mercredi 18 juin 2014

264 Aimez-vous la pornographie ?

Certainement comme beaucoup, à mes débuts sur Internet j'étais timide concernant les sites contenant de la pornographie. J'osais à peine les effleurer. D'autant plus que j'avais reçu de terribles mises en garde. « Ces sites sont remplis de virus. Si tu vas dessus tu vas pourrir ton ordinateur ! » Autant dire : le rendre inutilisable. « Fais attention ! Ces sites sont conçus de telle sorte que si tu les visites tu vas payer des sommes formidables ! » Autant dire, aller voir du cul allait ruiner mon ordinateur et vider mon maigre compte en banque, voire le mettre dans le rouge !

Et puis, progressivement, j'y suis venu. J'ai finalement surfé sur un tas de sites pornographiques. En évitant les choses bizarres. Le pire que j'ai vu étaient deux sites japonais. Sur l'un était présenté une jeune fille nue et vivante recouverte de poissons morts. Dans l'autre on voyait un groupe d'hommes se masturber dans un saladier. Puis, une femme nue boire le saladier bien rempli au moins à la moitié. Ils ont du tricher en ajoutant du blanc d'œuf, car une éjaculation fait au plus 2 à 5 millilitres. Rien de très appétissant en tous cas. Pour le reste j'ai vu, revu, rerevu... toujours le même genre de scènes répétées à l'infini. Bien évidemment au début c'était excitant. J'en profitais pour m'adonner à cette occupation que les Antillais ont malicieusement baptisé : « seul Dieu te voit ». Ce plaisir qu'on dit solitaire, mais qu'on ne trouve qu'en pensant à quelqu'un d'autre.

Et puis, et puis, progressivement et avec les années, c'est devenu de moins en moins excitant. Et même souvent pas excitant du tout. Un peu comme si, à force, la répétition devenait lassante. Mais, la répétition de quoi, au juste ? J'ai commencé, habitude du chercheur, à regarder d'un autre œil ces chairs offertes. A les prendre comme un sujet d'étude. Troquant les jouissances manuelles contre les jouissances intellectuelles.

Qu'est-ce qui ne collait pas ? C'est à force de voir et revoir la même vidéo, des fois en coupant le son, que j'ai fini par comprendre. En fait, les partenaires sexuels de ces films sont d'une indigence sensuelle abyssale. Une scène type c'est l'homme qui baise ou se fait faire une fellation... les bras sagement allongés le long du corps. Il a devant lui une superbe femme nue et disponible, il la touche infiniment moins que si c'était son chat, son caniche ou une peluche quand on est enfant !

Dans les vidéos homosexuelles que j'ai pu voir, c'est pareil. On dirait que la surface de peau et muqueuses des gens impliqués se résume à peu de centimètres carrés. Alors que la peau et les muqueuses d'un humain font bien en tout deux mètres carrés de surface !

Quand on commence à visiter les sites pornographiques, on ne réalise pas cette misère. Mais, à la longue si, en tous cas pour ce qui me concerne. Et alors ça devient peu excitant, même pas du tout.

En regardant récemment et d'un œil désabusé et critique des produits pornographiques, j'ai réalisé une chose pour la première fois. C'est qu'il y a quarante et un an, quand j'avais vingt-deux ans, avec ma première copine, nous suivions presque exactement les recettes de l'indigente pornographie.

Essentiellement : entrer le truc dans le machin, secouer. Faire son petit pipi sexuel. Sortir le truc du machin. Et, si c'est le soir, dormir. Si c'est le jour, se rhabiller.

Je sais qu'on ne dit pas « faire son petit pipi sexuel », on doit dire : « éjaculer ». Mais, ici, c'est si sensuel que ça me fait penser plus à la miction qu'à l'amour.

Pourtant, on y prend goût. Et, quand, au bout de six mois, notre histoire est tombée à l'eau, la chose me manquait. Comment en était-je venu là ? A avoir une copine et ignorer même l'existence du clitoris ?

