dimanche 30 avril 2017

747 La guerre sexuelle

Les sociétés animales sont régies par des règles d'origine naturelle. Il n'est pas difficile de comprendre que celles-ci ont connu une large évolution chez les humains. Le seul fait de se lever avant le jour, par exemple suite à la sonnerie d'un réveil-matin, ou prolonger son activité au delà du coucher du soleil grâce à l'éclairage artificiel, nous éloigne de la Nature.

Quand cet éloignement a-t-il pris chez les humains une large proportion ? Nous ne le savons pas. Mais en tous les cas il est certain qu'il y a environ quinze mille ans l'invention de l'agriculture et de l'élevage a bouleversé notre rapport avec la Nature.

Les règles qui régissent notre société divisent les hommes des femmes. Et les opposent. Fait des femmes des étrangères aux hommes, et des hommes des étrangers aux femmes. Ces dernières sont traitées d'une manière qui paraît calquées sur les animaux d'élevage. L'homme traditionnellement prétend posséder la femme et contrôler la reproduction humaine.

Le traitement traditionnel des femmes est plus violent que le traitement traditionnel des animaux d'élevage. Je l'ai remarqué en lisant ceci dans un livre parlant de l'élevage des chats de race : si une chatte de race a été engrossée par un matou de passage, il faut tuer les chatons et faire engrosser la chatte par un chat de sa race. On conserve en vie la chatte. Chez les humains, dans les sociétés traditionnelles, l'épouse ou la fille qui a eu une relation sexuelle non admise, on la tue. Et on peut le faire avec des raffinements de cruauté. C'est même encouragé.

Karl Marx a écrit que « la femme est le prolétaire de l'homme ». C'est faux. La femme est l'esclave de l'homme. Car elle fournit un travail domestique et maternel qui lui est imposé, qui n'est ni reconnu, ni rémunéré et ne donne pas droit à la retraite.

Quand ma mère qui avait eu six enfants, dont deux morts en bas âge durant la guerre, remplissait un formulaire administratif officiel, elle devait préciser : « femme au foyer » ou « sans profession ». Assurer l'avenir du monde, de son pays, sa ville et sa famille, c'est probablement ne rien foutre. C'est tellement admis par un tas de gens que cette question essentielle n'est simplement pas soulevée la plupart du temps.

Une mère de six enfants devrait avoir un salaire de cadre supérieur et une retraite correspondante. Aujourd'hui, si elle n'a pas de ressources suffisantes, elle peut crever et ses enfants avec.

Une jeune fille âgée de seize ans me disait très naïvement cette année, parlant de ce que j'appelle travail domestique et travail maternel : « mais, ce n'est pas pour la femme un travail, c'est son devoir ! » Et une dame quadragénaire s'insurgeait à mes propos. Elle me disait : « ce n'est pas de l'esclavage ! Car la femme est d'accord. »

Il arrive depuis des décennies à présent que quantité de femmes en France fournissent en plus de leur travail maternel et domestique un travail à l'extérieur. Si ce sont des femmes d'artisans qui travaillent avec leur mari, ce travail n'est simplement pas reconnu. Il est traité comme du bénévolat et ne leur assure pas un kopeck pour leur retraite. Si c'est un travail salarié, il est en moyenne payé vingt-six pour cent moins que pour un homme exerçant la même activité.

La femme, dans notre beau pays, n'est pas considérée comme un être humain à part entière. Quand un filou s'en prend à quelqu'un, il le fait avec d'autant plus d'entrain que sa victime envisagée est une femme qui vit seule, par exemple une veuve.

Quand on soulève le problème de la condition féminine en France, il y a toujours de bonnes âmes pour souligner qu'il y a quelques décennies c'était pire. Ou que c'est bien pire aujourd'hui dans d'autres pays. Bien sûr, le côté positif à relever dans ce propos est que des progrès sont possible. Mais doit-on pour autant accepter l'inacceptable et attendre passivement le progrès soi-disant inévitable ?

Quand un père et une mère pleurent leur fille assassinée à coups de poing par un gendre jaloux, violent et macho, doit-on leur dire : « attendez, dans cinquante ans, il y aura certainement moins de faits de ce genre ? » C'est ça la réponse à de tels faits criminels ?

La violence contre les femmes est un problème majeur. Au point que dans des certains pays d'Amérique latine on parle de « féminicide », crime consistant à tuer une femme. Il y a beaucoup de féminicides en France. Et la peur du féminicide est très répandue. Quand une femme ou une jeune fille n'est pas rentrée à la maison au moment prévu, on s'inquiète toujours plus que si c'était un homme ou un jeune homme. Notre société est bien barbare avec les humains de sexe féminin. Le pire est que cette manière de réagir est si habituelle qu'on ne la relève même pas pour souligner le caractère absolument révoltant que montre ici la société.

Je n'entends pratiquement jamais parler du viol. Pourtant, chez les femmes, y compris à Paris, la peur du viol est omniprésente. Il faut relever que c'est le seul crime où paradoxalement la victime est culpabilisée, considérée comme complice et honteuse. Quand une femme est violée, « c'est de sa faute », elle a « provoqué », elle portait une tenue « sexy ». Voilà les propos immondes qu'on entend fréquemment, y compris tenus par certaines femmes.

Les femmes, soit plus de la moitié de l'Humanité, vivent dans une peur plus ou moins permanente des hommes qu'elles ne connaissent pas et ne reconnaissent pas comme pacifiques et inoffensifs pour elles. Cette peur est légitime. Pour peu que la police soit loin, soit parce que ça se passe dans les huis-clos familial, soit dans une période de guerre, par exemple, le viol arrive vite. J'en sais quelque chose, car en plus des femmes et filles, il arrive des mésaventures à un nombre plus réduit de garçons. Moi ça m'est arrivé dans le cadre familial à l'âge de huit ans.

