samedi 28 février 2015

355 Lenteur, souplesse, silences : l'art de construire une goguette

J'ai quelquefois, il y a longtemps, voulu apprendre la musique, pour en jouer. Et n'y suis pas parvenu. Les professeurs étaient très mauvais, quand bien-même étaient-ils sympathiques et remplis de bonne volonté. Je n'ai fait qu'effleurer le sujet. Un de ses aspects m'a interpellé : les « silences ».

Pour faire de la musique harmonieuse à l'oreille une place doit obligatoirement être accordée aux silences... En fait, dans la vie, c'est pareil. Pour réussir une fête, par exemple, elle doit avoir lieu après une période où la fête est absente. C'est une forme prise ici par « le silence ».

On nous vante l'efficacité, la rapidité, la permanence des efforts créatifs. C'est totalement absurde. Pour qu'il puisse y avoir tension dans l'effort, il faut également qu'il y ait relâchement. Un enseignant des Beaux-Arts de Paris nommé Allain nous disait, à moi et d'autres élèves, que les périodes d'activités créatives visibles et intenses alternaient chez un artiste avec des moments de maturation créative où, apparemment il ne se passait rien. Ces paroles m'ont beaucoup aidées moralement. Car, à l'époque, je culpabilisais de ne rien peindre, sculpter ou dessiner. En fait ma créativité passait à ce moment-là par une période sans résultats visibles. Les racines souterraines des plantes futures se développaient souterrainement. Il faut savoir attendre. Ou plutôt ne pas s'en faire quand se passent d'inévitables moments d'apparente inactivité.

Il faut aussi prendre le temps. Ne pas se presser. « Bien et vite », ça n'existe pas. Pour créer une goguette, par exemple, soit un groupe festif et chantant comptant moins de vingt membres, il faut savoir absolument ne pas aller vite. Une année pour qu'elle commence à vivre ce n'est rien. Une goguette est appelée ensuite à exister des dizaines d'années !

Il n'existe pas de raccourcis. Quand on décide de créer une goguette, il ne faut pas s'imaginer qu'on va faire mieux en prélevant des cotisations, éditant des cartes d'adhérents. Ce serait une erreur. Ceux et celles qui payent une adhésion croient souvent acheter un service. Ils ont payés, alors on leur doit tout. Ils ont la carte, alors l'association doit être à leur service. Ils ne font rien ? Mais croient avoir fait quelque chose en cotisant. En fait, ils se sont acheté une « bonne conscience ». Et que faire des adhérents fantômes quand on sait que le nombre de membres est fixé à dix-neuf maximum ?

En fait, il faut proposer de venir à la goguette sans insister. Cela fait un an que, avec quelques autres, j'ai entrepris de faire naître une goguette. Durant cette période j'ai vu passer un certain nombre de sympathisants fantômes. « Je viendrais » disent-ils. Ils ne viennent pas... Ne les chassons pas. Ignorons leurs pseudo motivations. C'est ainsi que, revoyant des sympathisants en fait fantômes je me suis simplement abstenu soigneusement de leur parler de la goguette. L'auraient-ils fait ? La porte de la goguette leur était grande ouverte. Ils n'en ont pas parlé et sont restés dehors.

De même, j'ai agit un jour. La goguette n'avait pas trouvé de lieu pour se réunir. J'en parlais à deux sympathisants en fait fantômes. Et les avisais du problème. Sachant pertinemment que chacun d'eux disposait d'un local disponible. J'évitais soigneusement d'évoquer ces lieux. Ils n'en parlèrent pas. Ce faisant, ils confirmaient leur qualité de fantômes. C'est seulement en agissant ainsi, en n'insistant pas, que la sélection se fait, naturellement. Elle n'est pas compliquée. Il faut simplement trouver des membres motivés. Et ne pas forcer ou prétendre forcer les gens à venir. On n'oblige pas une plante à grandir en tirant sur ses feuilles !

Le processus de construction de la goguette se fait ainsi, à son rythme. Il est urgent de ne pas aller vite. Et ne pas chercher l'or là où il n'y en a pas. Quand bien-même la mine paraitrait bien riche et accueillante. Un adhérent possible s'efface ? Dix autres attendent plus loin le long du chemin.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 février 2015

Aucun commentaire:

Publier un commentaire