dimanche 5 février 2017

722 Redécouvrir le toucher... et après ?

Comme je l'expliquais dans la page précédente, j'ai redécouvert le toucher en 1986. Je l'avais connu enfant environ trente ans auparavant. Adulte, j'ai eu le sentiment que c'était quelque chose d'essentiel. J'ai voulu communiquer mes impressions à ce sujet. Je voyais là un moyen d'améliorer la société. Un critique d'art connu à qui j'en ai parlé m'a approuvé. Mais a ajouté que notre société était incapable d'entendre un tel message, tant elle trouvait à tort que le toucher était un annexe du sexe. C'était ainsi d'ailleurs qu'une amie commune considérait la chose. Un sapeur-pompier de Paris à qui j'évoquais le traitement des chocs moraux par la caresse était d'accord avec moi.

Habitué à l'écriture, j'ai écris pour propager mes idées. Tout un tas de textes dont un que j'ai malheureusement perdu et qui était assez long. Mais si la société est ultra-sexualisée, et de ce fait sourde et aveugle à beaucoup de choses - au nombre desquelles la tendresse, - j'avais aussi mes problèmes.

Je ne mesurais pas l'ampleur de l'envahissement de la société par une sexualité masturbationnelle masculine qui nie en fait largement la relation effective entre les humains. Mes écrits n'analysaient pas la question du toucher jusqu'au fond, qui est de retrouver l'authenticité des gestes de l'enfance.

La responsable du stage de massages qui m'avait rouvert au toucher voyait juste dans celui-ci une sinécure tranquille. La seule perspective qu'à son avis ouvrait le stage était d'en faire d'autres.

Significatif de ma confusion d'esprit furent pour moi les retrouvailles avec la jeune fille de dix-sept ans vue et tant appréciée durant le stage. J'avais son nom et son téléphone. J'hésitais à l'appeler. Pour quelle raison ? La peur du SIDA ! Car retombé dans la société hyper-sexualisée où nous vivons, je croyais que revoir cette jeune fille débouchait forcément sur une éventualité sexuelle. C'est une pensée ânesque et masculine classique. Finalement nous nous sommes revus une fois chez elle. Nous n'avions rien à nous dire. Moi restais bloqué avec mes idées idiotes sur les jolies filles. Elle, j'ignore ce qu'elle pensait, car nous ne nous sommes pas dit grand chose et ne nous sommes jamais revus.

J'ai continué à penser que le toucher était une chose essentielle et rejetée par notre culture. J'ai diffusé mes textes durant quelques temps.

Je me rappelle d'une rencontre significative survenue au début des années 1990. Un jeune couple avec un enfant d'un an environ. Celui-ci lançait littéralement les bras vers les personnes, dont moi, qui approchaient ses parents. Il était affamé de contacts. Ses parents m'ont expliqué que c'était un enfant adopté. Venu d'un orphelinat roumain il avait longtemps vécu sans contacts physiques et en ressentait une vive carence encore après son adoption.

Je n'ai pas trouvé un moyen d'améliorer la société, mais au moins à la longue, je crois que cette réflexion sur le toucher m'a permis de mieux comprendre le monde où je vis. Et mieux le comprendre aide à vivre, même si ça ne permet pas toujours de changer les choses qui ne fonctionnent pas de façon satisfaisantes.

A présent, plus de trente ans après le début de ma réflexion sur le toucher, je pense être arrivé à une étape où peut-être je pourrais mettre finalement en pratique quelque chose. Ou tout au moins le proposer aux autres. Ce chapitre du toucher concerne aussi la médecine et la psychologie. Il n'y a pas que la parole pour soigner les souffrances de l'âme. Il y a aussi la caresse. Retrouver celle-ci peut aider à guérir beaucoup de troubles et assurer une vie meilleure.

Basile, philosophe naïf, Paris le 5 février 2017

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