samedi 3 janvier 2015

328 Dans les méandres de la peur

L'homme, à la naissance est un animal comme les autres : pour téter il rampe à toute vitesse vers le sein de sa mère. Il n'a pas lu « J'élève mon enfant », le best seller de Régine Pernoud. Il suit son instinct. Adulte, trois choses le guident : le cœur, l'intellect et la peur. Peur permanente issue des contrariétés de son instinct. Peur qui domine le reste et explique les aberrations de son comportement.

Ainsi, on voit l'homme obéir à des choses qu'il a créé. L'argent, par exemple, produit totalement fictif et artificiel, va le commander. Il voudra gagner beaucoup d'argent, alors que l'argent est un mode de rationnement qui implique que, justement, la plupart en manquent, cependant qu'une minorité en a trop. Il est fréquent, dès qu'on parle d'argent, d'avoir le sentiment de changer d'interlocuteur ou interlocutrice. Ce n'est plus la même personne à qui on a affaire. L'argent les hypnotise, dénature, obnubile...

Au nom de l'argent on voit prendre les décisions les plus absurdes, infâmes, incompréhensibles et ruineuses, telle celle de supprimer le meilleur hôpital de Paris, l'hôpital militaire du Val de Grâce. Le motif invoqué officiellement par le gouvernement pour le fermer en 2017 est qu'il manquerait 250 millions d'euros pour le rénover !!! Splendidement situé dans Paris, avec un parc, le bâtiment de cet hôpital est très certainement promis à terme à être vendu et transformé en palace de luxe. Comme l'ont déjà été le Centre de conférences internationales de l'avenue Kléber ou les Hôtels Dieu de Lyon et Marseille.

La peur principale dont souffre l'homme est produite par son enfance prolongée. A l'origine, dans la Nature, avant l'invention de toutes industries, l'homme est adulte vers l'âge de cinq ans au maximum. C'est-à-dire qu'il est capable de se nourrir tout seul. Les hommes et femmes plus âgés n'ayant plus qu'à le protéger éventuellement. Mais, dans l'organisation dénaturée de la société humaine issue des perturbations causées par les progrès techniques, l'enfance est artificiellement prolongée. On reste enfant durant plus du double de l'âge adulte naturel, quasiment le triple. Arrivé à l'âge ou physiquement on devient apte à la reproduction, la situation d'enfant prolongé devient insupportable. On appelle ça : « la crise de l'adolescence ». Et on en attribue la responsabilité exclusive aux « adolescents » !

Ce moment de la vie baptisé « adolescence », qu'on ne trouve pas chez les autres espèces animales, fait qu'on va contradictoirement s'arracher aux adultes qui vous ont maintenu en une artificielle enfance et regretter le confort douillet de celle-ci. On risque fort de ne jamais s'en remettre et rester sa vie entière entre deux chaises. C'est ce qui arrive à la plupart des humains.

Ils cherchent à retrouver, compenser par possession leur enfance perdue.

Ou par répétitions de la peur éprouvée lors de la séparation : les joueurs pour de l'argent éprouvent un plaisir irrésistible à se ruiner. Car ils retrouvent artificiellement une proximité avec leur enfance perdue. J'ai connu un joueur qui se ruinait aux courses. Il adorait sa mère. Ce n'était pas étonnant.

Les grands fléaux de l'Humanité sont au nombre de six : l'argent, la propriété privée, l'héritage, le pouvoir, ce qu'on entend par le « Grand Amour » (toxicomanie endorphinique) et le sentiment de possession en général.

L'argent, la propriété privée et l'héritage conduisent à une concentration gigantesque, absurde et insensée des richesses entre les mains d'individus qui seraient bien incapable de parvenir à le dépenser. Pendant qu'une très large partie de l'Humanité vit dans la misère ou dégringole dedans et a faim. Pour enrichir toujours plus une quantité infime de personnes qui n'en ont aucun besoin, on fait la guerre, on organise la spéculation sur la nourriture, le logement, l'offre de soins médicaux, créant ainsi des drames, des famines et des épidémies.

