samedi 21 février 2015

348 État des lieux amoureux, chemins de beauté et de terreur

J'aime le chocolat. Je vois une belle bouchée au chocolat. Tend la main vers elle. Et prend un formidable coup sur la tête. Cependant que la bouchée au chocolat se retire hors de ma portée. Choqué, douloureux, je rêve cependant toujours de manger du chocolat. Une seconde bouchée se présente. Et une mésaventure identique m'arrive. Au bout d'un certain nombre de telles déconvenues, même si j'aime toujours le chocolat, je deviens nettement moins enthousiaste à la vue d'une bouchée au chocolat. C'est en gros ce que j'ai vécu jusqu'à aujourd'hui en amour. Bien qu'adorant l'amour, je fini par me méfier et défier de ce qui paraît m 'y conduire, y ressembler. A force de prendre des coups, subir des déceptions, ça se comprend aisément. Ensuite nait une carence, une famine de câlins.

Celle-ci amène une autre peur, une autre angoisse, une autre déconvenue : l'envie folle de câlins me fait craindre de me retrouver à la merci d'un tendre bourreau. Subir les pires avanies par attachement excessif à une personne qui ne me convient pas. Mais de plus, qu'est-ce que j'attends d'elle ?

Enfant petit, j'avais droit à des câlins. Puis, devenu « grand » j'ai été, comme beaucoup, la plupart sans doute, sevré de caresses. Comme j'étais devenu « grand » j'ai été traité comme un « grand ». Il n'a plus à être caressé comme un « enfant ». Cette évolution a donné lieu à l'invention du concept de période « de latence » qui suivrait soi disant naturellement « l'enfance » et précéderait « l'adolescence ». Il n'y a là rien de naturel. Il s'agit d'un handicapant problème culturel. Et quand on arrive en âge d'être en mesure de procréer on souffre d'un hiatus tactile, un vide de nombreuses années de notre vie où on a cessé de donner ou recevoir des caresses. On est un analphabète tactile.

On se sent alors perdu. Et on suit des préceptes imbéciles. En particulier, on croit qu'il faut à tous prix baiser. Si on est un garçon, on se retrouve obnubilé par ses érections et éjaculations. On devient un pénible boulet pour les femmes. Et si on sort de la route erronée que suivent la plupart des jeunes gens, on ne sait pas où on doit se diriger. Si on ne cherche pas la baise ou son refus, on devient un OVNI, un extra-terrestre. Et, pourtant, on a raison de choisir la voie du mystère.

Il faut cesser d'emprunter les chemins erronés et réformer l'amour. Ni l'obsession éjaculâtre et érectolâtre, ni la jalousie ne mène là où on doit aller. Il faut partir à la rencontre d'un chemin inconnu que personne n'indique. La liberté est à ce prix. La vie est ailleurs que dans les chemins fréquentés et habituels du plus grand nombre.

Quand on arrive pour la première fois dans une terre inconnu, on vérifie la qualité de ses chaussures, son équipement. Et on va de l'avant à l'aventure. Aucun chemin n'est balisé et connu d'avance.

La raison comme guide et la peur comme compagnon. Telle est la devise de hardi explorateur des terres inconnues de la pensée et du cœur.

Le courage n'ignore pas la peur. Elle reconnaît sa présence et va l'affronter. Nous sommes là, sur cette terre, pour toujours avancer et aller de l'avant. Même dans la terreur la plus extrême de l'autre, il faut se donner les voies et moyens d'aller encore et toujours vers lui ou elle.

Il ne s'agit pas de courage, mais de réalisme. La vie sans avancer malgré tout, malgré la peur, l'inquiétude suscitée par l'inconnu et l'incertitude du chemin n'est pas la vie. L'aventure, c'est la vie. La vie c'est l'aventure. Terrifiante vérité, mais il n'est pas d'autre vérité.

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 février 2015

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