lundi 24 avril 2017

744 À propos de la prétention au contrôle masculin sur l'ensemble des femmes

La société humaine depuis des millénaires est en partie dominée par la prétention masculine à contrôler la vie et la liberté des femmes. Tous les pouvoirs sont dominés par les hommes, et y compris le concept même de pouvoir. Ce qui entraîne la volonté masculine de contrôler la vie des femmes. En faire des êtres mineurs, dépendants, voire terrorisés. Un puissant élément de contrôle est représenté par le refus obstiné et délibéré de reconnaître le travail domestique et maternel féminin et refuser de le rémunérer comme cela se fait avec d'autres formes de travail. Une mère s'insurgeait contre l'idée de reconnaître ce travail. Elle me disait qu'un enfant se fait à deux... prenons cet exemple absolument. Pour faire un enfant, l'homme prend cinq minutes de plaisir, la femme aussi dans le meilleur des cas. Ensuite l'homme prend sa douche et dort. La femme se tape elle neuf mois de grossesse, quatre heures d'accouchement, plus la période douloureuse de remise en place des organes et les séquelles éventuels de sa ou ses grossesses. Le ventre d'une mère de cinq enfants ne ressemble pas à celui d'une jeune fille nullipare, c'est-à-dire qui n'a pas eu d'enfants. Alors, égaux le sort des femmes et des hommes ? Qu'on me permette de rire... Il est bien évident que non. Quant à la suite, après l'accouchement, le sort des femmes et des hommes est-il égal ?

Les pouvoirs dans la société sont masculins. Le pouvoir politique, étatique, partidaire, syndical, culturel est masculin. Le premier tour de l'élection présidentielle s'est déroulé hier en France. Il y avait neuf candidats et deux candidates... Qui a dénoncé ça ? Apparemment personne, ou alors les médias en ont peu parlé. Ce chiffre est éloquent. Je croyais qu'il y avait en France plus de cinquante pour cent de femmes... Ce chiffre témoigne bien de ce que « la parité » dans la politique française n'existe pas. Et le silence assourdissant qui a accompagné cette situation est révélateur de la réalité de notre pays, par delà les discours.

La présence d'une femme à la tête d'un gouvernement ne signifie en rien que le pouvoir cesse d'être masculin. L'Inde et le Pakistan ont connu une cheffe de gouvernement... Ces pays sont-ils devenus pour autant plus égalitaire s'agissant de la condition féminine comparée à celle masculine ? Non.

Le Brésil et l'Argentine ont eu chacun une cheffe de gouvernement. L'avortement est toujours interdit dans ces deux pays...

Il n'y a pas que le pouvoir politique. Le pouvoir religieux est également masculin pratiquement partout. On voit l'église catholique donner son avis et intervenir dans le domaine des mœurs. Par exemple, contribuer à interdire la liberté d'avorter en Amérique latine, à Malte ou en Pologne. Et cette église est dirigée par des hommes. Il n'existe pas de papesse... C'est donc ici, encore une fois, le pouvoir masculin qui s'exprime et s'impose aux femmes.

La guerre est le plus grand des fléaux d'origine humaine. Qui conduit les guerres ? Les militaires, et qui dirige les armées ? Encore et toujours les hommes. Le pouvoir politique masculin initie et provoque les guerres. Le pouvoir militaire masculin gère la suite... Et les femmes en sont les premières victimes.

La prétention plus ou moins réalisée effectivement du pouvoir masculin sur les femmes conduit à d'innombrables violences. Quand en 1967 la loi Neuwirth autorisa en France la contraception, qui était interdite depuis au moins 1920, j'ai lu plusieurs fois des points de vue qui m'ont intrigué. C'était des hommes qui s'insurgeaient et s'inquiétaient car dorénavant, grâce à la contraception, les femmes allaient prendre le contrôle de qui décide ou non d'avoir des enfants...

