mardi 3 juin 2014

258 Aimer sans limites et culture pornographique

Aimer sans limites est un rêve qui hante la conscience générale. Même des brutes immondes rêvent à y parvenir tout en faisant le contraire. Une multitude de comportements préfabriqués, codes, non dits, malentendus, sous-entendus, mythes et intolérances vont se glisser dans nos vies et faire échouer le plus souvent cette grande espérance.

Au nombre des obstacles rencontrés on trouve la culture pornographique :

On rencontre au moins trois aberrations dans la pornographie. L'une est la prétention qu'il existerait un domaine : le « sexe » qui serait exclusivement « physique ». Il apparaît pourtant évident que caresser quelqu'un qu'on aime ou quelqu'un qu'on ne connait pas n'est pas ressenti pareillement.

Une autre aberration de la pornographie est qu'elle résume la vie aux câlins et les câlins à extrêmement peu de choses : bisous avec la langue, masturbation, fellation, cunnilingus, anulingus, doigtage, sodomie et accouplement. L'être humain, sa surface épidermique ou muqueuse concernée, est ici des plus réduites. Qu'il importe de « consommer » en suivant un « mode d'emploi » sommaire et déterminé. C'est aussi intelligent et raffiné que prétendre résumer la vie au plaisir, le plaisir au fait de manger, le fait de manger aux desserts, les desserts aux gâteaux et les gâteaux au sucre semoule. Après quoi, on conclut en disant : « le but de la vie ? Manger du sucre ! »

Une troisième aberration, très dévastatrice, est de confondre la relation réelle avec la prostitution iconographique que représente la pornographie. Cela au nom d'une prétendue jouissance extrême et colossale qui serait assimilée à « l'orgasme ». La plupart des gens, la plupart du temps, y compris les « acteurs » et « actrices » pornos ne ressentent rien ou pas grand chose en s'adonnant à ces encombrantes gymnastiques.

Un magazine français rapportait dernièrement le résultat d'un sondage. Qui indiquait que deux femmes sur trois, à choisir entre une partie de sexe ou un bon repas, préféraient le bon repas. Ça n'est m'a pas étonné.

Il arrive parfois qu'abusé par la propagande pornographique, une femme croit juste et épanouissant de faire la pute gratuite. Ce genre de comportements expose à être rejeté par les uns et méprisé et utilisé par les autres.

Une femme que j'ai connu agissait ainsi. Elle avait un copain attitré, croyait pouvoir être ouverte à d'autres éventualités, des aventures. Or, les hommes qui l'approchaient et paraissaient intéressés lui jouaient toujours la même partition : « on veut te voir sans ton copain, débarrasses-toi de lui, que fais-tu avec ? » Alors qu'elle n'avait aucune envie de s'en débarrasser. Ces hommes s'accordaient pour vouloir s'amuser avec elle mais aussi jouer au coq dominateur. Résultat, cette femme restait le plus souvent fidèle malgré elle. Et avouait à son copain que s'il avait été jaloux, cela aurait été plus simple pour elle. Elle l'aurait trompé par attirance pour l'interdit.

La cage dont il est impossible de s'évader est la cage dont la porte reste ouverte.

Finalement, cette femme n'a plus supporté cette situation. Elle a quitté son copain. Et commence alors pour elle un grand moment de désillusion. Vue sa réputation et le fait qu'on la sait vivre à présent seule, elle se fait harceler. Tout un tas de crétins hommes la harcèle croyant qu'elle est un magasin de confiseries sexuelles gratuites. Comme ça se passe en ville, en plein jour et qu'il y a un public, le harcèlement ne va pas jusqu'à l'agression physique et le viol. Elle se choisit un amant attitré. Mais l'homme qu'elle choisit se révèle violent. Un gamin attardé respecte-t-il un magasin de confiseries sexuelles gratuites ?