Généralement l'agresseur est masculin, ce n'était pas mon cas. Comme le plus souvent l'agresseur est masculin, s'agissant des viols la structure patriarcale de la société joue à fond. On voit même une partie des femmes se faire complices, collaborer à cet ordre ou s'y soumettre. Beaucoup de femmes violées ne vont pas se plaindre à la police. La complicité passive d'une mère envers un père qui viole sa fille est un grand classique. L'excision est généralement commise par des femmes.

Les dégâts causés par la guerre de l'homme contre la femme sont inimaginables. Tant que cette guerre sexuelle durera, la société humaine ne s'en sortira pas des grands fléaux qui menacent de l'anéantir, tels que la guerre, la cupidité et la destruction de l'environnement. Tout est lié.

Les hommes ne comprennent pas ce qui leur arrive. Les femmes comprennent mieux ce qui leur arrive, mais ne voient pas d'issue immédiate au problème posé par le conflit entre la plupart des hommes contre la plupart des femmes. Elles se contentent de survivre en cherchant à limiter les dégâts et assurer au mieux possible la reproduction humaine, ce qui est déjà beaucoup.

Les hommes souffrent de la guerre sexuelle et tendent à compenser leur manque d'amour par l'orgueil. Celui-ci prend la forme de la quadrilogie maudite : la recherche de la propriété, du pouvoir, de la célébrité et de la violence.

La violence dans les sociétés traditionnelles est extrême. On tue les femmes, on tue leurs amants. Les homosexuels sont tués. On ne peut admettre qu'un homme « fait la femme » ou une femme « fait l'homme ». Les homosexuels comme les bisexuels, les transgenres et les transsexuels sont des traîtres. Et le châtiment des traîtres, c'est la mort.

Est-ce que pour autant la violence est une solution ? Dans les sociétés traditionnelles l'harmonie ne règne pas pour autant. Et les hommes dominateurs et violents sont malheureux tout en rendant malheureuses les femmes. Car la guerre sexuelle ne peut pas se gagner. Les hommes ont besoin des femmes. Les femmes ont besoin des hommes. Et tous doivent être dignes et debout.

Une femme me demandait hier : « mais toi qui a été agressé par une femme, tu n'en veux pas aux femmes ? »

Comment pourrais-je en vouloir aux femmes ? Si nous sommes dans la logique de la rancune et de la vengeance, de la culpabilité collective, comment pourrons-nous nous en sortir ? Nous avons le devoir de chercher et trouver des solutions pour que les hommes vivent en harmonie avec les femmes.

Il faut pour cela rendre ou donner du pouvoir aux femmes, dans notre injuste, violente et hypocrite société patriarcale. Officiellement, le pouvoir est à tous. Nous savons bien que c'est faux. La politique a toujours été une affaire d'hommes. Les femmes n'ont jamais eu d'expression politique. Pour que ça change, il faut, transitoirement, créer un contre-pouvoir féminin. J'ai proposé que, pour la première fois dans l'Histoire, les femmes aient enfin un pouvoir politique : l'Assemblée féminine. Composée exclusivement de femmes et élue exclusivement par les femmes.

L'Assemblée féminine, dont il faudra définir le fonctionnement, sera appelée à lutter contre le pouvoir des institutions patriarcales et très peu ou pas du tout égalitaires. L'égalité homme femme est pour l'instant un mensonge et une blague dans notre pays. D'ailleurs il est très significatif qu'on entend toujours l'expression : « la femme est l'égal de l'homme » et pas « l'homme est l'égal de la femme ». Car il est évident que si on l'entendait ainsi, l'homme, ce seigneur et maître, dérogerait... La langue est aussi révélatrice de la réalité de notre société.

Le texte de ma proposition, intitulée « Appel aux femmes » ou « Appel aux femmes pour une Assemblée féminine », date à présent d'il y a neuf jours. J'ai commencé à le distribuer et l'ai publié sur mon blog philosophique.

J'ai eu quelques intéressantes réactions. Un ami m'a dit que c'était « une bombe atomique » et qu'on n'avait rien proposé d'aussi radical depuis Olympe de Gouges. Une femme m'a dit : « on dirait que ça était écrit par une femme. » Une autre, après m'avoir demandé de confirmer que j'étais bien l'auteur du texte, s'est exclamé : « comment ça se fait que ce n'est pas une femme qui l'a écrit !? »

Une dame qui tient une boutique de vêtements et bijoux l'a accroché près de sa caisse et le fait lire à toutes ses clientes. L'idée a commencé tout juste à faire son chemin et tôt ou tard finira par aboutir. Ça mettra le temps que ça mettra, mais c'est la seule voie qui existe pour régler les problèmes essentiels de la société humaine.

Créer une Assemblée féminine est un acte concret et réalisable. Il assurera à terme la solution du seul grand problème à la base de tous les autres : la maltraitance et la domination des femmes par les hommes, l'horrible et immémorial patriarcat.

Il ne s'agit pas d'écraser les hommes et prendre une « revanche » sur eux. Il s'agit de donner à chacun sa légitime place dans la société, en harmonie avec celle de tous les autres. Pour le plus grand bonheur commun, la paix, la justice, l'égalité, la joie et la fraternité-sororité.

Basile, philosophe naïf, Paris le 30 avril 2017

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