lundi 8 juin 2015

387 Sexualité et « contre-sexualité »

La contre-sexualité pourrit la relation intra-familiale et intra-amicale. De quoi s'agit-il ? De se dire, alors qu'il n'y a pas de désir : « il est naturel que je désire cette personne, mais je ne dois pas passer à l'acte car c'est une parente » ou « il est naturel que je désire cette personne, mais je ne dois pas passer à l'acte car c'est seulement une amie ». Ce type de raisonnement amène une tension causée par un raisonnement arbitraire, artificiel, car de refus d'un désir en fait inexistant, imaginaire.

Par exemple, quand j'étais très jeune plus d'une fois je me suis tourmenté en me disant : « je ne dois pas désirer ma sœur, parce que ce n'est pas une femme, mais c'est ma sœur ». Alors qu'en fait, je n'ai jamais désiré effectivement ma sœur. Mais, je me suis dit que je devais forcément la désirer, puisqu'elle était une très jolie fille. Cette pensée parfaitement idiote est issue de ce bourrage de crâne courant qui dit : « toutes les jolies filles sont désirées ». C'est faux. Le vrai désir est rare. Mais le désir imaginaire est des plus courants. Notre culture en quelque sorte « dope » la sexualité masculine et rend les garçons boulimiques sexuellement. Ils veulent souvent sauter sur tout ce qui bouge parce qu'on leur a expliqué que c'était normal, naturel, souhaitable, honorable, inévitable.

De plus, la confusion est conforté par une vision délirante de la sexualité. Par exemple : si on désire voir nue une jolie fille, on va se dire : « c'est le signe que je désire faire l'amour avec cette jolie fille ». C'est une déduction aberrante. Si on a envie de voir nue une jolie fille ça veut dire qu'on a envie de la voir nue. Point et c'est tout. Mais allez le faire comprendre à un garçon qui croit que nudité rime avec sexualité ? Et que si une fille est nue devant lui ça signifie forcément qu'il doit chercher à lui sauter dessus ?

Le corps est souvent plus conscient que la tête qui délire. Et, bien souvent, à la longue l'homme éprouve des « difficultés érectiles ». C'est-à-dire qu'il n'arrive plus à bander. Bien fait pour sa gueule de con. Une confusion en quelque sorte inverse arrive fréquemment : quand l'homme bande, il croit que ça signifie qu'il a envie, éprouve le besoin de baiser. En fait, le plus souvent c'est faux. La plupart des fois l'érection n'a aucune signification sexuelle. Mais allez l'expliquer à la plupart des gens. Ils vous prendront pour un rigolo, un fou. Tant pis pour eux. Qu'ils restent malheureux puisqu'ils font des efforts si importants pour y arriver.

Je connais un vieux qui me dit : « je bande encore, il faut que je me trouve une petite amie avant que je n'arrive plus à bander. » Bon courage et bonne chance ! En attendant, les femmes auraient plutôt tendance à fuir ce vieux libidineux. Je le soupçonne fort de fréquenter en catimini les prostituées.

S'agissant de la contre-sexualité je n'ai réalisé son existence et sa nuisance qu'aujourd'hui-même. Je parlais au téléphone avec ma sœur avec laquelle je n'avais pas parlé depuis longtemps. Et nous nous entendions très bien. Bien comme nous étions petits enfants. Et là l'évidence m'est apparue derrière cette harmonie retrouvée. Mais, en fait, me suis-je dit, je n'ai jamais éprouvé de désir sexuel effectif envers elle. On m'a mis de la confusion dans la tête, fruit de la contre-sexualité. Le refus ou la discussion de la validité d'un désir en fait imaginaire. Si je me suis tourmenté dans ma jeunesse en me croyant en but à un désir interdit pour elle, c'est parce qu'on m'avait rendu sourd au désir véritable, à son identification. La plupart de nos soi-disant désirs sexuels sont des chimères d'origine intellectuelle. On se dit qu'on désire alors qu'on ne désire pas du tout. Ou qu'on assimile d'autres souhaits à l'expression de ce désir en fait absent. Cette résistance à un désir en fait imaginaire trouble la paix dans la relation. C'est un phénomène que j'ai aussitôt baptisé « contre-sexualité ».

Basile, philosophe naïf, Paris le 8 juin 2015

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