On m'avait poussé. On m'avait fait comprendre clairement qu'à vingt-deux ans il était temps que j'en passe par là. Alors, j'étais parti en camping avec ma copine en me disant : « il faut que j'en passe par là. » Et la contraception ? J'en ignorais autant dire tout. Et m'imaginais naïvement que, puisqu'il fallait en passer par là, eh bien je trouverais du travail pour nourrir le bébé immanquablement à venir. Il me resterait neuf mois pour entrer à la Poste et commencer à toucher un salaire.

Et l'amour dans tout ça ? J'avais ma théorie. Elle était simple. Il suffisait de côtoyer un certain temps une jeune fille. Et on tombait amoureux, point. C'était ça l'amour. Et comme ça m'inquiétait un peu que je ne connaisse guère au fond ma douce, j'évitais de la connaître « trop ». Dès qu'elle abordait un sujet trop sérieux, où nous risquions de ne pas être d'accord, je l'interrompais. Et, avec des mots, la faisais taire. Mais revenons-en à nos noces dans les alpages. Car il s'agissait d'alpages, en Autriche, dans le Salzkammergut précisément, à Zell am Moos pas loin de Mondsee.

Heureusement que ma copine, elle, faisait partie des rares jeunes filles qui prenaient déjà la pilule en France. Au moment où j'allais, pour la première fois, mettre mon truc dans son machin, elle m'a interrompu. Disant qu'il valait mieux attendre qu'elle reprenne la pilule. Et m'apprenant par la même occasion qu'elle l'avait déjà prise. Car elle avait déjà eu un amant, jeune arabe prénommé Mohamed. Et que son père à elle lui avait à cette occasion procuré la pilule. A entendre ce récit, j'ai réagit en faisant à ma copine la plus banale, sotte et sordide scène de jalousie rétroactive. Disant que « je ne pourrais plus jamais te faire confiance ! » Quel âne j'étais ! Elle ne m'a rien répondu et, quelques jours plus tard, quand elle fut pilulé, j'essayais de mettre le truc dans le machin. N'y parvenant pas, j'ai dormi, elle aussi. Et, le lendemain, ce fut elle qui pris l'initiative de le faire non comme le conseillait les missionnaires, mais comme le font les Trobriandais. Elle s'est placé au dessus. A l'issue de cette entreprise, je n'ai pas senti quelque chose de plus que si je m'étais adonné à une médiocre branlette. Et quand je lui ai demandé ce qu'elle avait pensé de notre geste sexuel, elle m'a répondu : « autant faire l'amour avec un bout de bois ». J'ai retenu la date, car ce jour-là c'était le cinquième anniversaire de l'entrée des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie. Nous étions le matin du 21 août 1973.

Notre sensualité au lit était médiocre et axée essentiellement sur le truc dans le machin. Comme la pornographie, elle n'avait rien de bien enthousiasmante.

Quand on se tourne vers la sensualité, deux phénomènes sont des plus déstabilisateurs. Ils consistent à chaque fois à attribuer un caractère « sexuel », lié au coït, à deux choses qui en sont largement indépendantes, quoiqu'on puisse en dire et en penser.

A la base, nous sommes des singes. La conscience singe vit en nous. En cas de panique, pour se sauver, on voit les humains se mordre furieusement pour s'ouvrir un passage. C'est arrivé plus d'une fois. Et notamment dans la panique qui s'est emparé de la clientèle du self service du ferry Herald of Free Enterprise qui a chaviré dans le port de Zeebruges en 1987.

Au nombre de nos bases simiesques se trouve la toilette effectuée avec la langue. Les humains retrouvent le plaisir de lécher leurs congénères et être léché par eux, quand ça ? Uniquement quand ils décident de s'adonner au « sexe ».

Les humains sont la seule espèce vivante chez laquelle lécher son prochain est un acte suspect. Comme caresser en général. Essayez de passer doucement votre main dans la chevelure d'une femme inconnue dans le métro, vous verrez le résultat ! Même les gestes tendres les plus anodins et innocents sont tenus en suspicion; Car ils sont abusivement systématiquement rattachés au « sexe ». Mais pas n'importe quel « sexe » : le sexe agressif et dominateur. Qui nous emprisonne. Qui est au vrai sexe ce que la prison est à un immeuble normal d'habitation. Le vrai sexe qu'il ne faut pas confondre avec une autre prison : celle du libertinage et du sexe obligatoire et « frénétrique ».