Le sentiment de posséder peut prendre des formes multiples. Issu de la peur, il n'a ni sens, ni limites, ni cohérence. On le voit avec la prétention absurde qu'ont des humains de « posséder » d'autres humains. Elle se traduit par des comportements violents et fanatiques dans le domaine du mariage, de la jalousie, y compris fraternelle, paternelle, maternelle. On va enfermer les personnes dites « aimées », leur imposer de se cacher derrière de plus ou moins amples vêtements, etc.

On verra aussi sévir de très dévastateurs mythes sexuels. Soi-disant la pénétration sexuelle ferait qu'on « possède », on « prend » l'autre... en fait on ne possède rien du tout, on ne prend rien. Dès qu'on a « fait l'amour » beaucoup ont la prétention à un « droit » de reprise, parce que dorénavant « on est ensemble ». Certains cherchent de préférence des partenaires sexuels vierges, voire mineurs, voire enfants. Comme ça ne leur suffit pas pour se sentir « propriétaires » de l'autre, ils rechercheront la pénétration sexuelle contre la volonté de l'autre, en lui faisant mal, en « l'initiant », en le tuant ensuite. Pour dominer, on pourra massacrer, tuer, terroriser, dominer au travail tout simplement, etc. La somme d'horreurs commises pour se sentir dominateur est incalculable.

L'étrange paradoxe fait que ceux qui croient dominer parce qu'ils sont riches ou ont le pouvoir, se font en fait eux-mêmes dominer par leurs richesses et leur pouvoir.

Un chef d'état ou un très grand patron très actif voit la moindre minute de son temps programmée par une équipe de quinze ou vingt personnes. Il est en fait infiniment peu libre comparé au citoyen lambda qui décide au moins un peu ce qu'il fait de son temps libre le dimanche.

Les hommes et femmes de pouvoir et les ultra riches pensent être dominants. Ils sont dominés par leurs fétiches. En fait ils passent à côté de leur vie. Comme leur soif de pouvoir exprime leur peur, il n'est pas surprenant de retrouver celle-ci chez eux à la source de comportements sexuels frénétiques, transgressifs, boulimiques, compulsifs, insatisfaits.

Les détenteurs du pouvoir et les ultra riches nous empêchent de vivre. Mais, eux-mêmes ne vivent pas. Ils s'entourent de gens qui passent leur temps à les louanger et leur dire qu'ils ont de la chance. En fait, ce sont des malheureux qui rendent malheureux les autres. Ils ont l'impression de courir inlassablement après le pouvoir et l'argent, qui en réalité les tient en laisse et les commandent.

On a annoncé dernièrement dans la presse que 85 ultra riches « possèdent » autant de richesses que la moitié de l'Humanité. Mais personne n'a préconisé la solution à cette situation absurde : la confiscation de ces fortunes avec une indemnité permettant à ces 85 de vivre confortablement sans pour autant affamer la planète.

La « dette souveraine » de la France serait détenue pour un tiers par des Français, un autre tiers par des Européens et le dernier par des gens venus d'ailleurs. Quand enfin publiera-t-on leurs noms ?

On parle beaucoup d'économie. Pourquoi fait-on un tel silence sur la chrématistique ? Aristote a dénoncé cette pratique consistant à accumuler l'argent pour l'argent. De ce fléau on devrait parler. Et ajouter que ceux qui en souffrent n'ont pas lieu de s'enrichir toujours plus. La crise de l'Humanité peut être réglée, à condition de le vouloir. Les grands de ce monde sont victimes de leur fortune. Il est nécessaire de les en délivrer en leur ôtant celle-ci. En leur rendant ainsi la possibilité de profiter de la vie et cesser d'être les esclaves de leurs coffres. Effrayé par ses peurs, l'homme a fait du pouvoir, de l'argent, de la propriété privée et de l'héritage des dieux. Alors que ce sont des diables.

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 janvier 2015

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