jeudi 30 avril 2015

373 A propos de la recherche de la Vérité

La Vérité est une, mais les chemins qui y conduisent et l'angle de vue pour la voir varient selon les gens. Si un moineau dit que l'arbre est grand et l'éléphant dit du même arbre qu'il est de taille moyenne, ils ont tous les deux raisons. La Vérité n'est pas directement transmissible par la parole ou l'écrit. Car elle est à la fois extraordinairement simple et complexe.

On peut comparer la Vérité à la mer. Si vous habitez Paris et n'avez jamais vu la mer, je peux vous expliquer quantité de choses et vous donner quantité de précisions sur elle. Je peux aussi vous expliquer quel chemin vous pouvez prendre pour aller la voir. Mais ce ne sont pas mes mots qui vous permettront de vous faire une idée juste et exacte de ce à quoi sa vue ressemble.

La Vérité ne peut pas non plus être définie. Pouvez-vous définir le goût du sucre ? Non, bien que ce goût peut être ressenti. Les mots eux-mêmes sont traîtres et biaisés. Si je dis, par exemple, que la Vérité consiste entre autres à aimer son prochain, ces mots signifieront quantité de choses diverses et différentes suivant les oreilles qui m'entendront.

La Vérité est à la fois très simple : la mer est une étendue d'eau jusqu'à l'horizon. Et complexe, car elle, sa vue, va soulever en nous quantité d'échos qui sont inexprimables indéfinissables... avant notre naissance, n'avons-nous pas vécu plusieurs mois dans un milieu aquatique, par exemple ? Toutes sortes de choses vont s'éveiller en nous au contact, à la vue de la mer. Inutile et vain serait de tenter de tout analyser, synthétiser, résumer... c'est impossible.

La Vérité est telle qu'il arrive aussi qu'à trop la chercher on s'en éloigne, on s'égare. Le monde est rempli de chercheurs que leur excès de recherches, d'empressement à vouloir trouver a conduit dans des délires, des impasses. Et aussi parfois à être égaré par des imposteurs. Je pense, par exemple, ici, aux charlatans qu'on peut rencontrer dans les sectes ou dans le milieu de la politique.

On ne saurait dire : « j'ai trouvé la Vérité », mais « il me semble que j'ai compris quelque chose que je ne comprenais pas jusqu'à aujourd'hui ». Et demain ? Je poursuivrais ma route et découvrirais encore un peu plus ce que j'ignore. Et cherche sans en connaître par avance le contenu.

Le chat qui dort connait la Vérité, mais il ne sait pas qu'il la connait. Il la vit, tout simplement. Ce qu'il faut, c'est vivre la Vérité. Ce qui nous arrive par moments. La méconnaissance de la Vérité consiste très souvent à se poser de faux problèmes et chercher les réponses à des fausses questions.

A-t-on besoin de connaître le nombre précis de cheveux qu'on a sur sa tête ?

Certaines questions dissimulent un malaise ou une autre question ? Ainsi la question : « quel est le sens de la vie ? » dissimule en fait la question : « pourquoi meurt-on ? » Car « le sens de la vie » c'est vivre. Mais en disant ça on ne dit pas ce que c'est que « vivre ». Et si on dit : « vivre c'est aimer », on ne définit pas non plus ce que signifie « aimer ». Et ainsi de suite, on peut continuer, comme s'il s'agissait d'une multitude de poupées gigognes. Il faut non pas dire ou penser mais sentir et vivre la Vérité. Exactement comme le chat qui dort. La plus grande sagesse c'est peut-être de ne pas se poser de questions. Mais, pour arriver à cet état, il faut déjà avoir beaucoup cherché et trituré mille et une questions en tous sens pour finir par se dire : « finalement, il n'existe pas de réponses et c'est tant mieux. Car en fait aucune questions ne se pose. Et la seule réponse à toutes les questions qui sont en fait toutes absentes, est peut-être : pourquoi se poser des questions ? Le chat qui dort ne se pose pas de questions. Il faut parvenir à atteindre cette sagesse qui consiste à ne pas ou plus en avoir. Comme le chat qui dort, exactement. »

Basile, philosophe naïf, Paris le 30 avril 2015

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