vendredi 16 janvier 2015

331 Une notion prétendument présente et pratiquement toujours absente

Il s'agit de la notion « d'être humain ». En théorie elle est omniprésente. Dans les faits, le plus fréquemment, absolument pas. Nous voyons des groupes qui se reconnaissent une qualité supérieure aux autres. Ainsi, par exemple, il est très fréquent que des hommes se considèrent « naturellement » supérieurs aux femmes. Alors qu'ils sont juste différents d'elles. Bien rares sont les hommes aujourd'hui, y compris en France et à Paris, qui considèrent les femmes effectivement comme des êtres humains au même titre qu'eux.

Les qualités des hommes et des femmes sont différentes. Ainsi, les hommes sont souvent et pas toujours, plus forts physiquement que les femmes. En revanche, les femmes sont souvent plus résistantes que les hommes. Le style d'humour, d'écriture, de réalisation de films d'une femme diffère du style masculin dans des activités créatives similaires. L'homme est souvent plus violent que la femme. La quantité d'accidents graves de voitures faits par des hommes est beaucoup plus importante que celle causée par les femmes. Même chose, même large différence de pourcentages, s'agissant des crimes de sang et du nombre des emprisonnés.

Les riches et les pauvres, les cultivés et les incultes, les alphabétisés et les analphabètes... Autant de clivages où vient se glisser en douce le mépris de son prochain.

J'ai longtemps travaillé comme balayeur. Le jour où je devais quitter cet emploi, un brave homme qui me saluait aimablement chaque fois qu'il me voyait, m'a honnêtement avoué que, me voyant balayer, il était persuadé que j'étais un débile bénéficiant d'un emploi réservé.

Quand on vous observe, on vous classe. Et on classe plus facilement « en bas » que « en haut ».

« Aimer son prochain », principe primordial et fondateur. Souvent invoqué, mais combien de personnes l'appliquent effectivement et sans discussion ? Leur manière de penser est : « j'aime mon prochain, mais... » Il est en théorie mon prochain, mais en fait, il n'est pas, n'est plus, n'a jamais été à mes yeux mon prochain. C'est ainsi qu'énormement de gens fonctionnent.

La société française, comme les autres sociétés, est de facto morcelée en castes qui s'opposent. Les jeunes méprisent les vieux. Les anciens, autrement dit : « les vieux », méprisent les jeunes. Les diplômés méprisent les « incultes », c'est-à-dire, les non diplômés... etc.

Nulle part ou presque est envisagée la stricte et simple égalité, qui n'exclue pas la variété, les différences. Il faut soi-disant absolument être supérieur ou inférieur, jamais égal et différent. Telle est la règle presque toujours suivie.

Qu'on ne s'étonne pas ensuite si rien ne fonctionne vraiment bien dans notre monde divisé. Tant qu'on ne respecte pas son prochain on ne peut le comprendre, ni bien sûr l'aimer.

Dans un poème russe on voit un chevalier qui court pour rattraper un homme qui marche d'un pas pesant. Il a beau courir, il n'arrive pas à le rattraper. A la fin, il apostrophe l'homme : « Qui es-tu ? » « Je suis le peuple », réponds l'homme qui marche et qu'il n'arrive pas à rattraper en courant.

Telle est la réalité. La puissance de la masse, du « peuple », est inimaginable. A nous de savoir la respecter. Ça ne peut que nous profiter. Il vaut toujours mieux voir la réalité que des fantasmes plaqués sur elle. Le plus haut degré de la philosophie, a dit Angelo Fortunato Formiiggini, c'est le rire. J'ajoute que le plus haut niveau d'organisation humaine et réelle, c'est la fête.

Basile, philosophe naïf, Paris le 16 janvier 2015

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