vendredi 25 septembre 2015

418 Les murs prennent la parole

Certains rêves que je fais me donnent l'impression d'être pratiquement comme des messages d'informations venus d'ailleurs. Ce fut le cas avec un rêve que je viens de faire la nuit dernière.

Dans ce rêve, j'étais un opposant actif et militant au gouvernement actuel chez nous en France et aussi à l'Europe. Je collais sur les murs des affichettes. Contre le gouvernement elles portaient l'inscription : « En 2017, offrez-vous le plaisir de ne pas voter socialiste ! » Et, contre l'Europe, c'était des affichettes déclinées en plusieurs langues européennes : « Europe dehors ! » ; « Europe raus ! » ; « Europe get out ! » Que les touristes regardaient, notamment des touristes allemands.

Quand je me suis réveillé, j'ai compris le message sous-jacent à ce rêve orienté. Quand éclatera une grande crise sociale, un signe qui ne trompera pas sur l'apparition de ce phénomène sera que les murs prendront la parole. Les gens écriront ou afficheront un peu partout sur les murs les motifs de leur mécontentement. Comme c'est déjà arrivé en pareil cas en 1968 et aussi en 1848.

Les célèbres affiches sérigraphiées de mai 1968, qui n'étaient pas toutes produites à Paris à l'École des Beaux-Arts, mais aussi également au moins à l'École spéciale d'architecture située boulevard Raspail, sont restées dans la mémoire collective. Elles ont aussi été reproduites dans des livres et même présentées pour certaines dans au moins une exposition faite à la Bibliothèque nationale. Les affiches de 1848 sont par contre oubliées du grand public. Le hasard de mes recherches historiques sur les sociétés chantantes dites goguettes m'en ont fait retrouver.

En 1848, l'éditeur Charles Durand, admirateur passionné du goguettier Gustave Leroy, imprime et placarde sur les murs de Paris de grandes affiches sur papier rouge portant ses chansons. Le journal « La Chanson » raconte à ce propos en 1879 :

« Lorsqu'arriva 1848, Gustave Leroy se livra corps et âme à Durand, un ouvrier intelligent qui venait de se faire éditeur. Durand ne marchandait pas la gloire à son auteur ; il proclamait haut et partout que c'était un nouveau Béranger. Encore ajoutait-il dans sa naïveté : Béranger n'a jamais rien fait de pareil à sa dernière ! C'était vrai. Durand faisait alors afficher les chansons de son Béranger sur les murs de Paris. Le papier était rouge et mesurait bien un mètre carré ; cette propagande lui valut un accroissement considérable de popularité. »

Ce ne furent très probablement pas les seules affiches placardées à Paris en 1848. Il dut y en avoir beaucoup d'autres.

L'expression de la colère populaire sur les murs dérange les autorités. De nos jours, elle peut se heurter à plusieurs obstacles : une législation pointilleuse qui va définir dans certains cas les graffitis et affichages « sauvages » comme des « dégradations de monuments publics ». Des équipes organisées officiellement pour lutter contre les tags et pour la propreté qui accourent pour faire disparaître tout ce qui peut ressembler à de l'expression murale. Enfin, dernier obstacle aux affichages « sauvages » : quantité de supports tels que les réverbères parisiens sont dotés d'un revêtement anti-affichage très granuleux, qui n'existait pas en 1968.

Tout ceci n'empêche pas que je sais à présent, suite à mon rêve de cette nuit, que je n'aurais pas besoin de regarder la presse affichée sur les kiosques à journaux ou regarder les sites Internet des médias pour prendre connaissance de l'éclatement d'une crise sociale majeure. Il me suffira de regarder les murs de mon quartier. Quand les murs prendront la parole, je saurais que se passent des événements sociaux de grande ampleur, dont l'arrivée est annoncée déjà depuis un certain temps.

Basile, philosophe naïf, Paris le 25 septembre 2015

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