lundi 13 février 2017

726 Les artificielles

Il y a au moins quelques dizaines d'années je relevais que la chasse au poil était ouverte. Jeunes filles et jeunes femmes se devaient d'avoir les jambes lisses. Puis, les maillots de bains devenant de plus en plus réduits, il fallut y ajouter « l'épilation au maillot » pour empêcher la sortie de poils disgracieux le long des culottes de bains. Je ne sais quand furent condamnés les poils sous les aisselles. Les femmes et filles se devaient dorénavant d'avoir les aisselles lisses et glabres.

On se mit à parler de la chirurgie esthétique pour gommer des défauts, des effets du vieillissement. Ôter des rides, des poches sous les yeux... et puis également, pourquoi pas ? Corriger un nez, « améliorer » une bouche...

La graisse étant criminalisée presque partout, régimes et liposuccions entrèrent en campagne pour éradiquer ce fléau. L'obsession de la maigreur, du ventre plat jusqu'à l'anorexie se répandit.

Seul endroit où la graisse était vantée : les seins des femmes. La mammoplastie se banalisa. Une fois tous les dix ans quantité de femmes se firent et se font encore poser des implants mammaires. Autrement dit : se font fourrer les seins avec du plastique.

Et comme le poil avait reculé partout, voilà qu'on, qui ? persuada la plupart des femmes de se faire raser ou épiler le minou. Celui-ci devenant apparent sans ses poils, une énième folie esthétique arriva : la nympho-plastie. Entendez par là la « correction » des petites lèvres qui, selon un dogme nouveau, sont sensées ne pas dépasser des grosses lèvres... Tout doit être lisse...

Et tout ça pourquoi ? Pour plaire aux mecs. Jouer à la perfection le rôle de poupées gonflables vivantes. Quelle dérision ! En arriver au point de se faire retailler la zezette ! Et la Nature dans tout ça ?

Dans les pharmacies abondent les produits « anti-âge », comme si on pouvait éviter de vieillir grâce à la science... Les magazines féminins affichent très souvent un machisme affligeant. Toutes les publicités montrent clairement que la femme s'arrête de vivre et exister peu avant l'âge de trente-cinq ans. Et les mannequins comme les vedettes diverses ont d'excellents dentistes. Les dents d'une blancheur éblouissante, régulières et bien alignées sont la règle. Quitte à se faire refaire les dents quand elles ne sont pas conformes. Même les femmes politiques se plient à cette dictature dentaire.

Et si on faisait pour une fois confiance à la Nature ? Et si on réhabilitait le poil et la graisse ? Depuis quand les poils sous les aisselles ont-ils été décrétés anathèmes ? Depuis quand un ventre un peu arrondi a été déclaré moche, condamnable et condamné ? Et si, pour une fois on considérait beau les humains réels et pas les chimères siliconées des magazines ?

Quand enfin tiendra-t-on compte du fait que la vie des femmes ne s'arrête pas à trente-cinq ans ? Qu'une grand-mère peut être belle elle aussi ? Les règles esthétiques régnantes chez les femmes ont été élaborées par les hommes et pour les hommes. Quand enfin les femmes élaboreront-elles elles-même les règles esthétiques de leur beauté ? Qui a dit qu'un poil c'était forcément laid ?

J'ai grandi en des temps et à une époque où le poil était un des signes de la maturité sexuelle. C'était, notamment avec les seins, ce qui différenciait la femme de la petite fille. Les femmes d'aujourd'hui voudraient-elles ressembler à des petites filles... pour plaire aux mecs ? Quelle étrange démarche esthétique ! Et puis, pour être bien dans sa peau, ne doit-on pas justement assumer l'âge qu'on a ? Et pourquoi un ventre plat serait-il nécessairement plus beau qu'un ventre qui ne l'est pas ?

Basile, philosophe naïf, Paris le 13 février 2017

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