dimanche 8 février 2015

345 L'anticarnaval de Rio

Dans le Carnaval on est tous libres et égaux. On peut à tous moments décider de suivre le défilé ou rester spectateur. Quitter le défilé, y revenir. Être ou ne pas être costumé. C'est la liberté.

En France et à Paris, on parle beaucoup de Rio quand on évoque le Carnaval.

Le clou de ce qu'on appelle « le Carnaval de Rio » consiste en un imposant défilé des associations dites « écoles » de Samba, dans un très grand espèce de stade spécial conçu pour et baptisé « Sambodrome ».

Le public assiste, passif, dans des gradins. Pour accéder à ceux-ci il faut payer. Et payer très cher les trois premiers jours où défilent les écoles les plus fameuses.

Donc, si on veut voir le défilé et on est un pauvre habitant de la ville, on n'ira pas. A l'inverse, un riche touriste étranger aura une place.

Cette conception du « Carnaval », avec des spectateurs passifs et payants, n'est pas le Carnaval. C'est la mort du Carnaval. Ici, semble-t-il, une mort grandiose et spectaculaire, se reproduisant chaque année.

Rio, c'est la mort du Carnaval.

Ou plutôt, si on veut, c'est « l'Anticarnaval de Rio ».

Il existe à ce qu'il paraît un carnaval de rue vivant à Rio... Il aurait lieu au même moment que la mise à mort du Carnaval, le défilé bruyant du Sambodrome. Ce serait donc là le vrai Carnaval de Rio. Il serait nettement moins imposant que celui d'autres villes brésiliennes.

A Nice, j'ai vu sur Internet que pour accéder aux gradins et assister au défilé il faut, pour un adulte spectateur passif en 2015 payer trente-cinq euros. Si c'est ça le « Carnaval de Nice », ce n'est plus non plus le Carnaval. Je n,'en dit pas plus sur Nice, n'ayant jamais été voir le défilé. J'ai juste vu à la fin du défilé du Carnaval de Paris de l'an dernier un vieux monsieur énervé qui m'a déclaré être le responsable du Carnaval de Nice. Je n'ai pas eu l'occasion de vérifier. Il n'avait pas de mots assez durs pour vitupérer contre la vraie fête parisienne. Où on s'amuse et où, bien sûr, personne ne paye ou n'est payé pour participer.

C'était peut-être le responsable officiel ou pas. En tous cas, il paraissait plus attaché à faire de l'institutionnel que du bonheur pour tous. Il n'aimait visiblement pas la fête vivante, faite avec les moyens du bord, et où la récompense est le bonheur de chacun. Être heureux à cette occasion ne demande pas des flots d'argent et n'en rapporte pas non plus. Être heureux c'est s'amuser ensemble. Et quand on dépend des « subventions », qui ne sont que des placements déguisés, on devient otages de gens qui ne voient dans la fête qu'une occasion de retirer un bénéfice électoral ou autre. Et le jour où, pour une raison ou une autre, ils décident de couper la subvention, la fête disparaît.

Pour réussir la fête populaire, il faut du cœur et ne pas se perdre à courir derrière les chimères qui ont noms « subvention », « administration », « presse », « célébrités », « vedettes », etc. Il faut compter sur soi, s'amuser et persévérer en s'amusant et retrouvant les vieilles recettes : goguette et bigophone. Groupes de moins de vingt personnes se réunissant ponctuellement pour chanter, s'amuser. Équipés ensuite de bigophones et percussions pour bien se faire entendre dans la rue.

Basile, philosophe naïf, Paris le 8 février 2015

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