Cette femme finit par quitter cet amant. Et déménager. Et changer de région. Là, elle croit qu'elle va retrouver l'amour avec des amants sélectionnés. Qu'un d'entre eux finira par lui déclarer sa flamme. Vouloir vivre avec elle. Fonder une famille. Las ! Pour ces brutes elle est juste... une pute gratuite.

Aimer sans limites reste le rêve. Mais le problème, ce sont les limites créées par les aberrations fumeuses sur la « sexualité ».

Celles-ci barrent la route à l'amour avec beaucoup d'efficacité. Car elles enseignent que l'amour, si c'est le vrai, le grand, bref l'amour « sans limites », c'est forcément, nécessairement « sexuel ». C'est là une des plus éclatantes stupidités que notre Civilisation ait inventé. L'amour n'est jamais nécessairement « sexuel ». Il est l'amour, sans limites, ni obligations, ni pré-programme défini. Un amour épanoui pourra très bien ne jamais être « sexuel », comme il pourra le devenir, cesser de l'être, le redevenir ou pas. Et on peut aimer d'amour plusieurs personnes sans pour autant devenir un libertin.

L'amour est un processus simple et complexe à la fois. Et il ne suit pas les salmigondis idéologiques de notre société. Salmigondis qui proclament que l'amour entre deux êtres du même sexe est forcément homosexuel. Et entre deux êtres de sexe opposé est forcément hétérosexuel.

Et que l'amour impliquerait d'être « consommé ». L'amour serait-il une denrée au même titre qu'une soupe d'asperges ou un bouillon de poulet ?

Aimer sans limites est très largement possible à tous.

L'autre jour je cherchais mes lunettes. Elles étaient sur mon nez. Les humains avec l'amour font souvent la même chose. L'amour est là, à portée de main, ils ne le voient pas.

Les enfants aiment sans limites. C'est un bon modèle à retrouver. Et ils ne s'embarrasse pas avec des "plans" sexuels.

Vous êtes adulte. Le sexe ? Oubliez-le ! L'amour est-il sexuel ou non sexuel ? La question est mal posée. C'est comme demander si tous les repas impliquent de manger des lasagnes à la Bolognaise. Non, ça ne l'implique pas nécessairement. Si je réponds ça, il y aura des imbéciles pour me rétorquer : « alors, vous êtes contre les lasagnes à la Bolognaise ? »

Il en est de même pour l'amour et le sexe : l'amour n'est ni sexuel, ni pas sexuel. Il n'est pas nécessairement sexuel. Le même amour peut l'être par moments et pas à d'autres moments.

L'aberration de sexualiser à toutes forces l'amour conduit à des absurdités. Une amie me disait un jour qu'elle avait bien dû quitter son copain, et pourquoi ? « On ne faisait même plus l'amour ! » L'amour réduit à un mouvement de va-et-vient d'un morceau de chair dans un autre. On nage en plein délire. Et pourtant, quand on pense ainsi, on paraît raisonnable aux yeux de nombre de gens. Aimer se manifesterait par l'autorisation permanente et l'obligation de baiser avec quelqu'un. Quelle ânerie ! Ajoutez-y la jalousie et vous aurez la recette idéale pour ne pas aimer.

Une jeune femme m'expliquait chercher l'homme de sa vie. Elle y mettait tant d'énergie et d'attente visible que tous les hommes qui lui plaisaient la fuyaient. Elle était comme un chasseur de papillons qu'elle mettait en fuite avec son filet. Résultat : elle restait seule dans sa vie, à se morfondre sans amour. Mais, cherchait-elle l'amour ? Ou a faire coïncider sa vie avec des fantasmes ?

Le vocabulaire-même est piégé. Si on considère l'expression « faire l'amour ». Il signifie que l'amour « se fait ». Qu'est-ce à dire ? C'est réduire l'amour à peu de choses : le frottement de deux organes.

