lundi 16 mai 2016

550 Censure et contre-censure morale

Quand on évoque les règles paraissant régir les comportements sexuels dans la société française et parisienne, on entend souvent les commentaires suivants :

« C'est l'empreinte de la civilisation judéo-chrétienne. » « L'église a un problème avec le sexe. » « L'église est contre le sexe. » Ces propos critiques ont en commun l'imprécision et le manque d'objectivité. On trouve un malaise à l'égard de la sexualité dans toutes les sociétés et pas uniquement la nôtre. Ce n'est pas l'église simplement, mais toute l'organisation sociale qui a « un problème avec le sexe ». Et enfin, l'église n'est pas du tout « contre le sexe ». L'église est très violemment hostile à la liberté sexuelle... Et très violemment favorable à la sexualité encadrée. Je donnerais ici un exemple. Dans « Histoire d'une âme », une biographie célèbre de Thérèse Martin, connue dans la catholicité comme Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, est raconté ceci :

Au dix-neuvième siècle vit à Alençon un bourgeois catholique : Monsieur Martin. Comme tous les bourgeois alençonnais de son époque, il décide un jour de se marier pour suivre le mode de vie de sa classe sociale. On lui trouve une future épouse « comme il faut ». Ils se marient. Quelques temps plus tard, le curé de la paroisse où vit le couple s'étonne et s'inquiète de ne pas le voir attendre un enfant. Il s'enquiert auprès du mari. Qui lui explique que, bon catholique, il a proposé à sa femme de vivre « comme frère et sœur ». Et que donc ils ne baisent pas ensemble. Le curé ordonne à Monsieur Martin de foutre en cloque sa meuf... Il obéit. Et au fur et à mesure des années, trois filles naissent. Monsieur Martin se retrouve veuf. Il élève ses filles en bonnes catholiques. Elles échapperont toutes les trois aux mariages arrangés en devenant religieuses carmélites. Parmi elles se trouve la future sainte. Resté seul, privé de ses trois filles, Monsieur Martin sombrera dans la folie.

On le voit par cet exemple, l'église catholique n'est pas du tout contre le sexe... Bien au contraire : pour elle, le sexe est o-bli-ga-toi-re pour faire des gosses. Qu'on ait envie de foutre sa femme ou non !

Mais pourquoi cette volonté nataliste ? Elle est politique : avoir plus de petits catholiques que de petits protestants, musulmans, juifs, bouddhistes... Elle est aussi militaire. Longtemps et plus ou moins encore aujourd'hui, dans la guerre « l'infanterie est la reine des batailles ». Or l'église et le pouvoir sont copains depuis fort longtemps. Et même quelquefois se confondent. Les états du pape était jadis une imposante puissance militaire. Cette volonté nataliste est également économique. Une main d'œuvre abondante se concurrence intérieurement faisant baisser les salaires. Et une importante main d'œuvre mal payée ou pas payée du tout, si elle est enfermée en camps de travail, assure l'écrasement économique des concurrents. Enfin, cette volonté d'encadrement de la sexualité est juridique. Elle assure le fonctionnement de la transmission des richesses par héritages, qui est un des piliers du fonctionnement de l'économie. Pour toutes ces raisons, la liberté sexuelle est prohibée ou réservée à ces cadres contrôlés qu'on appelle les maisons de tolérance. Qui sont ouvertes seulement à une clientèle masculine et sont de fait des harems collectifs. Pour ceux qui ne vont pas aux putes, reste l'usage des putains virtuelles. On s'excite en les regardant sur des sites Internet et on soulage manuellement l'excitation. Regarder la pornographie, c'est fréquenter les prostitués. Aujourd'hui, la remise en cause de la censure religieuse dans le domaine sexuel a conduit à une caricature. Loin de se poser les indispensables questions : qu'est-ce qui est bien et me fait plaisir ? De quoi ai-je envie ? De quoi ai-je besoin ? On a fait du cul une denrée obligatoire ! Un peu comme si après des siècles de végétarisme officiel imposé, la viande se retrouve subitement en vente libre. Et alors divers crétins néo-conformistes nous brament dans les oreilles : « à présent, il faut que tous mangent trois kilos de viande par jour ! » Sinon nous serions « ringards », « coincés », « traditionalistes », etc. Désolé, je vis et refuse le néo conformisme abrutissant du gavage sexuel.

Basile, philosophe naïf, Paris le 16 mai 2016

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