Quand en France le Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception s'est mis à réaliser une foule d'avortements illégaux, le pouvoir politique a fait une loi qui autorisait l'avortement rebaptisé Interruption Volontaire de Grossesse ou IVG, sous le contrôle de l’État et réalisé dans un cadre hospitalier. Ainsi le contrôle et la conduite des avortements échappaient aux femmes organisées pour et retournaient aux mains masculines du pouvoir étatique masculin et du pouvoir médical masculin. On pense ce qu'on veut de la liberté ou non d'interrompre une grossesse. Cependant il était bon de rappeler l'enjeu essentiel de la loi Veil de 1974 : remettre le contrôle masculin sur un domaine féminin qui commençait à lui échapper. L'avortement tendait à se banaliser sous le contrôle des femmes. L'IVG lui était substitué sous le contrôle des hommes.

Quand on évoque la condition féminine, deux propos s'élèvent fréquemment : « oui, mais ça a changé en mieux depuis ces dernières décennies » et « comparé à tel ou tel pays d'Orient, en France la situation est très bonne. »

Ces deux arguments n'en sont pas et sont fallacieux et dangereux. Le premier laisse supposer que « le progrès » est irréversible et linéaire. Ça ne fonctionne pas bien maintenant ? Attendez, ça va s'arranger ! Il suffit d'attendre et tout s'arrangera comme ça s'est déjà amélioré hier. »

Je disais à une mère que je trouvais inadmissible qu'une jeune femme jolie et seule ne puisse pas traverser Paris à pied entre minuit et demi et quatre heures du matin sans craindre l'agression sexuelle. Elle me répondait que ça finirait par s'arranger. Bien sûr, lui ai-je dit. Durant encore 200 ans vos filles se feront violer, mais après ça s'arrangera. Faut-il l'accepter ?

Le problème c'est qu'au nom d'idées ou de raisonnements divers on accepte l'inacceptable. C'est comme les « arguments » consistant à parler de l'atroce condition féminine dans le pays X ou Y, pour dire qu'en comparaison tout va bien chez nous en France. Ce ne sont pas des arguments. L'inacceptable reste inacceptable quand bien-même la situation serait pire ailleurs.

Il y a aussi la façon de se rassurer consistant à confondre le monde entier avec la situation confortable de gens vivants à Paris et ayant des manières pacifiques de se comporter. Il y a 200 millions de femmes excisées de par le monde. Et parmi elles certaines habitent y compris Paris.

La vérité est que la prétention masculine à contrôler et dominer l'ensemble des femmes, alors que nous avons besoin de respect réciproque et quelquefois d'amour réciproque, conduit à rendre extrêmement violents les rapports homme-femme.

L'homme a besoin de la femme. La femme a besoin de l'homme. La violence règne, comment faire pour arranger les relations ? Quand des relations bonnes s'établissent, grâce à elles il se forme comme des oasis de paix au milieu d'une zone de guerre.

Des femmes violentes existent, de même qu'il existe des hommes non violents. La règle étant que les femmes sont dominées et maltraitées et les hommes dominateurs et mal-traiteurs. Et tout le monde le vit mal. Il faut changer.

J'ai proposé pour cela la naissance d'une représentation politique des femmes : l'Assemblée féminine. On m'a dit qu'existe déjà la parité et son « progrès » à venir. On voit bien tous les jours que c'est très souvent une parfaite foutaise. Les ouvriers du livre font des livres et s'organisent entre ouvriers du livre pour défendre leurs intérêts. Et celles qui fabriquent des enfants (l'homme fournit seulement quelques centilitres de sperme) ne devraient pas s'organiser... et pourquoi donc ? Les femmes de ménage, les puéricultrices s'organisent et pas les mères, pourquoi ? Ces derniers temps on a fermé en France une multitude de maternités de proximité. Résultat : les femmes doivent parfois faire une heure et demi de route pour aller accoucher. En cas de problème, elles et leurs bébés peuvent mourir. Si les femmes étaient plus organisées on mettrait un terme à cette infamie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 avril 2017

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