mardi 24 février 2015

352 Plaidoyer pour des goguettes plurinationales à Paris

Aujourd'hui, la population parisienne a très grande envie et besoin de fêtes vivantes et traditionnelles. Je le vois bien. Je diffuse depuis 1993 des tracts pour le Carnaval de Paris. A partir de 1998, ils annonçaient des cortèges. Quand je les diffusais de longs mois d'avance, je m'attirais avant des remarques sceptiques : « mais, c'est très loin ! d'ici-là je vais oublier ! » Ces derniers mois, les réactions ont complètement changé. Quand je donne un tract annonçant la fête dans six mois, voire bien plus, on apprécie positivement. On accepte volontiers l'idée d'être informé tellement d'avance. On ajoute qu'on espère s'en souvenir pour le jour lointain où arrivera la fête. C'est un signe qui ne trompe pas.

Un autre signe qui me paraît significatif du renouveau festif parisien : durant des années, quand je proposais un tract à un Chinois de Paris, le plus souvent il ne s'y intéressait pas, voire refusait de le prendre. Le 15 février dernier, changement complet : passant par Belleville, le cortège du 18ème Carnaval de Paris est attendu et accueilli joyeusement et avec enthousiasme par une foule de badauds parmi lesquels nombre de Chinoises et Chinois hilares et bien présents à la fête !

Ces derniers temps on voit de plus en plus de Chinois à Paris. Peut-être aussi avant en général ils se sentaient « Chinois de Chine émigrés ou en visite à Paris », tandis qu'à présent ils se sentent « Chinois de France ».

Quand j'étais étudiant à l’École des Beaux-Arts de Paris il y avait à l'époque, dans les années 1972-1984, 30 % d'élèves étrangers.

J'avais un camarade Japonais qui se désolait. « Nous autres Japonais cultivés connaissons bien l'art européen et l'art japonais. Tandis que les Français que je rencontre connaissent l'art européen et ignore totalement l'art japonais. Ils ne connaissent que les estampes japonaises qui correspondent chez nous à vos images d'Épinal ! »

Dans les années 1980 je connaissais quelques résidents de la Cité internationale universitaire de Paris. Dans trente hectares de jardins des pavillons nationaux de quantité de pays accueillent des étudiants du monde entier. La règle étant qu'un pavillon national accueille au minimum trente pour cent de nationaux d'autres pays.

Je rencontrais notamment là un médecin mexicain et un étudiant des Pays-Bas. Cri du cœur de mes nouveaux amis en découvrant que j'étais un simple habitant français de Paris : « ah ! enfin ! quelle chance ! un Français ! »

Ces étudiants étrangers en résidence à Paris connaissaient et rencontraient des étudiants de nombreux pays, mais pas des Français. La Cité était pour eux un peu comme une sorte d'île confortable, mais détachée de la vie parisienne et des Parisiens.

Pourtant, ces étudiants rêvaient tous de connaître des Français. Ils n'en avaient pas l'occasion.

Durant ces années-là, je me souviens être passé un dimanche ou un samedi après-midi devant une salle de réunion de la rue du Moulin Vert à Paris, dans le quatorzième. On y donnait une fête. Des personnes qui se trouvaient près de la porte m'ont invité à entrer.

C'était une joyeuse fête portugaise... il n'y avait là autant dire que des Portugais. Ceux-ci ont de très belles et vivantes traditions festives.

Les seuls rares Français présents avaient un lien direct avec le Portugal. Par exemple, étaient mariés avec une Portugaise.

Ces trois exemples, l'étudiant des Beaux-Arts, les résidents de la Cité et la fête du Moulin Vert, montrent qu'il paraît très difficile que se passent des échanges entre Français et étrangers présents à Paris. D'une certaine façon, on a l'impression que les étrangers qui viennent à Paris profitent de la culture française. Inversement, les Français ne profitent pas de la culture de ces étrangers. Pourtant, ils sont porteurs d'immenses richesses, linguistiques, chorégraphiques, musicales, humaines, et ne demandent qu'à en faire profiter les Français !

A la Cité international universitaire de Paris il y a quantité de concerts, activités culturelles diverses, même une troupe de danse mexicaine... tout cela est ouvert aux Parisiens, qui généralement n'en profitent pas. Les élites intellectuelles du monde entier sont là. Ne demanderaient qu'à rencontrer des Parisiens, leur parler de leur pays, leur langue, leurs fêtes, leurs traditions. Et autant dire rien ne se passe en ce sens. C'est très dommage.

Quelle solution pour fluidifier les relations, assurer des échanges entre les porteurs de cultures étrangères et les Parisiens ? J'en vois une : la fête et surtout son outil de base : la goguette.

Au Carnaval de Paris on peut admirer de splendides danses boliviennes, des danses et musiques antillaises, des musiciens, costumes et marionnettes géantes ou dragon basques. Or, la base traditionnelle du Carnaval en France est formée de petites sociétés festives et chantantes de moins de vingt membres. Se réunissant ponctuellement pour passer un bon moment ensemble et rejoignant le Carnaval quand il a lieu.

L'idée pour résoudre le problème évoqué est de créer des goguettes plurinationales. Exemple : une communauté bolivienne existe en région parisienne. Ils sont 500. Que les Boliviens qui le désirent assemblent des petits groupes de base formés de par exemple 4 à 8 Boliviens. Cette goguette agrégeant ensuite un apport d'autres nationalités présentes à Paris, dont des Français, pour arriver à dix-neuf maximum. Gageons que les échanges festifs et culturels seront chaleureux ! Et tout le monde en profitera grandement et y trouvera et apportera du plaisir ! Ça enrichira aussi le Carnaval !

Quand on assiste au défilé du Nouvel an chinois à Paris, parmi les personnes défilant avec de splendides habits chinois on aperçoit des Européens, des Africains... J'espère voir demain au côté des Boliviens des Européens et Africains danser des danses boliviennes au Carnaval de Paris et portant de superbes costumes boliviens !

Et voir également un jour au Carnaval de Paris des Boliviens en costumes bretons ou basques danser des danses bretonnes ou basques au côté de Bretons et Basques de Paris !

Nous avons tous à gagner à ces joyeux échanges ! En 2006, rue de Belleville, j'ai aperçu deux jolies jeunes filles chinoises, sur le passage du cortège du Carnaval de Paris esquisser un pas de danse bolivien ! C'est beau, ça !

Quelques temps après, une Parisienne qui avait vu passer le cortège m'a demandé : « c'est une fête latino-américaine ? »

Je lui ai alors répondu : « Non, c'était le Carnaval de Paris. » 

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 février 2015

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