mardi 4 février 2014

218 Le septième continent

Il existe cinq continents. Auxquels s'est ajouté récemment le Grande plaque de déchets du Pacifique (Great Pacific Garbage Patch), que certains ont baptisé le sixième continent. Il s'agit d'une accumulation de déchets de plastiques. Certains ont aussi parlé d'un sixième continent disparu qu'ils ont baptisé Mauritius.

Ma réflexion poétique a ajouté à ces six continents un septième : le continent de l'Amour. Continent auquel nombre d'humains n'arrivent pas ou guère à aborder. C'est de très loin le plus important et le plus difficile d'accès de tous les continents. Tout le monde en rêve, pourtant. Quelle cause explique son caractère si souvent très largement inaccessible ?

Elle se trouve en nous et dans l'histoire humaine. Il s'agit d'un dérèglement très ancien. Si ancien qu'on ne sait plus l'identifier, ou mal.

Il y a de cela des milliers, dizaines ou centaines de milliers d'années, un dérèglement d'origine culturel est intervenu dans le comportement humain. Transmis par l'éducation, de générations en générations, il s'est perpétué depuis. Et trouble notre vie et notre conscience adulte.

Initialement, seul l'instinct nous guidait. Il existe toujours en nous. Mais viennent le troubler l'éducation, la morale, les interdits, les stéréotypes comportementaux, les lois... Or, dans celles-ci, il y a très longtemps s'est trouvé le phénomène suivant : on a « forcé » la sexualité. C'est à dire qu'on a inculqué aux hommes le projet permanent, le « challenge » de chercher sans arrêts l'accouplement avec les femmes. Au lieu que cet acte s'inscrive dans le cycle naturel, il est devenu une sorte de revendication pressante, incessante et perturbante.

En retour, les femmes ont cherché à y échapper. Ou alors échanger, négocier l'acte en échange d'avantages divers, réels ou supposés, en particulier la « fidélité ». Qui signifie ici une large prise de contrôle du conjoint par la conjointe.

Ce type de rapports, loin d'être affectueux, amical, amoureux, a pris la forme de la violence, morale ou – et – physique. L'acte sexuel est devenu y compris un objet d'achat et vente.

Alors qu'il suffirait de s'écouter et écouter l'autre, l'homme s'est perdu dans la recherche frénétique de l'accouplement. La femme s'est résignée à le croire par nature obsédé sexuel. L'acte étant lui-même éventuellement reproducteur, les projets d'enfants sont venus compliquer le tableau relationnel homme-femme.

Des comportements stéréotypés sont issus du trouble régnant. L'homme cherchant sans arrêts à forcer la femme à l'accouplement. Celle-ci passant le temps à esquiver. Et « céder » parfois. Le terme « céder » est éloquent.

Une femme me confiait au début des années 1980 : « à partir du moment où j'ai eu treize ans, tous les hommes qui m'approchaient paraissaient avoir une idée derrière la tête, qui m'empêchait d'établir des relations avec eux. » Un journal que j'ai lu rapportait ce propos d'une très jeune fille : « à partir de douze ans, les garçons ne pensent qu'à ça », ce qui les rend infréquentables.

On rétorquera : « c'est ainsi, c'est la Nature ». Je répondrais : « c'est faux, archi-faux ».

Le cliché de l'homme « actif » et la femme « passive » a la vie dure. En fait il s'agit de comportements inculqués. Ils confinent à la paralysie sentimentale et gestuelle de certaines femmes. Ainsi, il arrive qu'elles reçoivent des caresses et paraissent incapables du moindre geste tendre. Que, durant l'accouplement, la femme soit comme paralysée et immobile. Qu'elle accepte l'accouplement sans plaisir ni savoir même pourquoi. Ce sont des phénomènes que j'ai pu observer.

Une chose qui a brouillé les pistes a été l'évolution des femmes ces dernières années en Occident. L'émancipation féminine très relative de cette période a amené les femmes à imiter l'homme. Dans trois domaines au moins ça les a conduit à suivre les mêmes erreurs que les hommes.

Il s'agit de l'alcool, du tabac et de la sexualité. Dans ces domaines, un très grand nombre de femmes ont cru s'émanciper en imitant l'imbécilité répandue chez les hommes.

Il y a cinquante ans il était très mal vu qu'une femme soit saoul. Fumer était considéré comme très vulgaire si c'était une femme qui fumait. A présent, les femmes tendent à picoler autant que les hommes et à fumer aussi. Résultat avec le tabac, elles rattrapent les hommes dans le domaine du cancer du poumon ou des intestins. L'égalité ici dans le risque de tomber gravement malade et en mourir n'est pas une émancipation.

S'agissant de la sexualité, l'erreur aussi est intervenue. Le consumérisme sexuel imbécile des hommes a fait florès chez les femmes. Les premières générations de femmes qui se sont lancées dans l'imitation des hommes il y a quelques décennies ont payé souvent très cher cette manière d'agir. Aujourd'hui, quantité d'entre elles se retrouvent âgées, seules et sans enfants. Et sont passées à côté de leur vie. Comme me disait l'une d'entre elles : « j'ai l'impression d'être passée à côté de quelque chose », mais quoi ? Elle était incapable de le dire.

Victimes collatérale du conflit homme-femme, il y a les enfants. Ne pas suivre son instinct dans le domaine amoureux favorise la violence en général. Si on renonce au chemin du septième continent, il devient facile de brutaliser les enfants.

Par exemple, on les mettra très jeunes à dormir seuls et dans l'obscurité au lieu de les garder près de soi. On les trainera à l'école ou à la crèche sans réagir à leurs hurlements de désespoir quand ils en poussent. Ce ne sont que des enfants ! Ils doivent suivre le dressage commun, baptisé « éducation ».

Une mère me disait avoir systématiquement choisi d'attendre l'heure du réveil de sa fille pour l'emmener à l'école. L'amenant en retard tous les jours, elle était sujette aux remontrances de l'école et s'en fichait. Elle avait bien raison.

Une auxiliaire en puériculture m'a fait part de son écœurement à la vue de bébés levés très tôt, amenés en crèche. Et laissés là malgré leur souffrance visible de devoir être abandonnés ainsi pour la journée par leurs parents.

Mais, il est de bon ton dans « la pensée unique » d'affirmer que c'est là l'éducation... Tout ce qui rappelle l'instinct est battu en brèche. On fabrique des adultes sans se poser de questions. Du moment qu'on suit partout et toujours les « modèles » régnants.

Et quand ces modèles nous rendent le septième continent inaccessible, on maudit l'autre, le sexe opposé, la faute à « pas de chance ». Et on va voir le psychologue. On prend des médicaments. Et on ne s'en sort pas. Car remettre en question définitivement de très vieux comportements erronés et imbéciles n'est pas une chose simple et facile. Combien plus confortable à certains paraît le fait d'être malheureux « comme les autres ». Et dire qu'il est normal que l'amour fasse souffrir. Il est donc normal que le sucré soit salé. Eh bien non, je ne suis pas d'accord. Le sucré est sucré. L'Amour est l'Amour. Et le septième continent est accessible. A condition d'en trouver le chemin.

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 février 2014

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