lundi 19 janvier 2015

333 Philosophie, violence et petites histoires

La culture est une drôle de chose. Si nous sommes nus le matin et nous habillons, en règle générale, une fois que nous avons fini de nous habiller, nous avons le sentiment d'être enfin pleinement nous-mêmes. Alors que c'est exactement l'inverse. Tant que nous sommes nus, nous sommes nous-mêmes. Une fois habillé, ça n'est plus pareil. Mais, pourquoi cette impression d'être enfin nous-mêmes une fois habillés ? Parce que nous sommes enfin « présentables ». Il n'est guère possible de se présenter nu devant les autres : ses voisins, sa boulangère, ses collègues de bureau. Pour faire partie de notre société, il faut être habillé... mais est-ce bien notre société ? Il n'y a pas que les habits physiques, il y a également les vêtements idéologiques. Par exemple, il est très mal vu à Paris de déclarer : « j'aime ne rien foutre », ou encore : « aujourd'hui, je me suis branlé ». Tout un tas de gens aiment ne rien foutre ou se branle... mais, chut ! Personne ne doit le dire. « Ça ne se fait pas ». Être accepté, ça consiste à ne pas être nous-mêmes, mais prendre le rôle qu'on est sensé assumer. Ou qu'on pense devoir assumer. Un jour, j'ai parlé avec un très haut fonctionnaire français. Il était membre du Conseil d'État et, à l'heure du repas de midi, en semaine, il était en jogging en train de faire de la gymnastique dans un stade. Je lui ai demandé : « mais, si tu voudrais, tu pourrais aller au bureau en jogging ? » Il m'a répondu : « oui, mais on me prendrait pour un fou ».

La philosophie ne doit pas nous donner des réponses aux questions, elle doit nous aider à réfléchir et trouver nous-mêmes nos réponses. Sinon, ce serait trop facile. Il suffirait d'écrire « soyez bon » sur un morceau de papier. Le multiplier à six milliards d'exemplaires, le distribuer, et le tour serait joué.

L'autre jour, j'étais en compagnie de trois dames. Elles commencent à parler de leurs croyances. Une sorte d'animisme, où se rencontre des esprits, des anges, etc. Elles parlent aussi du « polyamour ». Un truc soi-disant nouveau, où on a de manière avouée plusieurs partenaires sexuels dans sa vie au même moment. J'ai abrégé ma rencontre. Pourquoi ? Parce que je ne partage pas du tout ces croyances. Et n'accorde pas mon attention à cette version revisitée du « ménage à trois » : le mari, la femme, l'amant ou la maitresse. Mais, ces dames ont le droit d'y croire. Je n'ai pas à les contrarier.

Certains disent ne pas être violents et sont d'une violence inouï. Mais, comme il s'agit « seulement » de violence morale, ils s'imaginent qu'elle est inoffensive. Pourtant, d'après une statistique réalisée j'ignore comment, il serait établi que les suicides causent plus de victimes que les guerres.

Inversement, il y a des personnes très violentes en paroles, qui sont d'une douceur extraordinaire dans leurs actes.

Les humains ont inventé un concept bizarre et piégeant qu'ils ont baptisé : « la sexualité ». Avant, on disait : « la chair ». « La sexualité » ça fait plus propre, moderne, sérieux, objectif, « scientifique », neutre... mais, c'est exactement pareil. Soi-disant, à un moment donné, il y a obligation de foutre. Cette énormité est admise par la plupart des gens. Ils sont moralement abimés.

L'autre jour, je revoyais une très jolie fille pas vue depuis des années. Soudain, à un moment, elle me lâche : « j'ai rencontré quelqu'un ». Puis, parle d'autre chose. Le message, en fait, est ultra-violent : il signifie, « ne me touche pas. J'ai un foutreur attitré. Seul lui a le droit de me foutre. Et je suis très heureuse d'être foutu par mon foutreur ». Mais, à cette femme, je n'ai rien demandé. Qu'elle dissimule son impuissance affective et son incapacité à faire des câlins désintéressés derrière ce discours-là, c'est son problème, pas le mien. Moi, c'est l'amour qui m'intéresse, les câlins, et faire l'amour, peut-être, à l'occasion, ou même pas du tout.

Basile, philosophe naïf, Paris le 19 janvier 2015

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