Et si on va en plus ajouter les règles établies : il faut un partenaire exclusif, unique, fidèle, etc. On va s'accrocher à quelqu'un qui nous paraîtra un peu plus proche que les autres. Et on finira par nier l'évidence. Que ce quelqu'un n'est souvent qu'une idiote ou un idiot vaniteux qui se satisfait de vous voir souffrir en lui courant après victime de vos rêves. 

Un bon moyen de résister à cette obnubilation possible est la P5 pour se déconditionner. P5 signifie : « perspective 5 ». On décide que dorénavant on aimera d'amour cinq personnes à la fois. Ce qui ne signifie en aucune façon que cet amour sera forcément « sexuel ». Mais ce sera de l'amour. Résultat, on ne s'accroche plus à quelqu'un, on s'en éloigne éventuellement sans souffrances excessives. On sort du piège du conditionnement amoureux. Pour vivre enfin. Et retrouver la fraîcheur des amours enfantines. Qui vit toujours à l'intérieur de nous.

Pourquoi cinq amours et pas un chiffre plus important ? Pour pouvoir le gérer facilement. Et aussi j'ai eu l'occasion de voir déjà mentionner ce chiffre. Dans un livre sur le Brésil, il était dit que les machos dragueurs brésiliens estimaient qu'à partir du moment où il y avait dans une soirée cinq femmes présentes pour un homme, il n'y avait pas de jalousie entre les hommes. Une amie m'a décrit un jour une sorte de phalanstère de ses rêves où elle voyait le même rapport de proportions de cinq femmes pour un homme. J'ai repris cette façon de voir en enlevant l'hypothèque sexuelle. Celui ou celle qui inscrit sa démarche amoureuse dans la P5 aime indifféremment des hommes ou des femmes. Il peut aussi préférer n'aimer que des femmes ou que des hommes. Et cet amour n'est absolument pas nécessairement lié à une quelconque obligation sexuelle.

Il importe de se défaire du pesant conditionnement qui nous emprisonne. Comme nous le partageons avec notre entourage, nous ne remarquons pas clairement son existence et son rôle. Et il nous envoie souvent droit dans le mur. Où nous rend simplement la vie terne, grise et décevante.

J'observais une amie de longue date. Celle-ci, plus jeune, n'avait pas particulièrement de pudeur corporelle. Sortir de la douche devant des tiers, nue, pour aller ensuite s'habiller plus loin, là où elle avait laissé ses vêtements, ne la dérangeait pas. Ça l'amusait même de voir la tête des hommes frappés par sa beauté physique nue et la regardant fascinés comme le chat regarde le poisson. Voilà que, à présent, elle est devenue terriblement pudique, pour quelle raison ? Parce qu'elle est amoureuse à crever d'un homme. Comme cet homme lui ne l'est pas d'elle, en affichant cette pudeur extrême, elle a le sentiment de lui être « fidèle ». Et donc, indépendamment de lui, faire « vivre », exister son amour. On nage dans le fantasme. L'amour ainsi vécu c'est de la masturbation sentimentale. On se passe en boucle un film. On bave de joie. On souffre aussi. Mais, pour rien au monde on arrêterait la séance de film. Et on sortirait de la salle de cinéma où on est seul, pour aller vers les autres. On préfère rester en dehors de la réalité. Les promesses fallacieuses du conditionnement agissent comme une drogue. Et cette toxicomanie empêche d'aimer et être aimé.

Quitter le conditionnement n'empêche pas d'aimer et être aimé, mais nous libère de chaînes intérieures.

Oui, il est facile et aisé d'aimer sans limites. A condition de cesser de mettre des chaînes à l'amour à l'intérieur de nous. Ce sont des chaînes amovibles. Virez-les et quittez l'ornière des mauvais chemins. Pour aller en direction de la vie réelle, la vie vraie, l'amour réalisé qui vit toujours et vivra pour toujours en nous.

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 juin 2014

Aucun commentaire:

Publier un commentaire