dimanche 15 juin 2014

263 Les mots piégés

Être libre c'est être libre de faire ou ne pas faire, faire autrement, différemment. Mais, s'agissant du « sexe », dès qu'on parle de « liberté sexuelle » ça signifierait qu'on est obligé de faire, et pourquoi donc ?  « Parce que l'homme a toujours envie ». C'est faux. « Parce qu'il bande ». Et alors ? Si on est à même de manger, ça ne signifie pas pour autant qu'on a faim.

Il existe des mots usuels qui sont piégés. Si je dis : ma femme, mon mari, mon fiancé, ma fiancée, mon amant, ma maîtresse, mon copain, ma copine, mon petit ami, ma petite amie... Ce sont des mots qui impliquent que je dois faire l'amour avec. Et pourquoi donc et en quoi ça concerne des tiers ?

« Mais, diront certains, le sexe c'est toujours bien si on s'aime ». Non, ça peut être très bien ou très mauvais.

De plus ces termes impliquent que l'amour est nécessairement sexuel. Tout comme l'expression « faire l'amour ». L'amour se « ferait »... Quelle imbécilité ! L'amour se vit, s'entretient, s'apprécie... il ne se « fait pas ».

Cette manière stupide et arbitraire de considérer l'amour va impliquer que l'amour ne peut pas exister avec des enfants, ce serait coupable et criminel, car forcément sexuel. Il ne peut pas non plus exister avec des célibataires, ce serait être volage, infidèle, encouragerait l'infidélité et l'immoralité. Il ne peut pas non plus exister avec des anciens (des vieux) qui n'ont plus qu'à vieillir et mourir. Le temps de l'amour est terminé pour eux.

Bien sûr, on va bricoler le langage en inventant des types d'amours, des sortes d'amour clean, propre, « sur mesure » : amour ceci, cela, filial, fraternel, sororal, paternel, christique, etc. Toute une quincaillerie sémantique destiné à sauvegarder l'aberration consistant à faire de « l'amour » un domaine spécial où il impliquerait la saillie entre humains. Non, l'amour avec saillie obligatoire n'existe pas. C'est une vue de l'esprit.

Mais, imaginer que cette vue de l'esprit correspond à la réalité conduit à quantité d'aberrations. Je voyais ainsi un jour ce que ça impliquait pour un brave père de famille. Sa fille de treize ans, déjà jeune fille, s'asseyait sur ses genoux, voulait lui faire un câlin. Lui, paraissait paralysé. Visiblement, il croyait que répondre à l'attente de sa fille confinait immédiatement à l'inceste. Parce que l'amour, pour lui, c'était forcément « sexuel » !

Une amie me racontait que quand elle a eu quatorze ans, elle a surpris une conversation entre son père et sa mère. Sa mère engueulait son père en lui disant qu'à présent il devait cesser d'accepter sa fille sur ses genoux, parce que c'était à présent une jeune fille ! Même raisonnement : l'amour c'est forcément sexuel ! Quelle ânerie !

Il y a quelques semaines j'étais assis dans le métro parisien à une heure de pointe. Devant moi trois fillettes, dont deux s'asseyent. La troisième, âgée d'environ huit ans, reste debout faute de place assise disponible et paraît désemparée. Si j'avais été une dame, j'aurais pu lui proposer mes genoux pour s'asseoir. Étant un homme, je ne l'ai pas fait, car je sais que ça aurait été jugé suspect. Un homme qui prend une fillette inconnue sur ses genoux n'est pas bien vu par quantité de gens. Parce que ces gens sont obsédés par le sexe. Ignorent ce qu'est l'amour. Et croient que tout le monde est aliéné pareillement qu'eux. Aliéné est bien le mot. Dès qu'ils pensent au sexe, c'est comme si une partie de leur intelligence et de leur capacité de perception de la réalité tombe en panne. La pensée s'arrête et la langue déraille.

Ne dit-on pas même : « l'amour » pour parler du sexe. « Après l'amour » signifiant : « après avoir baisé » ?

Quantité de parents confronté à la croissance de leurs enfants se disent lâchement : vivement que mon enfant se case, ait un copain, quelqu'un de sûr, stable, « sérieux »... Ça m'évitera d'avoir à me poser des questions ou être ennuyé par ses câlins. Il aura ce qu'il faudra pour s'occuper les mains et le reste !

Et ainsi, on continuera à vivre dans la confusion. Avec, à la clé, quelques millions de morts par an causés par des suicides et conduites à risque de personnes n'ayant pas supporté l'hypocrisie et l'incompétence affective régnantes.

Basile, philosophe naif, Paris le 15 juin 2014


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