Il existe une époque de la vie où des fois la pratique de la toilette linguale subsiste, au moins un peu : la très petite enfance. Il n'est pas rare d'entendre de jeunes mères dirent qu'elles « mangent » leur enfant. Qui n'a pas entendu des petits bébés littéralement hurler de joie quand leur maman leur « mange le ventre » ? Comment s'étonner si les humains adultes ont souvent une telle nostalgie de l'enfance et un tel amour de leur mère qu'il confine à d'incompréhensibles et caricaturaux extrêmes ?

Quand, adultes, ils chercheront une compagne, quantité d'hommes chercheront l'impossible clone combiné de « la maman » et « la putain », triste fantasme qui n'existe pas dans la réalité.

Je connais deux hommes qui ont déjà un certain âge et sont convaincu qu'intelligents, avertis et expérimentés comme ils sont, ça y est, ils vont la trouver, cette « maman-putain ». Ils ne la trouvent pas. Et, à force de la chercher et en parler ensemble, ils finissent par trouver l'amour entre eux deux. Va-t-il jusqu'au coït ? C'est du reste secondaire, bien que fort possible. A les voir et écouter, tous leurs amis, y compris homosexuels, voient bien quels sont leurs sentiments réciproques !

On parle beaucoup des phéromones. Mais je n'ai jamais entendu parler de l'alimentation des sentiments d'amour par l'ingestion de substances superficielles dégagées par l'épiderme de l'être aimé et ingérées par le biais de la toilette.

Toilette linguale originelle ô combien caricaturée par la triste pornographie ! J'étudiais l'autre jour une vidéo pornographique où une jeune dame s'acharnait littéralement à sucer le zizi d'un monsieur en essayant visiblement en insistant d'en extraire l'albumine. Qui est le principal constituant du sperme. Rien n'y faisait. En dépit de sa conscience professionnelle, la jeune dame n'y parvenait pas. C'est ABSOLUMENT normal. Pourquoi voulez-vous que la toilette soit un excitant sexuel ?

Mais, probablement une des pires choses que notre Culture ai commise, c'est d'avoir condamné la « nudité » assimilée elle aussi au « sexe ».

Savez-vous qu'il est interdit aux humains de recevoir d'autres humains chez eux, de regarder par la fenêtre ou depuis leur pas de porte et de sortir de chez eux ? Comment ça ? Mais si, essayez à Paris, nu, de recevoir des visites, aller à la fenêtre ou sur le pas de votre porte, ou sortir dans la rue ! Vous ne pouvez pas. Vous ne pourrez pas. On vous arrêtera, enfermera, internera, condamnera, dénoncera, pourchassera. Or, être nu est l'état normal de l'être humain. Au point que ça ne devrait pas plus être précisé que dire : « il est sorti de chez lui avec ses cheveux sur la tête » ou « sans cheveux, puisqu'il était chauve ».

On ne mesure pas l'immensité du traumatisme général, de la déformation de leur conscience, causés aux humains par la gymnophobie régnante. La société où nous vivons prône l'horreur de la « nudité ». Au point que nous sommes effectivement horrifiés bien souvent par elle ! Et que cette horreur fabriquée artificiellement sert à justifier le maintien du statu quo !

Les adeptes du vivre nu en sont réduits à s'organiser des structures fermées, dites « camp naturiste », « club naturiste ». Et, dans leur presse, abondent les discours cherchant à justifier le « vivre nu ». Mais, c'est le monde à l'envers ! S'il fallait des camps et des clubs fermés, ça devrait être pour ceux qui exigent de se couvrir ! Et c'est à eux de justifier leur délire ! Le résultat de la gymnophobie, c'est de « spécialiser » la nudité comme un annexe du « sexe ». Un délire alimente l'autre. Non pas que « faire l'amour » soit un délire. Mais la façon dont les humains abordent globalement l'amour est le plus souvent très délirante. Au point que les gens équilibrés doivent rester discrets s'ils ne veulent pas être ostracisés.

