mardi 25 février 2014

232 La chambre des bons sentiments

Quand deux personnes se rencontrent et que nait progressivement une inclination entre elles, c'est comme si elles ouvraient une pièce annexe à leur relation. Et leur échange amène cette pièce à recevoir un stock de bons sentiments réciproques augmentant petit à petit. Si l'échange s'interrompt, la pièce commence à se vider par manque d'enrichissement, de renouvellement. Et finalement arrive à se vider complétement. La relation alors s'arrête. Et laisse place au désarroi, à la peur, la tristesse, l'incompréhension et même l'hostilité. 
 
C'est ce que j'ai connu avec une amie. Appelons-là ici Louisa. Au départ, rencontre, puis rapprochement, nous avons des points communs, des sujets d'intérêts communs, des vécus communs. On se raconte nos vies.

Puis, au bout d'un certain nombre de mois, le rapprochement conduit à la tendresse physique. Or là, à notre insu se passe quelque chose.

Nous croyons réciproquement avoir enfin, contre pratiquement toutes attentes, rencontré notre « moitié d'orange ». L'entourage applaudit.

Tout se passe bien durant deux ans. Puis tout se dégrade et fini par se casser la figure en un peu plus de deux autres années. Que s'est-il donc passé ? J'ai mis un peu plus d'une année à finir par le comprendre.

Au départ, il y avait un échange entre elle et moi. Et nous remplissions notre chambre de bons sentiments. Quand nous avons décidés que nous avions rencontré chacun notre « moitié d'orange », nous en avons déduit un certain nombre de décisions pratiques :

Si nous étions « ensemble », vivre ensemble, être le plus souvent possible ensemble, l'annoncer à l'entourage, faire l'amour... seulement voilà, il s'agissait en fait ici de se plier à la pensée unique régnante. Au lieu de continuer à suivre simplement nos envies, nos sentiments, ce qui aurait pu conduire à ça comme à autre chose, nous avons suivi la réglementation générale. Avec la meilleure volonté du monde nous ne suivions plus la réalité unique de nos sentiments, mais ce dans quoi la société cherche à les enfermer.

Et, à notre insu, l'échange s'est arrêté. Nous avons commencé à vider la chambre aux bons sentiments. Car celle-ci ne connaissait plus de renouvellement, d'enrichissement du stock. Et, finalement, elle s'est retrouvée vide au bout d'environ deux ans. Louisa l'a réalisé et a dit que notre séparation était visiblement à l'ordre du jour. J'en ai été attristé, choqué, ne réalisait absolument pas quelle était exactement la situation et ai insisté dans le sens contraire à la séparation.

A partir de là, tout s'est vivement dégradé. Et est devenu pénible. Parce qu'en fait, le jour où nous avons cru nous mettre « ensemble » nous avons, avec la meilleure volonté du monde, stoppé la relation réelle, pour un faux, un semblant artificiel de relation.

Ce processus de dégradation de la relation avec une personne proche est probablement très répandu. Il existe certainement la possibilité de l'éviter, à partir du moment où on a conscience de la menace possible qu'il représente.

Basile, philosophe naïf, Paris le 25 février 2014

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