dimanche 12 avril 2015

363 Retenir, conditionnaliser, calculer le tendre toucher

La société où nous vivons interprète fallacieusement le tendre toucher, lui accordant abusivement une signification « sexuelle » impérative. Le résultat est la conditionnalisation, le rationnement du tendre toucher. Par exemple, quand on est seul dans sa vie, on va refuser de tels contacts, les réservant au cadre d'une hypothétique rencontre idéale non encore faite. On refuse tout ce qui ressemble de près ou de loin aux caresses, en échange du rêve de la rencontre idéale d'une personne dont on espère la venue et qui vous comblera.

Si on a un partenaire attitré ou une partenaire attitrée en caresses, on refusera tous contacts tendres avec un autre ou une autre, contacts qui seraient qualifiés de « trahison », « infidélité ». On prétextera éventuellement la jalousie de son ou sa partenaire pour refuser tout échanges de câlins avec d'autres personnes.

Cette crainte de son ou sa partenaire peut être théâtralisée, confiner à la caricature et servir à dissimuler sa propre incohérence affective. Je connais le cas assez classique d'une dame très tendre qui refuse mes câlins auxquels pourtant elle aspire très visiblement. Elle le fait en invoquant « son mec ». Avec une telle application qu'on la croirait pratiquement terrorisée par ce dernier. En fait, son comportement lui permet d'éviter de se confronter à elle-même et se poser la question du rôle et de la place des câlins dans sa vie. Plutôt que d'y réfléchir, elle remplace la pénible introspection nécessaire pour vivre par des réponses simplistes : « les câlins ? Avec mon mec et pas autrement pour ne pas déclencher sa jalousie ». Elle s'imagine et s'improvise un confort de la subordination : ma tendresse appartient à un homme unique. « Je suis sa propriété... » on pense aux paroles de la chanson d'Édith Piaf : « Voilà le portrait de l'homme auquel j'appartiens. » L'esclavage sentimental comme réponse à la question embarrassante : « qu'est-ce que je fais ici dans cette vie ? Quelle place a ma tendresse dans cette société ? Que signifient mes échanges tendres avec d'autres ? »

Quand la rupture survient comme bien souvent avec son ou sa partenaire, on assiste éventuellement à un phénomène assez surprenant. La personne « libérée de ses engagements » saute alors sur tout ce qui bouge. J'ai assisté à un tel comportement surprenant à deux reprises. Il s'agissait à chaque fois d'une jeune femme qui venait d'être cruellement déçue en amour.

Ces deux jeunes femmes ont autant dire dragué tout ce qui passait ! Puis se sont calmées. Ce sont là des comportements classiques. Au point que des cavaleurs professionnels pistent les jolies femmes qui éventuellement tomberaient dedans.

Ils sont à l'affut, attendant que la cruelle déception arrive, pour profiter ensuite de la situation. Sur ce phénomène je n'ai jamais rien trouvé à lire, ni n'en ai entendu parlé.

La lourde et aberrante prétention à organiser, conditionnaliser, calculer les caresses, « rationaliser » la tendresse, tue plus ou moins vite la relation. Et, au final, rend impossible tous véritables échanges affectifs.

Si vous voyez quelqu'un calculer sa tendresse, passez votre chemin ! Il ne mérite pas que vous vous attardiez et perdiez votre temps et votre énergie à rêver à vous rapprocher de cette personne calculeuse. Si belle et prometteuse soit-elle en apparence, la tendresse « conditionnelle » n'est pas de la vraie, authentique tendresse. En fait, elle ne vaut rien. Et n'est qu'un mirage stérile et décevant.

En amour la qualité est tout, la quantité n'est rien. Un peu d'eau vaut mieux que mille poussières brillantes volant dans la lumière de l'été. Une seule goutte de rosée désaltère plus qu'un grand soleil.

Basile, philosophe naïf, Paris le 12 avril 2015

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