Si vous déclarez, par exemple, ne pas être passionné par la recherche systématique et obsessionnelle de l'acte sexuel avec une personne du sexe opposé, vous vous attirez aussitôt la remarque : « tu es peut-être un homosexuel qui s'ignore ». Et, pourquoi donc ? Parce que la recherche permanente et obligatoire de la baisouille ferait soi-disant partie du paquetage obligatoire de l'humain « normal » !

Un jour, quand j'étais en vacances, et bien heureux d'être à la campagne chez un couple d'amis, ils m'ont littéralement « cuisiné ». Pourquoi ? Parce que me sachant célibataire ils étaient choqués par mon comportement. Au lieu de passer mon temps à me lamenter sur ma « solitude » j'étais heureux de vivre, tout simplement. Ça n'était pas normal pour eux ! J'aurais dû geindre à longueur de journée. Et ça les aurait rassuré ! Comme est pesant le poids des conformismes. Ces amis me voulaient du bien et s'inquiétaient... de ce que visiblement je ne souffrais pas à longueur de journée !!

Un phénomène qui enferme et coupe des autres est d'imaginer par avance l'amour. Il devient alors comme un projet, qui se complique avec le temps et les expériences vécues. Or, il ne faut pas imaginer, c'est à dire inventer l'amour. Il faut, tout simplement, accepter de le découvrir. Et laisser l'autre éventuel, qui pourra vous aimer, le découvrir aussi. On fait généralement le contraire. On invente tout. Et puis on se demande si l'autre correspond au produit de votre belle imagination. La vie est toujours plus belle, riche et surprenante que nos anticipations. Il faut vivre l'instant présent et l'apprécier. Pas goûter l'instant futur fantasmé et s'inquiéter de sa différence avec l'instant présent. Mais, allez expliquer ça à un humain égaré et affamé d'amour ! C'est plutôt difficile. Pourtant, il faut laisser le temps amener à nous le bonheur. Tout en nous défiant des faux semblants et des apparences trompeuses. A commencer par la beauté de ceux ou celles qui ne nous respectent pas.

Quantité d'individus n'arrivent jamais à l'âge adulte et restent à gâtiser toute leur vie dans leur tête. Que penser de ce brillant politique riche et ambitieux qui se paie un jour les services de plusieurs très jeunes prostituées de quinze ans ? Il ne comprend rien à la vie. Est égoïste. Veut s'occuper des autres et diriger le monde. Et ne sait même pas ce qu'est l'amour ! Agissant ainsi, ne le saura jamais. Sera malheureux tout en rendant malheureux les autres. C'est de tels hommes de pouvoir qui dirigent le navire de notre société ! Comment s'étonner alors s'il finit régulièrement par s'éventrer sur des récifs et n'arrive jamais à bon port ?

La notion d'âge adulte est tellement partie prenante de notre culture qu'elle s'inscrit dans nos lois : majorité sexuelle, majorité légale. Mais il y a un tas de gens qui ne deviennent jamais adultes ! Et se conduisent en petits enfants dégénérés, malhonnêtes. Avez-vous vu agir un dragueur professionnel ? Quand il se prend un râteau, regardez-le bien : c'est un gamin a qui on a retiré son jouet ! Peu importe s'il en a dragué quinze : c'est la dernière qu'il voulait et qui lui a échappé ! Il est « le plus malheureux du monde » !

La seule chose qui compte, c'est le respect de l'autre. Il ne sait pas ce que c'est. Quant à l'amour, inutile de lui en parler. Il vous traitera de rêveur, d'imbécile. Ou, se doutant de ce que vous savez quelque chose de précieux qu'il refuse et ignore, il vous détestera.

Vivez et laissez-le ne pas vivre en tâchant d'éviter qu'il vienne vous empoisonner la vie. La rose de la vie est belle. Essayez autant que possible d'éviter de vous piquer avec les épines de la sottise. Pour vous diriger, vous avez la boussole de l'amour et le sextant de l'intelligence. Servez-vous de l'un et de l'autre. La route juste ne vous est pas connue. Mais n'est pas impossible à trouver. La carte est en vous. Lisez-là. Sans hésitation, allez vers les terres inconnues. Et sachez oublier les soucis. Ne pas vous sentir attristé par les échecs. Et sortir de l'ombre à la lumière.

L'amour est indéfectible.

Basile, philosophe naïf, Paris le 18 juin 2014

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