samedi 4 février 2017

718 Plaidoyer pour une éthique sexuelle

Imaginons que durant des millénaires les autorités régnantes et la morale dominante auraient systématiquement condamnés les plaisirs de la table. Auraient interdit de manger de bons plats savoureux, de boire des boissons délicieuses. Auraient culpabilisés ceux qui les apprécient. Pire, les auraient déclaré suspects, les auraient persécutés... Et qu'au bout de ces millénaires, l'évolution de la société aidant, les plaisirs de la table seraient devenus déculpabilisés, libres, à la portée de tous et sans problèmes ou presque. Quels discours entendrions-nous ? Que nous inviterait-on à manger et en quelle quantité et périodicité ?

Naturellement certains diraient : « mangez tout ce que vous voulez et peu importe la quantité ! » D'autres diraient : « c'est personnel et ça dépend de chacun. »

Cette situation est celle que nous connaissons fréquemment aujourd'hui en France à propos des « plaisirs du lit ». Quand faire l'amour ? Aussi souvent que possible ! Quelles « pratiques sexuelles » avoir ? Toutes ! Ou bien alors la réponse est : « c'est personnel, ça dépend de chacun. »

Et si, de même que pour la nourriture il existait une éthique à suivre pour être bien ? Et faire bien, harmonieux, équilibré ?

Pour approcher cette éthique, il faut analyser l'état fréquent actuel de ces « plaisirs du lit » chez nous, en France et à Paris. État qui se retrouve également ailleurs.

À la base de bien des choses, bien des comportements, on trouve un phénomène masculin précis : l'extension du shoot endorphinien. Il s'agit de l'extension de l'émotion ressentie par l'humain mâle usant de la masturbation manuelle masculine adulte.

Cette émotion, il la découvre vers l'âge de douze, treize ou quatorze ans. Il va en faire une pratique régulière. Le shoot endorphinien de l'éjaculation rappelant le shoot éprouvé par la consommation de drogues par injection, par exemple. Le garçon va devenir une sorte de toxicomane endorphinien. Ce qui va influencer tout son comportement.

Celui-ci sera marqué par l'extension du shoot endorphinien. Le garçon va connaître des délires amoureux au niveau sentimental. La présence, l'écoute, le contact d'une tierce personne, qui pourra être de sexe féminin ou pas, suscitant des états abêtis, ahuris et momentanément jouissifs. Le garçon auto-drogué par ses fantasmes sentimentaux verra dans une autre personne un être de lumière. Soi-disant avec cet être il devrait trouver le bonheur et la sécurité, et également bien sûr, l'extase sexuelle au lit.

A propos de cette dernière, entrant dans la recherche de la pratique, le garçon ambitionnera de parvenir à se masturber dans le corps de l'autre. Croyant et de bonne foi ainsi « faire l'amour ».

Cette démarche formera l'assise de tous ses fantasmes « amoureux ».

Les partenaires éventuels tendront à se dérober. Le manque de shoots endorphiniens conduira le garçon à des démarches compensatoires. Celles-ci pourront éventuellement prendre étrangement la forme de gestes de folie et comportements suicidaires. En effet, dans l'émotion entraînée par le shoot éjaculatoire endorphinien subsiste une sorte de sentiment d'abandon, « lâcher prise »... Quand on ignore tout l'aspect proprement jouissif du shoot, peut rester seul ce sentiment d'abandon, de « lâcher prise », prenant des formes y compris surprenantes et ultra-violentes.

Par exemple, au milieu d'une paisible et agréable réunion d'amis, un garçon tenant son verre ou sa tasse à la main éprouvera subitement l'envie de jeter ce récipient sur un des convives. Ou bien, il pourra y compris avoir une subite et surprenante envie de meurtre, de violence. Ce « lâcher prise » pourra aussi prendre la forme de la recherche de situations dangereuses.

Pour éviter tout ce genre de perturbations, le garçon devra renoncer à certaines pratiques, formant ainsi le début de l'énoncé d'une éthique sexuelle.

Rompre avec les fantasmes amoureux. Ce n'est pas forcément évident. Renoncer au projet et à la réalisation de la masturbation dans un orifice naturel de quelqu'un d'autre.

A ces renoncements pourront s'ajouter le renoncement à la masturbation manuelle et aussi à la pornographie. La pornographie dégrade la perception des autres. Passer des heures à visionner des vidéos où des hommes se masturbent dans le ventre de femmes qui font semblant de jouir n'est pas sans risque de déformer la vision de la réalité.

La femme ne se résume pas à son sexe. Et la pénétrer sexuellement ne signifie pas forcément « faire l'amour ». Pour « faire l'amour » il faut que ça corresponde à un désir effectif et véritable, partagé et dans de bonnes conditions. Ce genre de phénomène n'est pas courant. Et bien sûr ne correspond nullement à la seule possibilité « technique » d'apparente union sexuelle qui n'est alors, au mieux, qu'une double masturbation simultanée.

Une fois que le garçon se sera débarrassé du poids de certains comportements, il se heurtera nécessairement à un phénomène des plus répandus dans notre société : les comportements prostitutionnels féminins ou masculins. Combien de fois des hommes ou des femmes acceptent-ils l'apparence d'une union sexuelle en échange d'un gain quelconque ? Par exemple, il existe des femmes qui n'aiment pas « écarter les jambes », mais le font pour avoir des enfants. Ceux-ci une fois nés, elles rejettent leur compagnon, tout au moins pour ce qui concerne la « gymnastique en chambre ». Il existe aussi des hommes qui acceptent de s'adonner à ladite gymnastique sans en avoir envie, mais uniquement pour avoir la paix. On peut multiplier les exemples.

Un des plus courants est celui de la femme, ou de l'homme, qui reste « en couple » pour conserver la possibilité financière de vivre dans un bel appartement.

Cette prostitution discrète explique l'hostilité fréquente de nombre de femmes contre les femmes pratiquant ouvertement les amours tarifées. Ces femmes aux amours tarifées font ouvertement ce que d'autres font discrètement. Et dénoncent ainsi de facto les comportements « discrets ».

Il y a là tout un chapitre très peu poétique des relations entre l'homme et la femme dans notre société.

Ce texte de réflexion part du comportement masculin. S'agissant du comportement féminin, il appartient à des femmes de l'analyser précisément.

Présentement le grand perdant dans le cadre des relations dites « sexuelles » est la tendresse. Elle est très souvent sacrifiée au bénéfice de fantasmes et comportements boiteux. Il serait grand temps d'ouvrir un débat réel et allant jusqu'au bout à propos de la tendresse et du toucher, parties aujourd'hui sinistrées des rapports humains. Il existe un « contrat amoureux », et aussi un « contrat sexuel », pourquoi n'existerait-il pas par ailleurs un « contrat de tendresse » ? Pourquoi le plus souvent seuls dans notre société les chiens, les chats, les mourants et les enfants ont droit aux caresses ? Il faut clarifier et changer la situation !

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 février 2017

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