité sordide de ce marché qui fait des partenaires des êtres misérables et calculateurs. On se dit : « moi, je donne, je ne prend pas, je suis différent des autres, bon, généreux, attentif, désintéressé... » Las ! On est juste un OVNI dans un marché. On vient chez le marchand de fruits. On lui dit : « vos fruits sont beaux. Vous êtes heureux de les proposer. J'aime vos fruits. » Vous tendez la main pour en gouter un. Et là, la poigne du marchand s'abat sur votre main tendue et il s'écrie : « le kilo c'est trois euros ! » Dans le marché du cul, c'est pareil. Vous pouvez rêver, complimenter, imaginer vous entendre de manière désintéressée. Si vous n'avez pas le profil attendu, vous serez ignoré, fuit ou rejeté.

Une jolie fille que j'ai croisé un jour me disait chercher l'amour. Je lui demandais perfidement : « et si vous êtes amoureuse d'un garçon fauché, le rejeterez-vous pour cette raison ? » Elle a hésité un instant, puis a acquiescé. Mais bien sûr, en général on ne dit pas d'emblée : « je veux coucher avec un homme ou une femme ayant un CDI, un bon salaire, un appartement de deux pièces et une automobile ». Ça ferait pute. On dit : « je ne veux pas me retrouver avec un homme ou une femme que je devrais entretenir. » Toute la subtilité est dans la formulation pour dire en fait exactement la même chose, mais présentée joliment. On ajoutera quelques belles phrases où apparaîtront les mots « amour », « bonheur », « famille ». Et hop ! D'intéressé on passera au rang de « raisonnable », « ayant les pieds sur terre ». On dit que « l'amour est aveugle ». Mais certaines personnes ont tout à fait par hasard le chic de « tomber amoureuses » de créatures promises à un bel avenir professionnel ou déjà bien installées dans la vie. J'ai connu ainsi une jolie fille qui proclamait haut et fort être résolue à ne pas travailler. Elle est tombée amoureuse et a épousé comme par hasard un futur médecin. Cupidon a le sens des affaires ! Et la poésie dans tout ça ? Mais, croyez-vous que la vie soit de la poésie ? Dans la vie, seul le fric compte ! Mais chut ! Il ne faut pas le dire trop fort, ça ferait vulgaire. Parlons d'« amour » et gardons bien les pieds sur Terre et la main sur le portefeuille !

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 avril 2016

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