lundi 29 septembre 2014

283 À propos du livre de Valérie Trierweiler « Merci pour ce moment »

Quand ce livre est paru, il en a fait du bruit ! A écouter et lire quantité de gens, il ne fallait absolument pas, surtout pas le lire. Pire, l'acheter était un crime. C'était « un torchon », un ouvrage mal écrit, un ouvrage « obscène », une vengeance aigrie de femme venimeuse, etc. Et certains posaient même la question : « comment Hollande a-t-il pu laisser écrire et éditer ça !? » Question qui amène à se demander à propos de ceux qui la posent : quelle est leur conception de la liberté d'expression en démocratie et de la liberté des femmes ?

Les critiques de ce livre étaient rares. Il s'agissait plutôt de déclarations d'amour passionnel pour François Hollande. A commencer par le propos mille fois répétés : « non, je ne le lirais pas ». Sous-entendu, si vous le lisez, vous aurez tort. Une sorte de censure psychologique.

On fit de la publicité pour des libraires qui « refusaient » de vendre ce livre.

Et in fine les derniers propos lus : « qui a lu ce livre dont tout le monde parle ? » comme si les 442 000 acheteurs de ce livre ne l'avaient pas ouvert ! Le Figaro peut recevoir la palme avec son article récent, où le livre, essai politique, autobiographique, est systématiquement appelé à plusieurs reprises « roman ». Sous-entendu qu'il ne renferme que des mensonges et de la fantaisie.

Et puis les attaques contre l'auteur à défaut d'avoir empêché le livre d'être lu : 7 Français sur 10 n'aiment pas Valérie, Valérie ne retrouvera jamais sa popularité auprès des Français, 3 Français sur 4 désapprouvent la parution de son livre...

Au début de cette symphonie, j'ai été d'emblée tenté d'aller acheter l'ouvrage apparemment sulfureux en question. Puis, je me suis ravisé. Ce n'est pas parce qu'on parle d'un livre que je cours l'acheter.

Le temps passe un peu. La tempête anti-Trierweiler continue. Je m'interroge : « bon, si je me limite aux extraits parcimonieusement distribués dans la presse et sur Internet et aux commentaires, je ne saurais jamais ce qu'il y a vraiment d'intéressant pour moi dans ce livre ».

Pourrais-je éviter de dépenser vingt euros ? Attendre de pouvoir l'emprunter à la bibliothèque municipale ? Il y a peu de chances de l'y trouver avant longtemps, vu la réputation qui lui est faite. Les politiques proches de Hollande qui dirigent notre belle capitale pourront faire en sorte que ce livre attendent quelques années avant qu'il vienne garnir les rayons de la bibliothèque de mon quartier et des autres quartiers parisiens.

Alors, l'acheter paraît la seule solution. Mais en vaut-il la peine ?

Excellente question ! Pour y répondre, un jour que je passais devant une librairie, j'avise le bouquin en question. Vais le feuilleter sérieusement pour juger de son intérêt. Et après avoir procédé de la sorte, me décide et l'achète.

Je l'ai lu en entier le jour-même et ne regrette pas du tout mon achat. Je trouve ce livre très intéressant, très bien écrit et très agréable à lire. Agréable non pas pour les malheurs décrits et les critiques qu'il contient, mais agréable à lire comme un très bon bouquin.

On peut l'apprécier de plusieurs façons :

C'est d'abord le récit très bien fait de la naissance, la vie et la fin d'une très belle passion amoureuse. Phénomène que seuls pourront comprendre ceux qui ont eu l'occasion d'en vivre une eux-mêmes.

Certains malheureux ont écrits : « Valérie critique Hollande, mais comment a-t-elle fait alors pour vivre avec cet homme qu'elle trouve à présent si critiquable ? »

Sous-entendu : c'est une menteuse calomniatrice qui se venge par dépit. Ses critiques relèvent de la fiction.

Pour penser ainsi, il faut ne jamais avoir été vraiment amoureux. Quand on l'est, l'être aimé paraît le plus beau du monde, y compris ses défauts. Ils sont pardonnés d'avance.

On a dit qu'elle avait fréquenté Hollande par ambition. Le fait est que leur histoire d'amour a commencé à une époque où il n'était pas une vedette.

Ce livre est aussi un ouvrage sur le parti du gouvernement, le gouvernement, son fonctionnement, le président, son fonctionnement.

Le fait remarquable est que cette plongée dans les arcanes internes de la politique n'est pas ici opérée à postériori.

Car c'est quand un homme politique, un parti, une époque politique n'intéressent plus personne, - exceptés quelques sorbonnards chauves et rats de bibliothèques, ou quelques professeurs francophiles d'une lointaine et prestigieuse université américaine, - qu'on déballe tout.

Un livre démonte alors l'époque, ses hommes de l'ombre, ses chefs.... et ce livre va passionner un petit nombre d'amateurs d'Histoire, de revues intellectuelles spécialisées et d'étudiants en Histoire.

En gros, ce genre de livres paraît quand tout le monde s'en fout, ou presque.

Et là, il paraît au moment-même où le parti en question et les hommes en question et le président en question sont aux postes de commande. D'où panique à bord et déluge de propos condamnant un ouvrage qui commet un crime de lèse-majesté... en ouvrant la porte de la chambre à coucher du président en exercice !

En résumé : écrivez sur les amours de Louis XIV ou de Catherine II de Russie, qui appartiennent à une époque passée. Mais, n'écrivez pas, surtout pas, sur l'époque actuelle. Et pourquoi donc ?

442 000 lecteurs ont répondu à la question en achetant le livre « interdit », que paraît-il personne ne lit et ne doit lire. Et dont les premiers lecteurs sont très certainement ceux qui ont appelé à ne pas le lire et déclaré qu'ils ne le liraient pas.

Un point à souligner pour finir est que ce livre est un remarquable témoignage sur le machisme régnant en France.

On y voit une femme d'origine modeste, arrivée à une très belle situation matérielle et familiale : un mari, trois enfants, un métier passionnant et bien payé, qui est refusée par « l'élite ». Et, pour quelle raison ? Parce qu'elle est une femme. Ce n'est pas à Valérie que le président ment. Et Valérie que ses conseillers méprisent. C'est l'ensemble des machos, et ils sont des millions, dont ceux-là, qui mentent aux femmes en général et les méprisent. Des millions d'hommes en France pensent que le devoir envers eux des femmes belles, talentueuses et intelligentes se résume à : « donne ton cul et ferme ta gueule ! » Et ça, personne parmi les femmes n'a le droit de le dénoncer sous peine d'être dénoncée comme méchante et hystérique. Valérie l'a dénoncé dans son livre. Elle a très bien fait.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 septembre 2014

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